jeudi 23 juillet 2015

My love, I am a cathedral in ruins where you no longer wish to pray



Peanut butter-jam sandwiches
And a sour kiss on the tip of the lips;
I read the bottom sentence of our life's page together
in the right corner of your eyes when you said 'I love you'
with a flinch of hope.

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Journal du 6 juin 2015


Le ciel est gris, encore, et les caboches des montagnes alentours sont plongées dans le brouillard dense et défini de la pluie matinale irlandaise. Sur le lac toisant la baie vitrée du Bed & Breakfast, enjambé par un charmant pont aux pieds de pierre en basses arches, le vent tisse la dentelle régulière de son écume, donnant aux demeures à pignon encerclant la masse mouvante un peu de cinéma à détailler, dans ce calme spectacle vespéral.
J'ai envie d'un chocolat chaud bien calibré entre l'amer et le sucre. J'ai envie de départs, de séjours et d'arrivées, de complicité des grands espaces et peut-être un peu de tristesse de me savoir à l'antipode de la maison; quelle ironie, quand je suis déjà à plusieurs milliers de kilomètres de mon Québec natal. J'ai envie d'avoir une raison valable de me sentir si égarée, et de manquer de repères, justifiant par le fait même mon besoin de perte.
Mon amour, nous pourrions embarquer sur un paquebot, vers la Norvège, toute une semaine à fond de cale, parmi les marins pauvres en mots et riches de poésie rude, brute, sensible; nous ne ferions pas l'amour de toute la semaine, harnachés à des lits aux ressors manifestes contre nos dos afin d'éviter de se fendre le front dans les montagnes russes des vagues de l'Atlantique, 30 mètres de descente d'une vague en tempête... Nous aurions le monde sous nos pieds et notre univers sur le dos, la tente montée chaque soir et le petit réchaud de plein air cuisant des pâtes au pesto desquelles nous ne nous lasserions pas; grisés à l'atmosphère enivrante des fjords froids, soumis aux aléas maugréants de la météo du Nord côtier des Lofoten, nous apprendrions l'art de faire du monde entier notre seule patrie. Nous nous adorerions pour quelques poussières de temps déclinées en décennies d'affection. Ensuite, nous y mettrions le feu.

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