mercredi 25 février 2015

Sisters, a Tribe Called Red

Madonnina II - Lempicka

Empty chalices

Here is a whispered, faithless orison
For a meaningful disclosure:

I was once told
that I should venerate my own insignificant body
and hollow soul
as much as any saint
from the celestial arches of heavenly, limpid lands;
well I've never been a believer-
no altar candle for me
no piety for faceless seraphs
whom I don't know the names of.
If my soul does linger above my body
after the inevitable final whimper,
it will slowly scratch its way down
somewhere hot.

But despite my sacrilegious, piteous existence
cursing yearning for your soul, blistering passion for your embodiment,
I feel like the dry walls of this blasphemous mouth of mine
were once papered by canvases of sacred fondness as sublime as the Sixteenth Chapel.
I feel as though the acclaim of my worth was once your litany for milder skies,
I remember the breadth of your affection and the width of my praise
and the ephemeral, exquisite vale in our clasped breaths,
I feel as though we were once as grand and enshrined
As the hallowed and soaked foreheads of martyrs
in the smokey dust of roman empires -
Where did all this beauty go?

My love, I do not remember when,
or how,
there could have been so much fascination
for such a trivial myth
as my profane name,
and neither do you.

I am a swollen,
irritable piece of angst,
and holy despair,
and maddening love,
and unbelievable, insignificant hope; 
my love, I am a cathedral in ruins where you no longer wish to pray-
Silent, excruciating dances of stained glass gleams
and tedious whispers of inflamed mantras
no longer populate my desolate halls.
I am a deserted place of worship,
a forsaken, withered cult,
a chapel dusted
by amnesia.

It would take a lot more
than a lonesome pilgrim like him
to retrieve faith
in my empty chalices.

My body


I'm in love with an american girl


Geric Alonzo, Am I?

"J'ai envie de parler tard le soir, un peu trop saoule, comme dans le bon vieux temps, de des trucs ridicules qu'on n'a plus le droit de ressentir à 21 ans.
Je me demande un peu pourquoi on arrête d'avoir le droit de ne pas grandir, d'être immature, saoule et irrémédiablement blessée, passé 17 ans. Pourquoi on arrête d'avoir le droit d'aimer des fantômes, d'aimer être romantiquement malsaine, d'aimer être cassée et malheureuse. Je me sens poétique comme dans le bon vieux temps et tristement sans importance sans toi, vous, tout le monde qui faisait de ma vie un joli bordel qui avait au moins quelque chose à raconter.
Bref, tu me manques, en titi caca, comme le lac. J'ai hâte en criss de te voir." Mais je me saurai déçue. Rien n'est plus comme autrefois, c'est ce qui rend ce "hier" si beau.

Dieu que je m'ennuie de cette enfant et de nos heures sombres.


