jeudi 27 août 2015

Boiler rooms


Louise Bourgeois------------------------------------------


Je me suis trashée la gueule. Intense. Bu du vin, de la bière, du fort, et recommencé. Je ne sais pas ce qui m'a pris, un soir de semaine, avant mon premier cours de droit de l'année. Résultat: je l'ai manqué, ayant enregistré la mauvaise heure.
J'ai l'impression de devoir me punir d'être une irresponsable citoyenne, une étudiante intolérante, une amante instable, une amie incompatible. Sortez la coutellerie, disposez les couverts, mesdames et messieurs, prenez place à table: je trancherai la chair repentante qui pend de mon corps morne et amorphe pour vous servir en pitance les remous émotionnels de mon illégitime charme.
Je n'ai pas l'énergie, ni l'envie de bien écrire. Mouchoir pornographique gâché.

mercredi 26 août 2015

Louisahhh! boiler room

- Lovers, Auguste Rodin


Je me liquéfie sous la poigne de nos affections fatiguées
Pâte à pain pétrie par des mains ridées et veuves
Veuves de passion bandée, veuves de rage d'exister
Veuves aux ongles de grès où pourrit une tendresse vaine

Hélas les braises de l'antre sont tièdes sur la peau
On souhaiterait s'y brûler pour la caresse de l'eau
Mais le vieillard sale qui les tisonne doucement
Ne fait qu'attendre, courbé, le jour de l'enterrement

L'urne lentement attend la sépulture fauve
Où seront embrassés les cendres de nos os
Squelette de calcaire qui s'effrite sous les yeux
D'un patriarche las, hélas point malheureux.



Les bernaches brodaient leurs triangles dans le ciel, peut-être seulement pour me rappeler que tu me manquais malgré le temps qui filait ses tapisseries de saisons...

samedi 15 août 2015

Get up this is what I see, welcome to reality



Petite, je me croyais intelligente; adolescente, j'étais convaincue d'être un génie. Jusqu'au jour où j'ai compris que cette sensibilité, cet émoi indescriptible à ressentir les choses, n'était pas la manifestation subtile de mon unicité, mais bien la représentation magique du fait d'exister. J'avais une manière de l'exprimer certes différente, mais comme tous les autres exprimaient la leur différemment.
Je n'ai pas encore déterminé si cet aveu tardif sur mes banales capacités à vivre était magnifique ou franchement déprimant.

* * *

Je suis mangée par la gigantesque beauté du monde, par les émotions complexes et sincères qui se mélangent dans les têtes étrangères jointes, à la statique capillaire et aux idéaux communs, aux sentimentalités aussi à fleur de peau que mes pauvres nerfs de schème bipolaire... J'y trouve de l'émoi, mais point de réconfort, et là est bien le drame, car j'aurais peut-être aisément pu vivre avec plusieurs litres de larmes en moins compactées dans mes glandes lacrymales- mais bon, on ne peut pas tout avoir, dans l'univers, n'est-ce pas?
Exister et ne pas mourir, ce sont deux choses différentes, mademoiselle. Si vous saviez la bouille de ce domestique sage qui me fait constamment la morale en costard, dans ma tête... Vous ne ririez plus.
J'aimerais être fière de ce que je suis, vraiment, regarder mon portrait déglingué et hurler un grand "OUI", mais je me retrouve seule chez moi, un peu saoule mais pas tout à fait, à procrastiner mon travail scolaire comme je ne l'ai jamais fais dans l'espoir de dissiper ma morne détresse.
Je ne sais pas si je dois recommencer à prendre mes médicaments. Je suis anxieuse, déprimée, au bout du rouleau, et fatiguée de ce manège estival loin des comprimés pour replonger dans leur douce étreinte au bout de quelques crises.

