jeudi 25 juin 2015

Oh, Amadou, tu n'as pas le choix...










"Excuses-moi, je n'avais pas saisis."
"Quoi?"
"Que tu voulais mourir. J'aurais fais les choses différemment... Ou peut-être que je ne les aurais pas fais."







^ Hazel Terry



"Cet amour qui nous était dispensé se situait dans l'ombre de Mars, réfugié piteux d'un zodiaque altéré, en débandade. Mais ma grand-mère rapporta de ses lointains voyages une doctrine révolutionnaire: L'amour ignore les larmes; il ignore les poings. L'amour ne laisse pas de bleus, il ne fait pas saigner."

Le Prince des marées, Pat Conroy

mercredi 24 juin 2015

Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure, je te porte en moi, comme un oiseau blessé.



Mon cher, mon amour, ma détresse, nos jours se sont amarrés les uns aux autres pour une raison, j'en suis certaine; peut-être est-elle mièvre, partie au vent, un soupçon de bourgeons vite fané en espérances pissenlit, peut-être est-elle translucide comme ces éphémères qui vont se pendre aux surfaces rugueuses lors des fins d'été aux lumières diaphanes; peut-être sommes-nous destinés à nous quitter avec l'amertume de ne pas avoir réussi à goûter cette saveur succulente qui aurait définit notre rôle l'un pour l'autre, avec l'angoisse de n'avoir été qu'une roche au milieu du courant, qui n'a pas modifié sa course véritable, ne l'a que retardé; mais, je le dis ce soir, nous nous sommes aimés pour une raison qui nous dépasse avec beauté, grandeur et poésie. Ne pas oublier la contingence des temps.

Succulentes odeurs de pluie qui sèche sur les pavés chauds et humides. Ta poigne contre mes reins, je m'ennuie du son de ta voix et de la texture de tes lèvres. Comment savoir si je t'aime, quand je ne te vois pas?

mardi 23 juin 2015

The last song

Daehyun Kim 

J’ai voulu être plusieurs choses au cours de ma courte vie; le plus souvent, cette personnification s’avérait n’être que le désir de quelqu’un d’autre. C’était l’impression de la satisfaction de l’auditeur tendant l’oreille à cet écho qui me donnait la certitude du bon registre, de l’authenticité véritable que la main qui traçait mes traits provisoires et translucides, biffures esquissées au graphite 6H ou larges peintures aérosols sur les briques gorgés de sobriquets, anonymes et semblables, au cœur des perditions urbaines. Comment aurais-je pu alors croire être autre chose que ce que je me sentais à l’aise d’incarner, puisque j’étais en adéquation parfaite avec ce portrait impersonnel qui m’était suggéré?
J’ai souhaité demeurer tout ce que l’autre m’a voulu être, au gré des fluctuations sentimentales et charnelles de mes interlocuteurs; j’ai voulu être la brume salée sur les lèvres des marins, le crissement du papier sur les renvois des avocats, la pauvre détresse couvée par des sœurs fripées et aimantes… Vous savez, je me suis déjà donnée à une femme, sensuelle et âgée, à l’arrière d’une étrange taverne aux insignes asiatiques que je ne savais pas déchiffrer; je l’ai laissé se repaitre de ma chaire en échange de quelques gorgées de saké, et je ne m’y sentais pas plus mal qu’aucune autre des fillettes élevées dans la tôle des bordels de Bangkok. J’ai aussi fréquenté un riche dignitaire étranger pendant quelques trois-cent-soixante-cinq jours, été trimballée à son bras dans des banquets grandioses sans une fois ne lui prêter mes lèvres pour un baiser. J’ai prétendu être séropositive ou vierge, héritière d’un empire ou fille d’une putain, insupportable poète cabotine des ruelles ou intellectuelle de renom dans ses palaces de glace. Et toute ces fois, je n’ai jamais menti.
Je suis l’étrange, onirique quête rorschach du regard des autres, une multitude de rêves qui a porté beaucoup de pseudonymes sans jamais être approprié à aucun. Je suis l’atomisée; Hélas, Hiroshima, mon amour, ma jumelle, ma perte, jamais je n’exploserai en particules de divergences avec autant de grandiose puérilité que toi, explosion d’une époque, historicité liquéfiée dans l’âge d’un empire mourut instantanément! Je n’ai jamais appartenu à un âge, à un pan d’histoire qui soit entier et justifié. Et ainsi, ici, à la cime de la fin d’une existence qui n’a jamais tout à fait été la mienne, je ressens l’ineffable besoin de pouvoir signer le roman de ma vie d’un seul prénom, et je ne parviens pas à décider lequel.