Je ne sais pas pourquoi je m'ennuie de lui, lui que je ne connais pas, lui qui n'était que le reflet de phares de convoitise étrangère au fond de verres à lunettes, que le miroitement d'une admiration que je n'étais pas en mesure de comprendre, mais qui me flattais tant il représentait un rêve de vénération populaire adolescente. J'avais peur du magnétisme étrange de nos corps n'étant pas encore prêts à s'aimer; je craignais le rapprochement malhabile de nos esprits hétéroclites, s'emboitant mal mais à l'attraction mutuelle, de gauches aimants abîmés sollicitant tout croche le contact de leur opposé. La poésie des bourgeons de mes mamelons d'enfant sous ses lèvres charnues, le lyrisme incongru de son corps juvénile et expérimenté à la lumière de ma haine corporelle: quel étrange portrait que cette relecture mentale de ce qui aurait pu être, à l'aube de mon départ pour la maturité, encre de chine diluée par mon équilibre présent de jeune adulte intelligente et fade, flouant les lettres et brouillant les traits... Il m'admirait pour ma maladresse et la honte que j'éprouvais à la pression oculaire d'autrui sur mes mots immatures, ou peut-être n'avait-il qu'un peu de temps à perdre à tenter de comprendre l'inconnue grossière et méprisée que j'étais, à temps perdu. J'ai toujours eu l'impression que ceux que j'aimais le plus, que je contemplais du bout des regards de peur de me faire remarquer dans ces images admiratives enlevées à la volée, ne faisaient que des oeuvres caritatives lorsqu'ils me rendaient l'attention instinctive que je leur portais. J'ai probablement quelques points de suture infantiles à découdre pour mieux suivre le droit fil de ma vie, mais dans l'équilibre précaire où je me trouve, j'ai un peu peur de déchirer la toile malhabilement surpiquée de mon futur incertain.
Mon amoureux méprise par sa banalité le genre d'écriture que je maitrise le plus, le vomis classique d'émotions immatures et partagées par tous. Je n'ai pas l'admiration de ceux que j'aime, et je me sens un bien maigre prix de consolation pour ses alter égos qui ne lui ont pas rendu toute l'affection qu'il leur offrait à perte. Je suis un coffre à crayon Louis Garneau quand on espérait recevoir le prix Renaud-Bray.
Je m'ennuie de me sentir douée à écrire des romans sur des âneries, des romans sur des sentiments vains et triviaux, des romans sur des choses que tout le monde vivait et que tout le monde aurait pu rédiger. Personne n'avait le temps, tout le monde était occupé à vivre. "Je n'avais jamais compris que tu étais aussi... différente", m'avais dis cette demoiselle que je ne connaissais pas, aux étoiles dans les yeux, à l'effigie sociale affichée sur les murs de tous les corridors de notre hiérarchie scolaire, et aux cheveux aussi lisses et brillants que j'essayais de posséder, à briser les miens à coup de plaques de céramique assassines.
C'est que je ne sais pas ce que je serai quand nous ne serons plus un tout. Pour l'instant, l'univers est magnifique, de grosses balles de cotons tombent de la voûte ouatée pour démaquiller les rues pleines de la poussière des tuyaux d'échappement, je n'ai que quelques cours et tout le temps de gagner des concours de nouvelles dont je ne possède pas le talent du prix; j'ai le monde à moi mais je ne le saisis pas... Pourquoi? Peut-être parce que je n'en vaux pas la peine, peut-être parce que je n'en prend pas la chance.
J'ai envie de me prouver que je possède intrinsèquement une importance indépendante de mon entourage. J'ai envie de faire l'amour à une femme, de partir en voyage très loin, de partir en voyage tout proche. J'ai peur d'être seule, et d'être entourée, en prévision de quand je serai isolée - car ce jour arrivera bien à un certain moment, non?
J'ai horriblement peur d'avoir mal. Je ne sais pas exactement de quoi, mais je sens la morsure dans mes os avant même que ma peau ne soit palpée par les crocs; peut-être aies-je seulement une phobie des mâchoires.
J'aime tellement trop fort, que ça sort tout croche. Un peu comme un boyau d'arrosage dont les gouttes ne trouvent pas la terre des plantes, tellement la pression y est concentrée et la direction du jet, incontrôlée.
Je suis une poète de pacotilles.

dimanche 22 février 2015

Même si je ne suis rien pour toi


J'ai avalé les goupilles de tes grenades pour que tu n'aies pas à les jeter bon débarras pas de recyclage Kalashnikov dans l'oesophage et tes shrapnels dans l'estomac entrailles déchirées par ton intérêt trop peu marqué pourquoi je m'ennuie de toi c'est idiot je ne te connais même pas je regrette d'aimer mon amoureux je regrette d'aimer cette vie étrange je me sentirai seule quand viendra l'aurore je me sentirai seule quand nous serons morts mais merde pourquoi ces mots sortent jamais de ma tête pourquoi mon angoisse enserre toujours mes rêves je me sens vide je me sens nulle poème de merde examens demain
qu'est-ce que je fais debout, dis moi?
j'ai peur et je pense à toi.

vendredi 20 février 2015

I'm tired of feeling like I'm fucking crazy (bis)




