jeudi 4 février 2016

Explosions in the sky


Mushroom landart by Jill Bliss


J'ai l'impression d'avoir marché un long désert en ta compagnie, landes blanches criblées des balles à fragmentation de quelques oasis. Tu le sais, je me repait de chaleur, mais parfois, par moments, ma langue est tiède et chaude, et je ne peux plus la passer sur mes lèvres pour leur donner le lustre d'une affection rupestre. C'est le moment où nous tombons dans les lacs cléments de nos éclaircies de verdure, où je peux boire à grosses gorgées goulues.
Depuis longtemps maintenant, nous soulevons le sable de nos enjambées romanesques. Sens-tu pourtant l'écume qui gronde sous nos plantes de pieds asséchées? J'attend la mousson de nos beaux jours, cette crue d'espoir qui souvent fait fleurir les berges les plus arides, les gorgeant du limon de nos coeurs souples. Les céréales cultivées dans nos champs en jachère ne seront que plus gouteuses une fois la faim écartée par le lait chaud bu au sein des cycles. Nous serons repus, satisfaits et toujours aussi aimants, au milieu d'un autre même paysage.
Certes, je crains moi aussi par moment notre soif, nos plaies d'Égypte, notre trépas; certes, nous manquons d'heures pour nous aimer de façon aussi complète que nous l'eûmes fait autrefois; certes, il faut trouver moyen de ne pas perdre rivage l'un à l'autre, de ne pas renoncer à nos bouées. Mais en un sens, peut-être nous trompons-nous, quand l'on affirme avoir encore beaucoup à vivre l'un avec l'autre; peut-être nions-nous le caractère très arbitraire de notre décision de continuer à s'aimer, peut-être nous bandons-nous les yeux sur la beauté du fait que l'on pourrait décider demain de ne plus avoir rien à vivre ensemble, que cette simple décision modèlerait la réalité pour qu'elle s'y accorde, et que nous ne le faisons néanmoins pas. L'important est que nous choisissons encore de construire ces opportunités nouvelles, l'important est que j'ai envie de ton portrait de lendemain, l'important est que j'ai envie que tu demeures important. L'important est que je t'aime.
(Ces petits cadres que tu as trouvé, nous pourrions en faire de magnifiques Polaroïd de molécules représentant drogues ou hormones d'émotions... Nous pourrions  écrire des poèmes sur cette étrange dualité, celle de la connaissance scientifique et du ressenti émotionnel, si loin de la réalité expérientielle.)
...Oui, j'y crois: demain nous renaitrons, encore, toujours, pour gouter de nouveau ces lunes opportunes qui nous ont déjà offertes quelques rictus de temps, à marée basse et haute, ancrés côte à côte dans la baie de nos vingt ans. Je me fiche du moment où j'arrêterai de vouloir recréer les cycles. Je t'aime maintenant, dans l'infini de cette seconde où je le réalise.

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