mercredi 25 février 2015

I'm in love with an american girl


Geric Alonzo, Am I?

"J'ai envie de parler tard le soir, un peu trop saoule, comme dans le bon vieux temps, de des trucs ridicules qu'on n'a plus le droit de ressentir à 21 ans.
Je me demande un peu pourquoi on arrête d'avoir le droit de ne pas grandir, d'être immature, saoule et irrémédiablement blessée, passé 17 ans. Pourquoi on arrête d'avoir le droit d'aimer des fantômes, d'aimer être romantiquement malsaine, d'aimer être cassée et malheureuse. Je me sens poétique comme dans le bon vieux temps et tristement sans importance sans toi, vous, tout le monde qui faisait de ma vie un joli bordel qui avait au moins quelque chose à raconter.
Bref, tu me manques, en titi caca, comme le lac. J'ai hâte en criss de te voir." Mais je me saurai déçue. Rien n'est plus comme autrefois, c'est ce qui rend ce "hier" si beau.

Dieu que je m'ennuie de cette enfant et de nos heures sombres.


Je ne sais pas pourquoi je m'ennuie de lui, lui que je ne connais pas, lui qui n'était que le reflet de phares de convoitise étrangère au fond de verres à lunettes, que le miroitement d'une admiration que je n'étais pas en mesure de comprendre, mais qui me flattais tant il représentait un rêve de vénération populaire adolescente. J'avais peur du magnétisme étrange de nos corps n'étant pas encore prêts à s'aimer; je craignais le rapprochement malhabile de nos esprits hétéroclites, s'emboitant mal mais à l'attraction mutuelle, de gauches aimants abîmés sollicitant tout croche le contact de leur opposé. La poésie des bourgeons de mes mamelons d'enfant sous ses lèvres charnues, le lyrisme incongru de son corps juvénile et expérimenté à la lumière de ma haine corporelle: quel étrange portrait que cette relecture mentale de ce qui aurait pu être, à l'aube de mon départ pour la maturité, encre de chine diluée par mon équilibre présent de jeune adulte intelligente et fade, flouant les lettres et brouillant les traits... Il m'admirait pour ma maladresse et la honte que j'éprouvais à la pression oculaire d'autrui sur mes mots immatures, ou peut-être n'avait-il qu'un peu de temps à perdre à tenter de comprendre l'inconnue grossière et méprisée que j'étais, à temps perdu. J'ai toujours eu l'impression que ceux que j'aimais le plus, que je contemplais du bout des regards de peur de me faire remarquer dans ces images admiratives enlevées à la volée, ne faisaient que des oeuvres caritatives lorsqu'ils me rendaient l'attention instinctive que je leur portais. J'ai probablement quelques points de suture infantiles à découdre pour mieux suivre le droit fil de ma vie, mais dans l'équilibre précaire où je me trouve, j'ai un peu peur de déchirer la toile malhabilement surpiquée de mon futur incertain.
Mon amoureux méprise par sa banalité le genre d'écriture que je maitrise le plus, le vomis classique d'émotions immatures et partagées par tous. Je n'ai pas l'admiration de ceux que j'aime, et je me sens un bien maigre prix de consolation pour ses alter égos qui ne lui ont pas rendu toute l'affection qu'il leur offrait à perte. Je suis un coffre à crayon Louis Garneau quand on espérait recevoir le prix Renaud-Bray.
Je m'ennuie de me sentir douée à écrire des romans sur des âneries, des romans sur des sentiments vains et triviaux, des romans sur des choses que tout le monde vivait et que tout le monde aurait pu rédiger. Personne n'avait le temps, tout le monde était occupé à vivre. "Je n'avais jamais compris que tu étais aussi... différente", m'avais dis cette demoiselle que je ne connaissais pas, aux étoiles dans les yeux, à l'effigie sociale affichée sur les murs de tous les corridors de notre hiérarchie scolaire, et aux cheveux aussi lisses et brillants que j'essayais de posséder, à briser les miens à coup de plaques de céramique assassines.
C'est que je ne sais pas ce que je serai quand nous ne serons plus un tout. Pour l'instant, l'univers est magnifique, de grosses balles de cotons tombent de la voûte ouatée pour démaquiller les rues pleines de la poussière des tuyaux d'échappement, je n'ai que quelques cours et tout le temps de gagner des concours de nouvelles dont je ne possède pas le talent du prix; j'ai le monde à moi mais je ne le saisis pas... Pourquoi? Peut-être parce que je n'en vaux pas la peine, peut-être parce que je n'en prend pas la chance.
J'ai envie de me prouver que je possède intrinsèquement une importance indépendante de mon entourage. J'ai envie de faire l'amour à une femme, de partir en voyage très loin, de partir en voyage tout proche. J'ai peur d'être seule, et d'être entourée, en prévision de quand je serai isolée - car ce jour arrivera bien à un certain moment, non?
J'ai horriblement peur d'avoir mal. Je ne sais pas exactement de quoi, mais je sens la morsure dans mes os avant même que ma peau ne soit palpée par les crocs; peut-être aies-je seulement une phobie des mâchoires.
J'aime tellement trop fort, que ça sort tout croche. Un peu comme un boyau d'arrosage dont les gouttes ne trouvent pas la terre des plantes, tellement la pression y est concentrée et la direction du jet, incontrôlée.
Je suis une poète de pacotilles.

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