Je me sens loin de tout. Surtout de ma famille, que j'aime incroyablement trop fort, mais dont cet attachement ne parvient pas à ne pas me sentir étrangère à leur essence; des soupers où je suis séparée par une vitre pare-balle de ces gens qui s'animent avec vigueur, des larmes d'une appartenance un peu pastiche.
Peut-être est-ce cela, que je cherche, en voyage, la source de ma plaie et de ma dépendance aux cubicules de fer: un lieu où il n'est pas grave d'être un inconnu qui n'a pas d'affaire à cet endroit là. C'est la seule place où j'ai la légitimité d'être une outsider.
Je ne sais pas étudier, et pourtant, je n'ai que deux examens qui m'attendent lundi: 100 pages de lectures, beaucoup de tableaux à faire. J'ai envie de me maquiller avec des paillettes indécentes. De boire de nombreux verres de mousseux, ce soir, dans cet appartement lointain et désincarné qu'occupe désormais ma frangine. De me rendre à la Nocturne, éméchée, romantique et glamoureusement déprimée, pour observer l'art, une fiole de vodka cachée dans la sacoche. J'ai envie de me désincarner, d'être libre, d'être laide, d'être libre. Je ne le suis pas tout à fait.

dimanche 15 février 2015

He hit me and it felt like a kiss

Germinal Roaux (je l'avais oublié, celui-là)

"Je ne pourrais pas te dire qui je suis. Je ne pourrais pas, et je n'en ai pas envie. Je suis plus que cette ombre de définition en fonction de la lumière, et plus que cet éclat qui émane du ciel mais que nous ne définirions pas sans son antonyme nocturne. Je suis une étrange réalité, nébuleuse, énigmatique, je suis le fait que tu aurais pu être l'homme qui appuyait sur le bouton des chambres à gaz, et je suis l'émotion lorsque cette pensée t'horrifie; je suis cette bonne personne que tu es, que nous sommes tous, malgré la possibilité de mal qui se manifeste parfois en soi. Je suis gris, je suis après-midi, je suis umami, je suis, je suis, je suis. Je ne suis pas l'opposé de quelque chose, pas un contre-mouvement, et pas un mouvement seul non plus. Je suis, et c'est bien suffisant, alors au diable les étiquettes, et sers-moi un autre verre de vin aux épices."


J'ai envie de posséder un sous-sol aux rideaux de velours rouges encadrant un immense tableau blanc où je puis projeter des oeuvres; une antre aux murs de briques usées arborant des toiles exposées non seulement de moi, mais aussi de connaissances ayant envie de partager leur art aux yeux de tous; un endroit un peu sombre, éclairé d'une multitude de lampes de papier comme celui des nids de guêpes, répandant une lumière tamisée aux teintes d'orange et de rouge sur un salon où un long tapis turc s'étend par-dessus une table de verre et de lattes de vieille grange usée, aux pattes que j'aurais sculpté dans un bois recyclé, courbées comme des têtes de violon; une cuisinière antique, qui fonctionne mal, mais assez pour chauffer une immense casserole de vin aux épices où l'on pourrait se servir à la louche, dans des tasses de céramique un peu éméchées que j'aurais moi-même réalisées; un lit terré dans une minuscule chambre juxtaposée à la salle de bain, où je me retirerais les soirées finies, emmitouflée dans mes couvertes aux couvre-lits indiens.
Je serais pauvre, heureuse, entourée; je pourrais travailler en humanitaire, que ça ne m'empêcherait pas de vivre également mon Art, et le partager.

mercredi 11 février 2015

Take me to church



Et nous buvions beaucoup, beaucoup trop, et nous habitions chez nos parents, pathétique et juvéniles, et chaque nuit, nous nous réinventions dans des bars plus moches les uns que les autres ou sur les terrasses de quelques connaissances qui nous servaient d'excuse pour se fréquenter une fois de plus.
Nous nous aimions tous à demi-mot, chacun avec autant d'intensité, mais pour des effluves émotionnelles différentes, et je me sentais plus amoureuse que jamais, un peu brisée mais subtilement admirée pour mes hématomes psychiques et physiques, lorsque je dégringolais des escaliers d'une taverne ou d'une montagne escaladée en état d'ébriété, et c'était ça, au final, la liberté ultime: se péter la gueule sans que ça ne soit grave.
Dans notre psyché, nous étions la clique des dévergondés, et nous nous y plaisions comme jamais des imbéciles de dix-huit ans ne s'étaient plus à être l'archétype de leurs années de souffre calcinées.


Un jour je vais écrire mon auto-fiction-biographie, au complet, sur la terrasse d'un motel miteux d'un pays où l'on peut vivre de bines noires à 1$ par jour.

