mercredi 28 janvier 2015

Quelea, Quelea


Gulls take food from travellers on a passenger boat off the Channel Islands, Great Britain, May 1971
Photograph by James L. Amos, National Geographic

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La liberté, enfin, peut-être, et ton nom en trame de fond qui pourrait s'éteindre en écho sans que je ne perde la valeur de tes mots. Je t'aime, beaucoup, je ne m'aime pas, surtout, mais je prend un petit pas vers une future moi, et ça me va.


Avoir la foi

La prière de tes reins, la consécration de mon sacre
Mardi, aujourd'hui, messe des draps tachés
Mes lèvres en bandouillère dans ton cou
Comme un voyage un peu frivole, improvisé
Mes soupirs qui ronronnent sur ta poitrine moite
La lueur qui transperce les rideaux et m'excite les sens
Cette odeur qui flotte dans l'air, un peu rance
Couvertures rembobinées comme un vieux VHS
Au pied d'un lit défais où nous gisons amoureux
Vaincus par le coeur éreintés par les corps
Une bouteille translucide où miroite l'aurore
Et tes mains qui me balayent me caressent
Un pentacle de paumes et d'empreintes
Un vas et viens, imposteur et rangé
Qui jamais ne modifie la longue courbe de ses arcs.

jeudi 15 janvier 2015

Experience, Ludovico Einaudi








"Une digue s'est rompue en moi. Comme si j'ignorais que je pouvais respirer et que je venais de prendre ma première bouffée d'air. Je me suis mise à rire et, une seconde plus tard, j'ai fondu en larmes pour la première fois depuis le début de ma randonnée. J,ai pleuré, pleuré, pleuré. Pas de joie, ni de tristesse à cause de ma mère, de mon père ou de Paul. Je pleurais parce que je me sentais riche. Riche de ces cinquante et quelques terribles journées sur le PCT et des neuf mille sept cent soixante autres qui les avaient précédées.
Je m'apprêtais à franchir une frontière. La Californie s'étendait derrière moi tel un long foulard de soie. Je ne me trouvais plus complètement nulle. Et je n'étais pas non plus une putain de guerrière amazone. Je me sentais simplement féroce, humble et concentrée sur moi-même, en sécurité dans ce monde."



Wild, Cheryl Strayed




Plaidoyer mon existence




J'ai l'impression de m'éveiller, doucement, comme on soulève graduellement nos paupières en sortant du sommeil en début d'après-midi, alors que le soleil baigne déjà notre chambre de rayons apaisants.
J'ai envie de me jeter dans le vide, certes pour sentir les gifles du vent en chute libre, pour avoir une perspective nouvelle sur le monde, mais surtout, pour la fierté de s'être lancé dans l'inconnu, pour l'audace du geste plus que pour le geste; me montrer que mes actions peuvent refléter mes propos et mes émotions, que je suis vivante et en mouvement, continuellement, comme tout, et que mon existence est magnifique dans ses aléas complexes, liée à la vie par des filaments multicolores qui bougent comme nous effectuons nos valses, proches et loin, puis proches, puis loin... Que j'ai le droit de faire une erreur, aussi, si jamais elle s'avérait en être une d'une perspective très subjectivement culturelle; on n'a qu'une vie, mais cette vie est tellement bénigne comparativement à l'immensité du monde... Que signifierait cette infime tache dans l'écorce de l'histoire, vraiment?
J'aurais pu respirer éternellement, sans danger, sauvegardée du risque des perturbations profondes, les vraies, celles qui risquent de nous briser à jamais ou de nous faire découvrir le son sourd du sens. Sans être trop malheureuse, mais sans ressentir l'extase: j'aurais pu exister sans vivre, manger sans goûter, dormir sans rêver. J'aurais pu être un autre pantin social, sa mallette à la main, son diplôme sous le bras, puis rencontrer un garçon pas trop mal dans une situation semblable, échanger sur notre incompréhension de l'univers de temps à autre, avoir des enfants que j'aurais aimé incroyablement fort, mais sans saisir cet attachement... J'aurais pu traverser ma vie les yeux bandés, être une autre marionnette un peu éteinte qui ne cherche pas à comprendre ce qui pour elle constitue la sagesse et la signification profonde des choses... J'aurais pu passer à côté de ce sentiment observé en dehors de soi-même, celui qui murmure ok dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, cette connaissance ressentie de la vérité dans l'essence des éléments composant le monde qui l'accepte malgré son amalgame constant avec le bien et le mal, détruisant l'échelle dichotomique en un dégradé complexe mêlant raison et fabulations.
Enfin, je réalise que les beaux jours sont à portée de main, continuellement, qu'ils n'attendent qu'une impulsion de notre corps pour que nous nous jetions dans leurs bras. Qu'il n'y a rien entre moi et mon destin, que j'ai toute la force du monde dans mes veines, la persévérance de l'histoire imprégnée dans chaque fibre de mes muscles souples comme les cordes d'un archet partagé avec les éclopés des temps perdus au travers des siècles; l'espoir de ceux qui arrivent dans une nouvelle ville pour y bâtir une vie, bruyante, cacophonique, orchestre de perspectives inespérées, vierge de leur toucher, chaque brique renfermant une part de bonheur potentiel; la tristesse infinie d'une mère dont le fils revient à la maison familiale dans une petite boite, avec un drapeau bien plié et des excuses formelles; la rosée se déposant sur les larges feuilles grasses d'une forêt tropicale et le firmament de colonnes de neige soulevées par le vent, dans le grand Nord pur de regards. Je suis plus que l'Humanité: je suis l'univers.
Je dis non à la normalité avant d'avoir vécu l'excentré, je le murmure, je le hurle, mais il est là, dans l'espace sonore, mon plaidoyer pour exister, aux oreilles qui voudront bien l'entendre...
Je suis loin... Je suis tellement loin des tracas, de l'indécision, de la souffrance... Je laisse le monde couler en moi, ruisseler dans mes veines dilatées comme les rives durant la mousson du Gange, du Nil, du Zambèze, de l'Amazone et de tous les autres fleuves impétueux qui sillonnent la planète pour abreuver la vie. J'accepte d'appartenir à l'univers, tout comme il m'appartient; je ressens pour tous; je m'admet humaine et fragile, imparfaite, physiquement périssable et éternellement liée au sort de cette planète paradoxale et magnifique que je me dois de toucher de mes propres doigts. Bien sur que je m'abhorrerai et la détesterai parfois. Mais je signe ici, armée de l'encre de ma sincérité la plus véritable, que je resterai fidèle à cette promesse de communion et d'authenticité envers ce monde.

