dimanche 8 novembre 2015

The words of the prophet are written on the subway walls



Les messes orgiaques
où Emmanuelle confond de nouveau sexe et religion.



Avant-hier m'a rappelé tout ce que je pouvais être: le diable, pathétique et isolé, qui laisse couler dans son gosier les dernières mémoires qui lui resteront, qui n'ose pas proposer de nouveau à ses beaux fantômes de passer quelques décennies dans les draps de son canot d'écorce, et la déesse, belle mais tout aussi destinée à la solitude, vaine créature de l'inconnu sacrifiant noms et organes sur l'autel de son culte vide.
Je crois que l'on pourrait dire que je suis une séductrice lorsque je bois; mais je ne sais pas si j'en suis une efficace, et cette constatation me démange les neurones et le corps. Après tout, j'ai été plusieurs femmes dans ma vie; perdue et ambitieuse, hippie et bourgeoise, rockeuse toxicomane et sainte bonne enfant. Quelques hommes aussi, probablement, dans mes costards et mon assurance, dans une indépendance factice, paternaliste, et une envie destructrice de déchirer des joues à coup de poings américains lorsque je buvais trop, et qu'une situation me faisait monter le sang aux tempes; les tambours de cette hargne qui me prend parfois les tripes est définitivement socialement masculine, ils viennent éveiller chez moi des hurlements de mobilisation dont les sarrasins auraient connus la folie par flambées de sang, ils déclenchent les salves de kalachnikovs perçant des corps de dentelles de muscles et de peaux. Dexter le poinçonneur de lilas, Marie la couturière de chair.
Surtout, j'ai été moine, asexué et néanmoins trop sensuel, dans les prières nocturnes des métros de notre métropole où l'on gueule notre alcoolémie, dans la consécration du sacre de ma perdition, slamée sur des comptoirs sales de ces bars dans lesquels l'on se sent toujours familier et dévêtu, dans mes lèvres se perdant sur celles de n'importe qui, sans distinction de sexe, sans envie de davantage que la répétition creuse de ces évangiles nocturnes; j'ai prié, beaucoup, je vous l'affirme, chers fidèles, j'ai louangé bien des épîtres lors de ces messes orgiaques où je léchais les mots sur la chair sanguinolente des saints que j'avais moi-même flagellé. J'ai récité à la perfection les chants que tu réussissais à extirper de mon corps en émoi. Chaque fois que ta respiration s'accélérait, chaque gémissement qui échappait tes lèvres à rebours du désir bouillant à contre-coeur dans tes veines, chaque déflagration musculaire sous la poigne de mes reins, évoquait le carillon nouveau d'un dimanche hiératique, d'une magnificence qui n'avait d'égale que ton épiderme humide, et qui serait vite oublié dans le froissement de nos bibles personnelles. Mes genoux éraflés sous une robe lourde désagrafée, griffés par les agenouilloirs devant lesquels récitent les évêques de mon rite, corps aux découpes d'un éclairage bleuté, onirique, raides et sacrés.
Je ne regretterais pas ces réunions sectaires, même si le bois sec de leurs parquets d'Église silencieuse sont destinés à flamber dans le frottement des aiguilles de nos vies gâchées, même si nos corps finiront irrémédiablement crucifiés à des lits d'hôpitaux pour ces banales croyances dont on ne se souvient plus des mots à l'aube; mon évangile, il était là, dans notre amnésie sélective des peaux labourées, dans les souvenirs dilués de cette grande noirceur d'un soir, de mille nuits.
Venu le matin, je suis pieuse, vierge diaphane dans l'attente d'un rêve à la sensualité à demi effacée, en quête de sa foi.

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