I want your bones inside my bones






come, husk your limbs to my floor
bones sucking stones, her coming storm
under the lights you went
chemical ashes head down
heart on a diamond thread
fennel and lashes wet down

young star, hanuted lynx
ring of silver, om
I want your bones inside my bones
under the lights we went
wearing our chimes we bled out
fennel and lashes wet 
heart on a diamond thread

your making me sweat down deep into your bones
your making me sweat my heart down deep into your soul
i can't take it



The girls, Tamara de Lempicka
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Je suis de glace, je suis de cire
Poème spontané et pas beau, mais sincère, au moins

Étrange patrie d'antagonismes
Mon Québec moderne, je ne sais plus sa couleur
Et même devant ses troubles, ses clameurs
Je suis de glace, je suis de cire

Speak white encore une fois
Je perd mon âme pour un café au lait
À Guy Concordia, on oublie d'où on vient, mais
Je suis de glace, je suis de cire

Des bibles, des turbans, des kippas
Il y en a qui s'excitent, qui crient qu'on disparait
Pour pas hurler, devant l'intolérance
Je suis de glace, je suis de cire

Nos institutions meurent, et ça ne dérange pas
Une nouvelle révolution, un printemps pour un autre
Devant la grogne étudiante, sociale, universitaire
Je suis de glace, je suis de cire

Les sapins forés par des drilles d'aciers
Des scies qui tournent, des âmes qui tombent
Face au sang autochtone qui coule entre mes pieds
Je suis de glace, je suis de cire

Mon pays il est en berne, en feu, en sang
Et puis en tabarnack
Devant son agonie, étrangère et muette
Je suis de cire, de cire fondue.

Tristan and Isolde Prelude



Toi, insignifiance, si belle, si fragile, si unique, si douce, odieuse candeur, hideuse perfection, toi, toi... (Il pleure un instant.)
- Les Noces Rouges



