jeudi 18 juin 2015

This is what you get when you mess with the...

Broken Fingaz (MINDBLOWN!!!!)

Je me sens close, isolée de ce monde que je détaille à travers l'étroit hublot de ma médiocre subjectivité, inextricablement enfermée dans ce bon vieux scaphandre de chair et de neurones mal entortillées. Le reflet de mon visage dans des yeux éteints ne me renvoie qu'une terne image copier-coller, . J'existe à travers les yeux des autres, et eux ne me voient pas. Ou, du moins, pas autant que je l'aurais voulu, pas de la même façon... J'aurais aimé avoir un halo autour des poignets, du crâne, des diadèmes auréolés de sang ou de cocaïne, d'étoiles ou de bracelets de cuir que j'aurais récolté au gré des prés foulés par mes pieds nus. Mais non. Je ne suis l'idole de personne. Je ne suis qu'une anonyme crucifiée à la croix païenne d'un chemin de poussières oublié, une étrangère sacrifiée sur un autel qui ne célèbre aucun culte. C'était au nom de cette vérité toute bête que j'avais décidé de vivre, au nom du fait que personne n'aurait pleuré éternellement la mort de quelqu'un d'autre que lui, et que cette même mort s'avérait alors tout aussi dénudée de sens que la vie elle-même. Je gagnais plus à essayer d'avoir une galerie d'art, des positions politiques, des amis, un futur, que de tronquer ma bouture existentielle aussi vite. 
Il est difficile de l'admettre, probablement honteux, mais je crois avoir toujours désiré faire partie de la bande des enfants les plus chouettes, the kids your parents warned you about, et tout le kit: ceux qui riaient trop fort, avaient des rouleaux aux fruits et des sacs cadeaux pour tout le monde à leurs fêtes de dix ans, ceux qui faisaient l'équipe sportive, portaient des jupes courtes exhibant de belles jambes de nymphettes reluquées par les garçons prépubères au secondaire, ceux qui accomplissent de grandes choses aujourd'hui et semblent parvenir à établir un contact véritable avec une pluralité de personnes, exprimant leur personnalité sélecte par un style impeccable... Avec envie, je me disais que si seulement ces personnes pouvaient me considérer comme une des leurs, alors ma valeur serait prouvée.
Bien sur que je sais que ça ne reflète que le fait que je ne me considérais pas moi-même digne de ces groupes de formateurs de l'élite. Ça ne change rien au fait que puisqu'ils n'existent fondamentalement pas, ces groupes, étant uniquement définis par le fait que la majorité y croient, je n'en ai jamais fais partie, et n'en ferai jamais partie.
Pourquoi parles-je au passé, d'ailleurs? Parce que j'ai l'impression que ma pensée d'aujourd'hui m'est fatale, sans issue; aujourd'hui, messe de draps tachés par des intempéries physiques belles, mais vaines et destinées à un trépas sans obsèques, je ne crois pas au futur. -J'aurais dû apprendre à parler japonais, ça aurait été plus facile à expliquer: le contexte ne permet pas de déduire qu'il y a un futur qui vaille plus que les cendres salies d'aujourd'hui.
Autrefois, je crois au moins avoir eu brièvement l'impression que cet isolement était une preuve de mon unicité magnifique, avec ou sans raison de me plier au culte de pareille foi en ma perfection lézardée; peut-être avais-je d'ailleurs besoin d'y croire, sans quoi, j'aurais fais glisser la fermeture éclaire de ma peau de chagrin... Mais me voilà aujourd'hui dans le drabe de l'inévitable lassitude, vouée à ne pas me suicider de par tous les efforts investis dans mon envie de me coudre une petite vie, peu importe quelle loque je constitue comparativement aux étoffes alentours.
Que me restera-t-il de ces beaux mots, une fois le sablier égrainé? Je ne suis pas capable de prendre les choses pour ce qu'elles sont, dans leur beauté éphémère et toute bête, sans tenter de leur trouver un sens caché et une utilité future. Je ne vis pas le moment présent, ou si peu, et alors à quoi bon vivre, point à la ligne? Je suis vide d'intérêts pour tous, incluant pour moi, pathétique, molle et morne. J'ai l'impression que je pourrai chantonner sur mon lit de mort, d'une voix cassée et peu harmonieuse: "I've given all I can, it's not enough..."

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