lundi 5 janvier 2015

Arrival in Nara

Oh, something good tonight will make me forget about you somehow

Je me sens lourde, pleine de mon vide, emplie de l'affliction des jours heureux qui commencent lentement à s'étioler, la peau qu'on décolle en longues landes de chair comme du papier de soie roulant hors du déballage d'un cadeau, après un coup de soleil tellement fort qu'il en fait tourner la tête; je me sens lourde, pleine de mon vide existentielle, pleine de mon inertie à ne pas souhaiter vivre cette lourdeur.
Le départ vers d'autres cieux, les ailes tièdes, peut-être même chaudes, risquant la goutte de cire contre la peau, quelle beauté, quelle intensité que celle d'un soleil qui nous fait fondre d'amour...
J'ai envie de me perdre, loin, plus loin que ce que je connais, peut-être trop loin, mais hors de ces sentiers mille fois foulés de perdition psychotrope, écartée de la sainteté académique, absente des cercles bourgeois de dépense sociale et de bohémiens d'Urban Outfitters qui ne savent lacer des bottes de marche et immobiliser des raquettes. Égarée au fond d'une nature qui m'est à prime abord hostile, et qui tranquillement pourrait se muer en une maison mobile, guidée par la force de mon corps. J'ai envie de naviguer plus loin dans l'inconnu que les fonds de bouteilles aux émotions houleuses que j'ai calé toute la semaine et toute mon adolescence, sans trop savoir d'où me venait cette soif destructrice gardée en bordure des pâturages de mon âme depuis bientôt un an. J'ai envie de surfiler plus d'étoffes, plus loin que les aiguilles cousant dans nos veines et entre nos songes d'immenses courte-pointes créatives, en suspension, en silence, en ennui.
J'ai peur de mes consommations d'alcool, des cellules cancéreuses, de l'amour qui s'éteint comme une horloge qui perd de la batterie et de ma médiocrité scellée dans mon socle social supérieur à celui de 99% de la planète. Je ne pourrai jamais dire que "I am the 99%", et j'en éprouve une honte profonde. Je ne veux pas dépenser 440 $ pour un souper du nouvel an, je ne veux pas vouloir de jolies robes que je peux bel et bien porter lors d'occasions prestigieuses, dinner party and caviar, et pourtant, si je m'en détourne, je serai la seule page rouge et déchirée d'un roman dorée, une affiche propagandiste arrachée aux murs d'une métropole de marbre, weedpasting sur les trottoirs astiqués d'un quartier huppé qui n'en a rien à foutre de cette rébellion artistique mignonne et vaine. J'en serai admirable, oui, mais en silence; je ne serai pas reconnue pour mon sacrifice silencieux du monde superficiel de l'élite, et j'ai été élevée pour apprendre à apprécier les regards envieux.
J'extrapole, vous le savez bien, je m'emporte et m'empêtre dans mes mots et mes émotions. Le repas en coûtait 436.
Je veux être admirable, je veux être aimée, je veux, je veux... (Elle sanglote.)
J'ai bu quelques gorgées de téquila en traçant ces lignes. Pas assez pour perdre la carte, pour me coucher nue sous le premier venu; seulement la quantité adéquate pour engourdir mon malaise, pour sentir mes muscles se détendre et sentir mes lèvres se délier, ma gorge aspirer plus d'oxygène que lorsque mes bronches se serrent, comme quand j'escalade les marches du métro Mont-Royal, en hiver.
Je voudrais fouler des terres qui ne m'aiment pas encore, qui sont indifférentes à mes caractéristiques propres, des montagnes dont les arcs de rasoir ne seraient pas prédisposés à me trancher les veines, ni à les rapiécer en quérant la chaire ailleurs sur mon épiderme vierge mais en voie de flagellation temporelle (I am old, Gandalf! I know I don't look like it, but I'm starting to feel it inside of me.). J'ai envie de ne plus connaitre le biome qui m'entoure et d'apprendre à coup d'esquisses ses caractéristiques propres. J'ai envie de vivre avec moins de dix dollars par jour, de pleurer de me sentir trop loin, d'avoir des foulards et que ma pilosité envahissante soit justifiée.
Je me rend compte que je l'aime, énormément, et, inconsciemment, je doute que je vais survivre à une séparation qui se produira inévitablement, maintenant ou dans quatre ans, même si je sais qu'il n'y aurait pas d'autres choix que d'émerger de cette rupture d'univers avec fierté et apprentissage, satisfaite d'avoir souffert pour réaliser que je savais sourire.
Mes mots ne savent pas rendre ma morosité et l'espoir que porte mon image de cette noyade dans l'occulte et l'anonyme, et je n'en suis que plus déconfite. Je sens nos ruines se refroidir et j'ai envie de hurler, mais j'ai peur de l'écho et mes muscles sont figés de peine et de fatigue.

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