"Ophélie. O-phé-lie. Eau, fée, lys. Comme Lolita, ses syllabes semblent faire de petits bonds, de la langue au palais, charme répercuté avec amusement lorsqu'on prononce son prénom de vive voix, tandis que pourtant, elles glissent paisiblement en ondes courbes et douces quand on murmure son appellation, souffle souple de la gorge à l'aurore des lèvres qui nait en bouquets de beautés juvéniles. Ophélie, "amante de taffetas et de guipure", fillette désinvolte et dangereuse, enfant sauvage aux pieds poussiéreux mais aux doigts fins sachant manier l'aiguille avec nonchalance, chevelure aux effluves florales et peau de lait tachée des danses païennes articulées dans l'Andalousie de sa conscience.
Elle est fraiche, douce, une corolle pâle et magnifique perdue dans des champs abandonnés aux voutes orageuses d'un gris soupir. Pourtant, on devine dans l'ardeur de sa candeur et dans l'intensité bipolaire de ses mimiques exagérées d'enfant roi le germe d'une folie violente, terrifiante, incontrôlable; sous le signe aquatique des astres, ses émotions glissent entre les doigts, sans qu'on ne puisse les prédire, sans qu'on ne puisse les contenir. Elle n'hésite pas à charmer pour mieux planter ses petites dents pointues dans la chaire attendrie qu'elle convoite, bête faussement blessée qui traine de la patte pour rapprocher sa proie à la garde ainsi abaissée, et il y a quelque chose de terrifiant dans le plaisir sans façon, presque instinctif, qu'elle a de sentir l'admiration que quelqu'un lui porte; on se sent à sa merci, condamné par l'hypnotisme de ses gestes aléatoires, emporté dans un jeu onirique dont on ne connait pas les règles mais dont on sent le goût de sang de l'acte final sans que l'on ne puisse ou veuille s'en retirer, envoutés comme nous le sommes par les écrans de fumée qu'elle projette dans son labyrinthe de caprices et d'attentions. Tant d'antagonismes la composent, que cela semble trop pour ne pas être orchestré. Et pourtant...
Pure, diaphane, intouchable et sauvage, elle ne se cueille pas; hétérocère sous forme humaine, ses épaules de nacre reflétant les mêmes écailles brillantes de son homonyme nocturne, elle peut certes décider de se poser contre votre peau, de chatouiller de ses pattes subtiles votre épiderme et vos songes, mais on ne peut la forcer à s'y étendre sans une dose de violence qui travestit la beauté qu'on tentait de tenir captive. Il faut soit la dénaturer, vidant de son contenu votre désir de la savoir proche, soit accepter son départ certain, un caillot de tristesse au coeur empêtrant chaque battement pompant votre affection. Je ne suis en mesure de dire, pour l'instant, la valeur réelle de chacun de ces choix; je n'aurai pu n'en faire qu'un, et ainsi, en l'occurrence, il aura toujours été le plus mauvais que j'eue pu réaliser. Toujours esclave de sa volonté, angoissé à l'idée d'un faux pas qui vous ferait la perdre, vous vivrez sans qu'elle ne vous connaisse vraiment, factice et opprimé de plein gré, amoureux de votre dépendance dévouée à se solder vaine.
Toutefois, surement en aura-t-il malgré tout valu la peine, tant la fragilité apparente de cette douce nymphe touche et blesse, émeut sans que l'on ne sache exactement pourquoi, comme n'importe quelle rencontre fortuite avec une créature indomptée: on voit bien qu'elle n'est pas faite pour vivre dans la cage des bras de qui que ce soit, et même avec une alliance à l'annulaire, la postérité de son union est limitée à son envie de se savoir liée, pour un temps, à un monde plus concret... Comme ces petites bêtes attrapées, enfant, sur le bord des fourrées, que l'on tentait de tenir entre nos doigts gauches d'enfant jaloux de leur liberté, et qui se débattaient hors de notre étreinte éperdue avant de s'enfuir dans leurs grands espaces, insensibles au désespoir de les posséder, nous laissant rentrer au manoir, penauds d'avoir taché nos beaux habits, atterrés par l'inadéquation sentie entre leurs battements de coeur trépignants d'inconfort et notre envie de les savoir serein de par le fort de nos bras.
Totuefois, dans ce mal qui me gardait silencieux jusqu'au chemin du lit, il y avait l'image hantante d'harmonie, entourée de son halo de charme et de beauté farouche, qui m'apaisait dans mon onirisme autant qu'elle me peinait. Je souffrais de ne pas appartenir à ce monde magique, mystique, où je croyais entrapercevoir feux follets et dryades qui se désistaient à mon regard envieux, je souffrais de reconnaitre tant de beauté dans l'indompté de la nature, mais d'en être délibérément exclu.
Ophélie, c'est cette réalité déchirante et magnifique: la beauté sauvage d'une créature qui ne nous appartient pas et dont le coeur bat à un rythme, semble-t-il, délibérément différent du nôtre, fait pour fouler des étendues qui ne s'offriront jamais à nos pupilles avilies par une civilisation que nous sommes venus à incarner. Ophélie, c'est l'exclusion du mirage, la délicatesse splendide du naturel et la douleur de se savoir harnaché au banal, à jamais différent.
Ophélie, Ophélie, si j'avais su... Je crois que je t'aurais néanmoins aimé."



- Écrit de Dimitri sur Ophélie 
Ça ne sert absolument à rien pour la pièce elle-même; ce n'est qu'un remue-méninges afin de cerner les visions qu'un personnage a de l'autre, et un amusement incroyable que de redécouvrir la profondeur et la discordance de ma paire préférée dans ma cerveau.

mercredi 4 février 2015

We could never be free




Composer le NIP de ma carte débit sans avoir besoin d’y penser. Voir des publisacs, des cartons de gomme à mâcher, des paquets de cigarettes vides au grand air. Respirer l'essence des voitures trop nombreuses dans les rues de Montréal. Me lever tôt. Me lever tard. Entendre des gens chantonner. Prendre l’autobus pour me rendre chez moi, toujours le même trajet, une heure. Chercher ma clé dans la poche de mon portefeuille qui lui est dédiée. Embrasser mon amoureux sans réfléchir au fait que je le désire absolument. M’ennuyer de personnes qui n’existent plus. Écouter des séries bidonne pour passer le temps. Ouvrir ma page Facebook et avoir des notifications sans intérêt. Ouvrir ma page Facebook et ne pas avoir de notifications. Ouvrir ma page Facebook. Aller à l’école. Rester à la maison. Chercher un travail. Avoir un contrat. Ne pas avoir d’emploi. Ne pas savoir où je m’en vais dans la vie. Avoir une voie toute tracée vers le succès si je le désirais. Dépenser de l’argent pour manger. Sentir l’odeur de pétards de connaissances connes m’ayant imprégnées durant une soirée inutile. Vouloir sentir bon. M’épiler. Dévisager mes poils quand je ne m’épile pas. Être stressée. Être blasée.  Me sentir étrangère à tout, ne possédant rien, ne faisant partie d’aucun groupe, sans vouloir être seule mais sans m’identifier aux autres. Manger de la nourriture mauvaise pour la santé. M'obstiner à manger de la nourriture bonne pour la santé. Me sentir imposteur, dans mes travaux, mes études, mes relations humaines. Parler. M’énerver. Me détester. Me haïr.  Exister. Mourir à petit feu.



