jeudi 23 avril 2015

Afterlife; oh my god, what an awful word


Paul Theck, Ponza and Roma


Arrêter de subir sa vie, et essayer de la vivre, un peu, aussi, j'imagine.


"Toujours se rappeler de la beauté des amours
Toujours    se rappeler          de                   la                    beauté                        des amours
Même quand nous ne nous               aimerons                    plus
Même quand nous ne nous               haïrons           pas;
Toujours, se rappeler de la beauté des amours."


Je suis perdue en plein brouillard, sans corne de brume sur mon rafiot, au milieu de paquebots centenaires, téméraires, sourds et aveugles de mes maigres blanches de bois.


Et les voilà qui me regardent et qui rient : et tandis qu’ils rient ils me haïssent encore. Il y a de la glace dans leur rire.

- Prologue d'Ainsi Parlait Zarathoustra

mercredi 15 avril 2015

Le bruit du vent



Topkapi, Istanbul, Turquie...
Je t'attend.


Il y avait une étrange ambiance dans l'air, un fini de film aux images que je détaillais, une odeur de drame doux dans l'atmosphère tantôt rance, tantôt sucré de cette première nuit d'été. Nous avons déambulé le long des rails de chemin de fer du Vieux Port de Montréal, désert en ce lundi soir précoce, à chercher des clous arrachés de la charpente encore en mouvement, à trébucher dans la gravelle aux teintes bleues et jaunes, selon l'éclairage, des rayons de lune à travers le halo nuageux ou des faibles lampadaires grésillant lentement. Il a commencé à pleuvoir, à siaux. J'étais libre, je le crois bien.

mercredi 8 avril 2015

Sharpen your knife


Je suis cassée de l'intérieur.
Pas une cassure définitive, pas une cassure grave, mais je suis cassée. Sans projet véritable et sans envie d'être quelque chose d'autre que cette fausse esquisse d'existence.
Je vais au Burkina et ensuite, je ne sais pas, je fais de l'art de caca, pas assez, ça ne fait pas, je dégringole en bas des A...
Bon débarras, Lolita.

mardi 7 avril 2015

And the people bowed and prayed to the neon god they made



J'ai connu nombre d'aubes trop bleues, ces dernières semaines, trop bleues et trop saoules, pour oser me croire libre des étranges spectres de mes déboires mentaux. Rien de nouveau, me direz vous: c'est le propre de cette page, d'affirmer que je n'évolue pas quand vous voyez aussi bien que moi que je progresse lentement, à pas de lièvre en course contre la tortue du temps... Mais je ressens néanmoins le besoin de compter mes goules, de me rappeler leur présence de temps en temps, parfois en hurlant, parfois, murmurant, histoire de tenter de ne pas retomber trop rapidement dans le goulot quand elles refont surface. Je suis sur mes gardes contre tout signe d'assaut de ma tête envers mon corps. Quelles foutaises.
Atomisée dans la foule ivre d'une soirée électronique underground et illégale organisée par mon ancien fantôme et son acolyte homonyme, je me suis pendue au cou de cette étrange et magnifique créature de mon crépuscule adulte, la bouche à quelques centimètres de la sienne, buvant mutuellement l'air expiré par l'autre dans une chorégraphie contemporaines de souffles courts, le corps du prochain tatoué aux paumes moites du précédent, les doigts jouant distraitement dans les mèches de la nuque opposée... Ce n'était pas de l'amour, et peut-être pas du désir non plus; c'était une de ces collisions libres d'âmes qui, dans une société habituée à ce qu'un corps ne serve qu'à s'encastrer dans un autre, trouve bien souvent son ascension dans l'exploitation physique bête et facile. C'était de l'amour impulsif, une combustion spontanée de tout ce que j'aurais pu éprouver pour lui au cours de mon existence, probablement, matérialisé en quelques heures beaucoup trop tachées d'alcool pour que je comprenne ce qui s'est produit. Quelques souvenirs en vrac pêchés dans un lac de goudron, me faire plaquer contre le mur, ses mains embrassant mes épaules, dans une discussion sombre sur sa perte d'appétit pour la vie, une conversation échevelée sur la surprise défunte de la société occidentale et sur ses lèvres, les lumières stroboscopiques découpant mes gestes sans beauté... Étrange sensualité de perte.
Ma sensualité est désinvolte, cachée dans des sourires naïfs et dissipés dans des méandres de fumée, dans une intention plus ou moins claire qui vogue sur mes lèvres inégales, dans les étoiles tombant de mes yeux, de mon nez, sur ces mains tachées de gouttes d'oubli ébène; ma sensualité se fane facilement, probablement, ne connait pas de corolles en émoi passé avril, elle attire bien rapidement dans un orbite trop faible pour retenir l'effet centrifuge de la force de ce mouvement. Elle se dilue lorsque s'éclipse le jeu des sincérités cachées, trois petits tours et puis s'en va.
J'ai l'impression d'avoir fait un saut dans le temps, et d'être de nouveau à 16 ans, perdue et belle, fantasque et destinée à mourir, l'encre de mon art jaillissant en bouillons hors de mes veines trop serrées, barbouillant les carrelages trop propres d'un monde qui m'a offert tout ce qu'il y avait à offrir - c'est pour cela que je n'ai jamais accepté le cadeau, j'imagine. Je suis une petite reine de pacotilles, assise effrontément sur son trône Fischer Price, nue, un corps juvénile aux coulisses de sang striant le long de mon cou, de la source de mes narines trouées de cristaux argentés jusqu'à mes seins non formés. Wendy si elle avait sacré Peter Pan là et avait repris le royaume des merveilles qu'il lui avait promis en héritage de jeunesse. Une ridicule invention de mon âme romanesque, évidemment.
Il ne faut pas oublier que j'aspire à être heureuse, et que la forêt a encore beaucoup plus à m'apprendre que ce que tous les paradis artificiels pourraient m'injecter dans les veines.

mercredi 1 avril 2015

Poor, poor, boy... Poor, poor boy


Vieux texte retrouvé, sur les débuts du crémusinage*.

"J’ai lu en toi le poème d’une autre fin, peuplée de feuillus en cadence et d’étendues d’automne safranées, aux confins de la voix chuchotant la liberté d’années lumières d’errance sans issue ni regrets, aux cheveux de parfum de pins et aux muscles tricotés des clameurs sauvages de rivières vierges des rivages foulés de Babylone. Peux-tu imaginer la délivrance de trouver dans des iris semblables un tel univers s’offrir à ma naïveté aveuglée d’urbanité? Le bonheur pour les étouffés de fendre leurs fers sociaux rien qu’à l’unisson d’un regard qui fend le bitume à le balayer, et qui affranchit leurs âmes des carcans de verre de tours à servitude? Ton regard est liberté boréale, ton être est sentimentalité unie. Je ne saurais dire comment."


*Crémusin (n.m.; fm: crémusine): membre d’une union psychique, artistique et/ou d’amour, multiforme et sujette au changement. Ces crémusins ont fait une magnifique toile illustrant leur grandeur mentale!