Je pourrais me targuer à tenter de prétendre que ce texte fait foi d’un récit existentiel uni, ou qu’il suit un rythme cyclique et mathématique possible à comprendre et grader en tableaux compliqués, mais en vérité, je crois qu’il s’avère plus juste de simplement l’arrimer à une quête dactylographiée vers le reflet favorable; le masque opportun.

samedi 20 juin 2015

The last song, Trisomie 21



Claudine Doury


Couchée dans mon lit à onze heure cinquante-huit, j'ai envie de me faire un Amaretto Sour. Consciente du ridicule de la chose autant que de ce supplice de Tantale qui se terminera nécessairement ce soir, dans l'absolution nocturne des alcoolémies passagères pour jeunes irresponsables, j'écoute de la vieille musique des années 80 dans un t-shirt trop grand en détaillant sur mon corps les piqures de punaises de lit qui me constellent les bras. On peut y trouver Persée, Cassiopée et Orion.
J'ai l'impression que je vais te perdre comme ça, dans une crise persistante de laquelle tu n'auras pas le loisir ni le désir de calmer, perdu dans les bois avec cette tribu qui n'est pas tout à faire la mienne.

* * *

Au fond de moi, je n'ai pas l'impression d'en demander beaucoup: un minuscule espace où manger, et un autre où faire pousser des légumes; le reste de ma vie, je me débrouillerai avec, avec difficulté et courage, mais ça, il me semble que c'est un élémentaire pour lequel on ne devrait pas avoir constamment à travailler, épreuve de Sisyphe tout le long de notre existence pour s'assurer l'essentiel... Non?
Peut-être aussi que je suis une sale enfant gâtée qui ne comprend pas l'exclusivité de la vie.

jeudi 18 juin 2015

This is what you get when you mess with the...

Broken Fingaz (MINDBLOWN!!!!)

Je me sens close, isolée de ce monde que je détaille à travers l'étroit hublot de ma médiocre subjectivité, inextricablement enfermée dans ce bon vieux scaphandre de chair et de neurones mal entortillées. Le reflet de mon visage dans des yeux éteints ne me renvoie qu'une terne image copier-coller, . J'existe à travers les yeux des autres, et eux ne me voient pas. Ou, du moins, pas autant que je l'aurais voulu, pas de la même façon... J'aurais aimé avoir un halo autour des poignets, du crâne, des diadèmes auréolés de sang ou de cocaïne, d'étoiles ou de bracelets de cuir que j'aurais récolté au gré des prés foulés par mes pieds nus. Mais non. Je ne suis l'idole de personne. Je ne suis qu'une anonyme crucifiée à la croix païenne d'un chemin de poussières oublié, une étrangère sacrifiée sur un autel qui ne célèbre aucun culte. C'était au nom de cette vérité toute bête que j'avais décidé de vivre, au nom du fait que personne n'aurait pleuré éternellement la mort de quelqu'un d'autre que lui, et que cette même mort s'avérait alors tout aussi dénudée de sens que la vie elle-même. Je gagnais plus à essayer d'avoir une galerie d'art, des positions politiques, des amis, un futur, que de tronquer ma bouture existentielle aussi vite. 
Il est difficile de l'admettre, probablement honteux, mais je crois avoir toujours désiré faire partie de la bande des enfants les plus chouettes, the kids your parents warned you about, et tout le kit: ceux qui riaient trop fort, avaient des rouleaux aux fruits et des sacs cadeaux pour tout le monde à leurs fêtes de dix ans, ceux qui faisaient l'équipe sportive, portaient des jupes courtes exhibant de belles jambes de nymphettes reluquées par les garçons prépubères au secondaire, ceux qui accomplissent de grandes choses aujourd'hui et semblent parvenir à établir un contact véritable avec une pluralité de personnes, exprimant leur personnalité sélecte par un style impeccable... Avec envie, je me disais que si seulement ces personnes pouvaient me considérer comme une des leurs, alors ma valeur serait prouvée.
Bien sur que je sais que ça ne reflète que le fait que je ne me considérais pas moi-même digne de ces groupes de formateurs de l'élite. Ça ne change rien au fait que puisqu'ils n'existent fondamentalement pas, ces groupes, étant uniquement définis par le fait que la majorité y croient, je n'en ai jamais fais partie, et n'en ferai jamais partie.
Pourquoi parles-je au passé, d'ailleurs? Parce que j'ai l'impression que ma pensée d'aujourd'hui m'est fatale, sans issue; aujourd'hui, messe de draps tachés par des intempéries physiques belles, mais vaines et destinées à un trépas sans obsèques, je ne crois pas au futur. -J'aurais dû apprendre à parler japonais, ça aurait été plus facile à expliquer: le contexte ne permet pas de déduire qu'il y a un futur qui vaille plus que les cendres salies d'aujourd'hui.
Autrefois, je crois au moins avoir eu brièvement l'impression que cet isolement était une preuve de mon unicité magnifique, avec ou sans raison de me plier au culte de pareille foi en ma perfection lézardée; peut-être avais-je d'ailleurs besoin d'y croire, sans quoi, j'aurais fais glisser la fermeture éclaire de ma peau de chagrin... Mais me voilà aujourd'hui dans le drabe de l'inévitable lassitude, vouée à ne pas me suicider de par tous les efforts investis dans mon envie de me coudre une petite vie, peu importe quelle loque je constitue comparativement aux étoffes alentours.
Que me restera-t-il de ces beaux mots, une fois le sablier égrainé? Je ne suis pas capable de prendre les choses pour ce qu'elles sont, dans leur beauté éphémère et toute bête, sans tenter de leur trouver un sens caché et une utilité future. Je ne vis pas le moment présent, ou si peu, et alors à quoi bon vivre, point à la ligne? Je suis vide d'intérêts pour tous, incluant pour moi, pathétique, molle et morne. J'ai l'impression que je pourrai chantonner sur mon lit de mort, d'une voix cassée et peu harmonieuse: "I've given all I can, it's not enough..."