dimanche 9 août 2015

samedi 8 août 2015

We keep on running, running, running for miles

Je rêve d'une grande demeure communautaire et artistique où il ferait bon de vivre.
Au sous-sol, je voudrais un hammam de tuiles d'un turquoise profond où sont versées sur des pierres brûlantes par la braise qui les rougeoie de l'eau de pluie récoltée en de grands vases de terre cuite gris-bleu; les plus pudiques pourraient y tirer de larges rideaux pour se relaxer et se laver en privé, et trois douches à aire ouverte borderaient le côté du bain, les rigoles laissées par celles-ci glissant dans des caniveaux jusqu'à la cuve centrale.
Les deux ou trois salles de bain borderaient l'entrée du deuxième étage où seraient disposées les chambres, laissant l'art du bain réservé aux consciencieux du corps, à ceux qui veulent en prendre soin avec douceur et langueur. Chaque chambre aurait une grandeur standard et serait au loisir de décoration de ses occupants; ce serait le havre ultime à ne pas déranger. Il pourrait également y avoir un atelier de création commun, au fond du corridor principal.
Au rez-de-chaussée, les premières pièces d'entrées seraient réservées à une galerie d'art longue et illuminée, mais se cacherait passé les battants du fond du corridor commun un salon-salle à manger jumelé à une grande cuisine communautaire et rustique. Il y trônerait une longue table de bois aux coussins colorés, dans le dos de laquelle des sofas à même le sol aux motifs multiples, vivants, texturés, permettraient un repos à plusieurs ou une attention particulière pour un des spectacles (ou soirée poésie, ou artistique, ou autre) qui serait présenté à l'occasion sur la scène à côté du bar de la cuisine.  En arrière des divans, une gigantesque bibliothèque commune occuperait tout le mur, permettant aux ennuyés d'aller quérir des connaissances ou des épopées au moment où ils le désireraient, sans attente. Il pourrait même y avoir deux petits paniers d'osier, un pour les livres à donner, l'autre pour ceux à recevoir en don. De grandes portes vitrées ouvriraient sur un jardin où pousseraient deux pommiers, peut-être une partie du potager. Sous le portique, quelques hamacs multicolores permettraient de se reposer, l'hiver, au gré de la musique d'un vieux piano que l'on ne craindrait pas trop de détruire - à moins qu'il ne soit posé à l'intérieur, permettant aux interprètes de liquider ses mesures de leurs doigtés aisés.
Sans oublier, bien sur, un toit où serait construit une serre à l'année longue, un poulailler où quérir les oeufs pour les batchs de 50 biscuits à 21h le soir, un grand jardin et peut-être même quelques cultures d'insectes et un étang à poissons aux côtés duquel se prélasser.
Bref, je veux une maison communautaire d'ambiance Eva B, qui donne des art shows engagés et qui est autosuffisant en alimentation. C'tu trop demander?

dimanche 2 août 2015

we’re in the yard and we’re standing by a train, and there’s nothing fucking rideable, it’s driving you insane.

Swampy


"On se devait de roam the world et être heureux about it, for fuck's sake, my love", qu'on s'est dit au détour du train, rouillé et sale.
Puis, il l'a sauté, le train. Moi, je suis retournée au quai, avec mes dix dollars bien profondément enfouis dans la gorge, avec l'envie de gerber de mon existence de minable payant pour un passage en sens contraire alors que les roues offraient la tentation de la chaire roussie et du vent dans les cheveux, avec l'impression lancinante que je savais exister comme tout le monde, sans le fantasque du drame, de la poussière et du mascara bon marché trouvé dans les poubelles, des douze-dollars trente-sept dans les poches et du whiskey coulant dans le fond du sac à dos. J'avais la rage de vivre, peut-être pas celle de mourir jeune, mais celle de ne pas regretter si cela s'avérait le cas, la rage des photographies de Mike Brody et de Swampy; la rage de ne pas tomber dans l'âge adulte comme on tombe dans un fossé, un beau jour de printemps, pour y mourir en soirée, piètre et déprimé au soleil couchant. Et puis la rage s'est éteinte devant la couardise de mes jours bourgeois.