mardi 23 juin 2015

The last song

Daehyun Kim 

J’ai voulu être plusieurs choses au cours de ma courte vie; le plus souvent, cette personnification s’avérait n’être que le désir de quelqu’un d’autre. C’était l’impression de la satisfaction de l’auditeur tendant l’oreille à cet écho qui me donnait la certitude du bon registre, de l’authenticité véritable que la main qui traçait mes traits provisoires et translucides, biffures esquissées au graphite 6H ou larges peintures aérosols sur les briques gorgés de sobriquets, anonymes et semblables, au cœur des perditions urbaines. Comment aurais-je pu alors croire être autre chose que ce que je me sentais à l’aise d’incarner, puisque j’étais en adéquation parfaite avec ce portrait impersonnel qui m’était suggéré?
J’ai souhaité demeurer tout ce que l’autre m’a voulu être, au gré des fluctuations sentimentales et charnelles de mes interlocuteurs; j’ai voulu être la brume salée sur les lèvres des marins, le crissement du papier sur les renvois des avocats, la pauvre détresse couvée par des sœurs fripées et aimantes… Vous savez, je me suis déjà donnée à une femme, sensuelle et âgée, à l’arrière d’une étrange taverne aux insignes asiatiques que je ne savais pas déchiffrer; je l’ai laissé se repaitre de ma chaire en échange de quelques gorgées de saké, et je ne m’y sentais pas plus mal qu’aucune autre des fillettes élevées dans la tôle des bordels de Bangkok. J’ai aussi fréquenté un riche dignitaire étranger pendant quelques trois-cent-soixante-cinq jours, été trimballée à son bras dans des banquets grandioses sans une fois ne lui prêter mes lèvres pour un baiser. J’ai prétendu être séropositive ou vierge, héritière d’un empire ou fille d’une putain, insupportable poète cabotine des ruelles ou intellectuelle de renom dans ses palaces de glace. Et toute ces fois, je n’ai jamais menti.
Je suis l’étrange, onirique quête rorschach du regard des autres, une multitude de rêves qui a porté beaucoup de pseudonymes sans jamais être approprié à aucun. Je suis l’atomisée; Hélas, Hiroshima, mon amour, ma jumelle, ma perte, jamais je n’exploserai en particules de divergences avec autant de grandiose puérilité que toi, explosion d’une époque, historicité liquéfiée dans l’âge d’un empire mourut instantanément! Je n’ai jamais appartenu à un âge, à un pan d’histoire qui soit entier et justifié. Et ainsi, ici, à la cime de la fin d’une existence qui n’a jamais tout à fait été la mienne, je ressens l’ineffable besoin de pouvoir signer le roman de ma vie d’un seul prénom, et je ne parviens pas à décider lequel.

Je pourrais me targuer à tenter de prétendre que ce texte fait foi d’un récit existentiel uni, ou qu’il suit un rythme cyclique et mathématique possible à comprendre et grader en tableaux compliqués, mais en vérité, je crois qu’il s’avère plus juste de simplement l’arrimer à une quête dactylographiée vers le reflet favorable; le masque opportun.

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