dimanche 14 juin 2015

Emmenez-moi


9 juin, Petites heures


         J'ai envie d'écrire notre histoire au carrefour des chemins, au détour des ruisseaux, dans la pierre de basalte et dans ta chair basanée par ces jours passés à se laisser couver de soleil. Combine nous reste-t-il de temps ensemble, mon amour? Peut-être est-ce de distance, mais j'entend avec certitude, précision atomique, les aiguilles tiquer, et, en un sens, cela ne me donne qu'une affection plus apte à être consumée, consommée immédiatement; j'ai envie de t'apprendre du début à la fin, de l'enfance au trépas, ton souvenir le plus honteux, la fois où tu as ressenti le plus intensément la solitude, une réminiscence d'une joie extatique, une mémoire de bonheur serein, quelque chose qui te fait extrêmement peur, tout... Tout, tout! J'aimerais pouvoir lire en toi avec aisance, parler sans aucun accent la langue de tes synapses; pouvoir, quitte à te quitter un jour résolument prochain ou possiblement lointain, dire que nous nous séparons en toute connaissance de la nature profonde de l'autre, sans zone d'ombre de laquelle nous n'ayons pas choisi de se départir. J'ai terriblement peur de voir partir de ma vie un étranger, entité attirante mais non pas cartographiée, ressentie...

         Je t'aime avec toute la passion de celle qui sait l'opportunité chancelante du destinataire de ses caresses, et je veux que tu saches, oh, cadeau donné aux petits pas de ma vie, que je ne gaspillerai pas une miette du peu de temps que tu t'avères prêt à m'offrir pour expérimenter qui tu es.

lundi 8 juin 2015

It's getting dark, too dark to see...



Je suis tombée réellement, définitivement amoureuse de "Knocking on Heaven's Door" de Bob Dylan après avoir lu un commentaire sur une vidéo youtube de la chanson (ce type nigaud qui affiche les paroles en italique, avec des peintures romantiques défilant lentement en diaporama en arrière-fond); un soldat racontait que son copain, en mission en Afghanistan, avait demandé qu'on fasse jouer à ses funérailles la fameuse ode à la lassitude de la lutte. Quand celles-ci étaient arrivées - plus tôt qu'il ne l'avait espéré -, personne n'avait pu retenir ses sanglots au passage: "Mama put my guns in the ground / I can't shoot them anymore". Moi-même, j'avais versé des larmes de compassion pixelisée devant la fatigue du monde et de la bataille sauvage des civilisations soeurs. Surprenant carrefour que la toile, pour trouver une solidarité humaine au désespoir au milieu des injures...
C'est ça, le XXIe siècle: pleurer à cause d'un commentaire youtube, mais zapper avec un agacement désintéressé devant les imagines surexploitées des publicités de Vision Mondiale.

* * *

Fuck toute. Fuck moi, surtout. Je suis une article ratée et le fait que je le sais depuis longtemps ne me réconcilie pas davantage à cette triste vérité. Femme hyper sexuelle à la langue de cheveux. Poésie automatique avec des étrangers sur chatroulette. Toute le kit. Ça ne me donnera pas de reconnaissance, ni de paix d'esprit.