vendredi 11 septembre 2015

Hush, I say there's more to life than rust, not gonna leave this place with us, drop the game it's not enough.


"[...] And I am still drunk when his fingers wake me from inside
And I know that I didn't say yes
And I know I didn't say anything because I was asleep
And I know I should say no now [...] "




Les rêves sont revenus. Pas les cauchemars, violents, invivables, courts et vous laissant en sueur. Non, les rêves, longs et lents, peuplades de mondes gris et vaguement impersonnels, qui vous réveillent dans une sorte de transe macabre, incapable de prononcer ce qui a rendu l'expérience si horrible.
Je m'étais fais violer, nous savons tous par qui, dans le parc pour enfants à côté de l'ancienne demeure de ma grand-mère, sous de vulgaires modules pour bambins à la peinture écaillée. Sachant que personne ne me croirait, j'avais affirmé à plusieurs gences aimantes, ma soeur, mon père, ma meilleure amie, que ç'avait été une erreur, mais ils ne cessaient de s'esclaffer de ma situation, invariablement; j'avais décidé de partir avant que mon concubin, furieux, ne m'expédie hors de sa vie. J'avais fais un sac à dos, décidée à aller sauter un train, le soir, alors que le gel tissait sa toile sur les surfaces exposées d'un sous-bois aux teintes bleutées lunaires. Je me faisais traquer par ces mêmes gences aimantes, qui continuaient à rire de moi doucement entre les arbres, me jurant que je ne parviendrais pas à m'échapper de cette condamnation sociale. Je n'étais pas terrifiée, je ne me sauvais pas à grandes enjambées larges; j'étais simplement terriblement las, silencieuse, isolée, apeurée non pas dans une panique qui fait battre le coeur, mais dans une torpeur dont l'état en soi effraie.
Un train était arrivé, mais il était lent, et les rires ne faisaient que redoubler d'intensité. Il y avait une grande bassine, haute et profonde, sur un de ses compartiments chargé d'arroser la forêt pour ne pas qu'elle ne brûle. Et je grimpai sur le wagon, escaladai le bord de la bassine, et me jetai dans l'eau glacée. Coulant lentement au fond, recroquevillée en boule, je levai la tête vers le haut du baril, regardant avec soulagement les visages de mes agresseurs aimés se flouer comme je savais ma mort imminente, transie et sans oxygène.
C'est ce soulagement dans la mort qui m'effraie toujours de ces rêves périodiques. Je me réveille avec l'envie de les concrétiser, pour atteindre le même niveau d'apaisement de mes souffrances vaines et irréelles.

* * *

Je ne sais pas si tu m'as déjà agressé sexuellement, comme j'ai osé l'affirmer à ton ami, sur le haut d'une montagne, enivrée et réchauffée par la lueur du feu rougeoyant sur le Mont-Royal, désireuse de briser ses fausses perceptions des femmes montréalaises. Je ne sais pas si j'aurais dû être plus claire, si j'ai cassé et que tu avais alors le droit de prendre ce que tu as pris de mon corps, si des larmes et des protestations ne suffisent pas quand ultérieurement l'on accepte de changer de position. Je ne sais pas si les mots ont plus d'importance que l'assujettissement des actes, dans ces circonstances, dans ton pedigree. Je ne sais pas si je t'ai donné raison, je ne sais pas si je suis une féministe enragée, je ne sais pas si tu as perçu les choses très différemment - probablement. Je sais que tu m'as dis être désolé le lendemain, "tu ne voulais pas et j'ai insisté", par un vulgaire message texte, je sais que nous n'en avons jamais reparlé depuis, et que j'éprouve du dégoût en disant ton nom, et que parfois, je suis dans l'autobus, et je me sens assaillie d'une honte indescriptible, que je songe à ce que je dirais pour te détruire, pour faire éclater ce morceau de vitre fiché dans la chair de ma sexualité et de mes convictions morales.
Ce n'est pas que cela pourrait faire une tache sur ma relation, puisque c'est arrivé peut avant sa concrétisation, et bien que tu aurais pu me transmettre n'importe quelle connerie. Ce n'est pas que j'ai menti, bien que je l'aie fait. Ce n'est même pas que j'aie une réputation à rétablir, puisque personne ne le sait; nous avons si bien parlés, ou si peu: "Il ne s'est rien passé. Il n'allait vraiment pas bien et je l'ai raccompagné chez lui." Ce n'est pas ça. Ça n'a rien à voir avec ça.
Je crois que c'est que j'étais d'accord avec lui sur un point, le seul qui importe vraiment: que j'étais sa propriété. Son jouet, et que ce simple statut sous-entendait mon consentement, sans nécessité de verbaliser, sans nécessité même que le concept n'existe. Qu'il avait le droit de se servir de moi seulement parce que nous avions déjà échangés nos salives auparavant et qu'il pouvait y avoir confusion; parce que nos termes n'étaient pas clairs et que mes actes n'étaient pas totalement en juxtaposition avec mes paroles; parce qu'il n'allait pas bien; parce que j'aurais pu partir; le frapper; être plus convaincante que je ne l'ai été dans mon désir qu'il arrête; parce que j'étais là; parce que j'étais femme; et parce que j'étais, entièrement, à sa disposition.
Je suis tellement fatiguée d'être femme, mais surtout cette femme là, celle que je suis, en ce moment même, vous n'avez pas idée.

1 commentaire:

  1. "Je ne sais pas si j'aurais dû être plus claire, si j'ai cassé et que tu avais alors le droit de prendre ce que tu as pris de mon corps, si des larmes et des protestations ne suffisent pas quand ultérieurement l'on accepte de changer de position."

    Si tu ne le voulais pas, c'est une agression. Qu'importe comment tu l'as fait comprendre.

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