- Choses desquelles j'en ai marre

lundi 2 février 2015

One two three one two three drink




J’essayais de l’expliquer, de laisser les traitres mots de cet attachement borgne et imbécile trébucher sur mes dents, couler en lentes flaques de dégout sur mes lèvres gercées du sel de cette mer amer qui flotte dans mon crâne, trouver un moyen de cracher mes sentiments comme du mucus paralysant le souffle, collé comme du chewing gum sec dans la trachée, je voulais vraiment lui expliquer, à cet adorable fantôme qui tente de panser mes blessures sans savoir la nature de ma plaie, l’étendue de l’infection… Mais je n’y parvenais pas, malgré tous mes efforts. C’était des mots trop gros, des phrases trop vides. J’avais peur de concrétiser mon pathétisme en jetant une vérité dans le monde physique et non uniquement mijotée dans les dédalles crasseux de mon crâne, peut-être, je craignais de plus ne pouvoir m’échapper de cette étrange et honteuse réalité une fois qu’elle aurait prit d’assaut cette sphère extérieure que je contrôle partiellement. J’aurais voulu, vraiment, mais mon corps tout entier refusait. Je me suis contentée de piétiner sur place, évitant son regard.
« C’est dur à avouer? C’est dur à dire? » J’ai hoché la tête, les yeux remplis de larmes, honteuse, le visage enfoui dans mon foulard de laine trop grand. Je n’arrivais qu’à émettre des petits couinements souffrants et à soupirer de détresse. Toutes ces pensées, cette haine de moi-même, ce désœuvrement face à mon attachement bénin et inutile, éphémère et fané, cette sentimentalité qui prend de l’expansion dans ma poitrine plus j’essaie de l’y comprimer, est resté coincée au milieu de ma gorge. Une boule de pain trop grosse. Je la sentais, physique, véritable, paralysante. Je n’ai même pas essayé de la ravaler. Je me suis détournée pour retourner en cours, vaincue.
Je me sens folle. Disjonctée. Au bord de la psychose. En marchant, les petits graviers de l’hiver québécois crissant en s’enfonçant dans la neige épaisse, j’avais l’impression envahissante et enveloppante, s’infiltrant dans ma tête, que je me mouvais sur une étendue gigantesque de crème glacée à la vanille, et cette utopie me terrorisait, sans que je ne comprenne pourquoi, observant chaque universitaire se presser sur la surface glacée de mon imagination. Le raffuts des bottes grinçant sur la surface gelée, pleine de gadoue, le vent s’engouffrant dans l’entrée de Jean-Brillant dans un tourbillon de paillettes d’un froid tranchant, m’évoquait une berge où des milliers de goélands piailleraient. Je me sentais véritablement cinglée, menacée par les stimuli qui m’assaillaient. Je me sens encore dévorée par une impression de sur-stimulation, mangée par mon incapacité à composer avec l’univers. Enfermez-moi dans un asile, je vous en supplie, je n’en peux plus…

Je suis fatiguée. C’est le terme. Fatiguée. Épuisée, même, peut-être, de ressentir une émotion trop intense chaque fois que ton portrait apparait dans ma vie. Je suis éreintée à l’idée de continuer de tenir à toi, idéalisé, non amoureuse mais déchirée par notre distance inéluctable. Je suis tellement lasse de cette histoire en queue de poisson, qui ne finit pas de finir de mon coté, alors que tu as refermé le roman il y a bien longtemps. J’en ai marre. De tout ce qui implique d’exister en réfléchissant. Je suis fatiguée de ne pas savoir parler, de ne pas parvenir à exister. Je suis fatiguée de connaitre la danse de mes doigts sur le clavier d’une machine à carte de crédit, je suis fatiguée de connaitre les muscles du corps de mon concubin, je suis fatiguée de savoir la saveur de la bière avant qu’elle ne touche ma langue, je suis fatiguée, je suis fatiguée. Je suis fatiguée.

dimanche 1 février 2015

Well I've got a thick skin and an elastic heart, but your blade it might be too sharp


----Well I've got a thick skin and an elastic heart,
----But your blade it might be too sharp
----I'm like a rubber band until you pull too hard,
----I may snap and I move fast
----But you won't see me fall apart
----'Cause I've got an elastic heart

----[...]

