mardi 20 octobre 2015

I was here, I lived, I loved...



Plus personne n'écrit ses états d'âmes lyriques sur de stupides plateformes internet. It's two-thousand fucking fifteen, god dammit: il y a un nouveau premier ministre à la tête du Canada, jeune et beau, il y a le sommet du climat de Paris en décembre dont on aurait quelques droits à être optimistes, il y a le bruit du vent dans des feuilles qui se déchirent doucement, craquées et à la chlorophylle siphonnée... Il y a moi, toujours moi, dans le même corps, dans la même solitude. Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'une autre solitude. Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse.
J'aurais envie d'obtenir une bourse afin de monter un projet d'exposition artistique sur le thème de la maladie mentale; je le nommerais "Un/healthy: 6 months without meds". Et ce serait exactement cela: six mois sans médicaments. Des oeuvres créées durant huit mois sans médicaments, tous en lien avec une condition subjective, personnelle, et les réflexions qui viennent avec. Au centre de la pièce, sur un long log de bois sans écorce, il y aurait un journal, immense, contenant toutes mes réflexions, obligatoires, écrites et reliées à la main. Parfois, ce ne serait que quelques mots: J'ai mal au corps. Ça a dépassé le coeur, il est trop engourdi. Dur. Dur. D'autres, ce serait de longues diatribes sur à quel point il fait bon d'exister, ou à quel point il est douloureux de tenter de le faire, avec poésie et figures de style. Autour, il y aurait des toiles, immenses fresques de médicaments, sculptures de ce que m'évoquent mes crises, autoportraits et néons pour éclairer des photographies modifiées, grand format.
Je boirais un verre de lait et serais habillée en noir et blanc le soir du vernissage.

* * *

Vous voyez, petits oiseaux aux ailes cassées par des gamins trop habiles du lance-pierre amoureux des fillettes qui en riaient, oui, vous voyez, minuscules miettes d'attention pêchées dans les filets chinois de Cochin, je n'ai jamais été sauvée: j'ai simplement sorti ma tête de l'eau, mais des marées, ça descend et monte. Mes orteils commencent de nouveau à perdre les filons du sol sableux.

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