dimanche 14 juin 2015

Emmenez-moi


9 juin, Petites heures


         J'ai envie d'écrire notre histoire au carrefour des chemins, au détour des ruisseaux, dans la pierre de basalte et dans ta chair basanée par ces jours passés à se laisser couver de soleil. Combine nous reste-t-il de temps ensemble, mon amour? Peut-être est-ce de distance, mais j'entend avec certitude, précision atomique, les aiguilles tiquer, et, en un sens, cela ne me donne qu'une affection plus apte à être consumée, consommée immédiatement; j'ai envie de t'apprendre du début à la fin, de l'enfance au trépas, ton souvenir le plus honteux, la fois où tu as ressenti le plus intensément la solitude, une réminiscence d'une joie extatique, une mémoire de bonheur serein, quelque chose qui te fait extrêmement peur, tout... Tout, tout! J'aimerais pouvoir lire en toi avec aisance, parler sans aucun accent la langue de tes synapses; pouvoir, quitte à te quitter un jour résolument prochain ou possiblement lointain, dire que nous nous séparons en toute connaissance de la nature profonde de l'autre, sans zone d'ombre de laquelle nous n'ayons pas choisi de se départir. J'ai terriblement peur de voir partir de ma vie un étranger, entité attirante mais non pas cartographiée, ressentie...

         Je t'aime avec toute la passion de celle qui sait l'opportunité chancelante du destinataire de ses caresses, et je veux que tu saches, oh, cadeau donné aux petits pas de ma vie, que je ne gaspillerai pas une miette du peu de temps que tu t'avères prêt à m'offrir pour expérimenter qui tu es.

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