----And I want it, I want my life so bad
----I'm doing everything I can
----Then another one bites the dust
----It's hard to lose a chosen one

----You did not break me
----I'm still fighting for peace


Elastic Heart, Sia
plus beau clip que j'ai vu en des années, sérieusement. Tellement incarné, évocateur, magnifique.

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J'attendais cette soirée avec impatience. Je ne sais pas trop pourquoi. J'avais hâte de te voir, tout en me sachant chaperonnée par mon amour pour mon lutin, protégée par le confort de ses bras et la certitude que je retournerais réchauffer ma peau frigorifiée par l'heure de marche vers son logis; certaine de l'aimer non pas avec la fièvre que tu éveillais en moi, mais plutôt avec l'intensité incroyable d'un bonheur dense irradiant uniquement lorsque nos peaux sont collées. Pourtant, voyou que j'incarne de par mes échauffourées momentanées, j'avais peine à patienter pour ton regard; je voulais quêter notre chimie à coup des phrases que nous savons échanger sur un ton spécial, secret, des mots qui ne veulent rien dire mais qui, appuyés d'une certaine insistance, les yeux une seconde indécente de trop sur les lèvres de l'autre, confirment un lien tacite, dont l'oubli est toujours au prochain coin de rue, et qui rajoute à l'extasie de le confirmer mourant chaque fois que nous nous l'échangeons. Nous ne sommes plus rendus à l'heure de la consommation de notre lien, nous le savons tous les deux. Mais il me fait du bien, parfois, de palper ses couleurs, avec obscénité ou charme.
Dans cette étrange nuitée BDSM à l'éclairage sanglant et aux rythmes électroniques glauques et hypnotisants où j'ai dansé toute seule avec la mort, en duo, la regardant dans les yeux par-delà les paupières closes pour savourer le son,tu restais là, modéré et beau, peut-être un peu décevant pour ce à quoi tu m'as habitué par le passé, peut-être un peu moins magnifique dans l'étrangeté de ton regard, l'intensité de tes désirs; nous vieillissons tous, me diras-tu, et j'en suis peut-être la preuve la plus ironique, au milieu de ce parquet illégal, secret et vicieux où les gens se tapaient des clés au milieu de la foule, à embrasser mon crémusin à pleine bouche, amoureusement, à quelques mètres de toi, douloureusement indifférent.
Tu m'as envoyé chier, doucement, méchamment, comme je tentais de calmer ma déception face à ta froideur en bavardant avec ta copine en création. J'imagine que tu avais peur que je fasse vibrer de nouveau les cordes de mon instrument moral de sorcière d'autrefois et que je gâche la belle perception qu'elle a déjà de toi. En tout cas, quand est venu le temps de partir et que j'avais déjà abandonné l'espoir d'établir un contact un tant soi peu authentique et véritable, intime mentalement (quelle naïveté!), ce fut une véritable taloche en pleine bouille, ce: "bon ben bye", lancé sur un ton il me semble un peu provocateur, suivi d'une embrassade on ne peut plus détachée, durant à peine quelques secondes. C'était le bye bye de 2015, mesdames et messieurs.
Ainsi, peut-être est-ce ce matin que nous sommes morts, il y a un peu plus de vingt heures. Avec un au-revoir tout bête, justement parce qu'il n'était qu'un au-revoir tout bête, un brin arrogant.
Tiens, ma calice, prends ça dans tes dents. Ramasses les par terre, replantes les dans tes gencives... Pi arrêtes de chialer. T'as toute pour être heureuse, t'as pas besoin d'un cave demême.
T'es sure?
Non, c'est une blague, tu le sais que tu es pas capable de t'en passer.
J'écris comme une merde et je vous emmerde. Je n'arrive pas à cracher mes émotions et j'ai l'impression de n'être qu'une demie moitié.