mardi 7 avril 2015

And the people bowed and prayed to the neon god they made



J'ai connu nombre d'aubes trop bleues, ces dernières semaines, trop bleues et trop saoules, pour oser me croire libre des étranges spectres de mes déboires mentaux. Rien de nouveau, me direz vous: c'est le propre de cette page, d'affirmer que je n'évolue pas quand vous voyez aussi bien que moi que je progresse lentement, à pas de lièvre en course contre la tortue du temps... Mais je ressens néanmoins le besoin de compter mes goules, de me rappeler leur présence de temps en temps, parfois en hurlant, parfois, murmurant, histoire de tenter de ne pas retomber trop rapidement dans le goulot quand elles refont surface. Je suis sur mes gardes contre tout signe d'assaut de ma tête envers mon corps. Quelles foutaises.
Atomisée dans la foule ivre d'une soirée électronique underground et illégale organisée par mon ancien fantôme et son acolyte homonyme, je me suis pendue au cou de cette étrange et magnifique créature de mon crépuscule adulte, la bouche à quelques centimètres de la sienne, buvant mutuellement l'air expiré par l'autre dans une chorégraphie contemporaines de souffles courts, le corps du prochain tatoué aux paumes moites du précédent, les doigts jouant distraitement dans les mèches de la nuque opposée... Ce n'était pas de l'amour, et peut-être pas du désir non plus; c'était une de ces collisions libres d'âmes qui, dans une société habituée à ce qu'un corps ne serve qu'à s'encastrer dans un autre, trouve bien souvent son ascension dans l'exploitation physique bête et facile. C'était de l'amour impulsif, une combustion spontanée de tout ce que j'aurais pu éprouver pour lui au cours de mon existence, probablement, matérialisé en quelques heures beaucoup trop tachées d'alcool pour que je comprenne ce qui s'est produit. Quelques souvenirs en vrac pêchés dans un lac de goudron, me faire plaquer contre le mur, ses mains embrassant mes épaules, dans une discussion sombre sur sa perte d'appétit pour la vie, une conversation échevelée sur la surprise défunte de la société occidentale et sur ses lèvres, les lumières stroboscopiques découpant mes gestes sans beauté... Étrange sensualité de perte.
Ma sensualité est désinvolte, cachée dans des sourires naïfs et dissipés dans des méandres de fumée, dans une intention plus ou moins claire qui vogue sur mes lèvres inégales, dans les étoiles tombant de mes yeux, de mon nez, sur ces mains tachées de gouttes d'oubli ébène; ma sensualité se fane facilement, probablement, ne connait pas de corolles en émoi passé avril, elle attire bien rapidement dans un orbite trop faible pour retenir l'effet centrifuge de la force de ce mouvement. Elle se dilue lorsque s'éclipse le jeu des sincérités cachées, trois petits tours et puis s'en va.
J'ai l'impression d'avoir fait un saut dans le temps, et d'être de nouveau à 16 ans, perdue et belle, fantasque et destinée à mourir, l'encre de mon art jaillissant en bouillons hors de mes veines trop serrées, barbouillant les carrelages trop propres d'un monde qui m'a offert tout ce qu'il y avait à offrir - c'est pour cela que je n'ai jamais accepté le cadeau, j'imagine. Je suis une petite reine de pacotilles, assise effrontément sur son trône Fischer Price, nue, un corps juvénile aux coulisses de sang striant le long de mon cou, de la source de mes narines trouées de cristaux argentés jusqu'à mes seins non formés. Wendy si elle avait sacré Peter Pan là et avait repris le royaume des merveilles qu'il lui avait promis en héritage de jeunesse. Une ridicule invention de mon âme romanesque, évidemment.
Il ne faut pas oublier que j'aspire à être heureuse, et que la forêt a encore beaucoup plus à m'apprendre que ce que tous les paradis artificiels pourraient m'injecter dans les veines.

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