mercredi 14 janvier 2015

In a matter of speaking I don't understand how love in silence becomes reprimand



C'est simplement qu'en ce moment, tu sais où tu t'en vas, et c'est un endroit où je ne serai pas.



Ce n'est pas grave. Mais ça vaut bien quelques larmes. Des marées de larmes. Des océans de larmes.

lundi 5 janvier 2015

Arrival in Nara

Oh, something good tonight will make me forget about you somehow

Je me sens lourde, pleine de mon vide, emplie de l'affliction des jours heureux qui commencent lentement à s'étioler, la peau qu'on décolle en longues landes de chair comme du papier de soie roulant hors du déballage d'un cadeau, après un coup de soleil tellement fort qu'il en fait tourner la tête; je me sens lourde, pleine de mon vide existentielle, pleine de mon inertie à ne pas souhaiter vivre cette lourdeur.
Le départ vers d'autres cieux, les ailes tièdes, peut-être même chaudes, risquant la goutte de cire contre la peau, quelle beauté, quelle intensité que celle d'un soleil qui nous fait fondre d'amour...
J'ai envie de me perdre, loin, plus loin que ce que je connais, peut-être trop loin, mais hors de ces sentiers mille fois foulés de perdition psychotrope, écartée de la sainteté académique, absente des cercles bourgeois de dépense sociale et de bohémiens d'Urban Outfitters qui ne savent lacer des bottes de marche et immobiliser des raquettes. Égarée au fond d'une nature qui m'est à prime abord hostile, et qui tranquillement pourrait se muer en une maison mobile, guidée par la force de mon corps. J'ai envie de naviguer plus loin dans l'inconnu que les fonds de bouteilles aux émotions houleuses que j'ai calé toute la semaine et toute mon adolescence, sans trop savoir d'où me venait cette soif destructrice gardée en bordure des pâturages de mon âme depuis bientôt un an. J'ai envie de surfiler plus d'étoffes, plus loin que les aiguilles cousant dans nos veines et entre nos songes d'immenses courte-pointes créatives, en suspension, en silence, en ennui.
J'ai peur de mes consommations d'alcool, des cellules cancéreuses, de l'amour qui s'éteint comme une horloge qui perd de la batterie et de ma médiocrité scellée dans mon socle social supérieur à celui de 99% de la planète. Je ne pourrai jamais dire que "I am the 99%", et j'en éprouve une honte profonde. Je ne veux pas dépenser 440 $ pour un souper du nouvel an, je ne veux pas vouloir de jolies robes que je peux bel et bien porter lors d'occasions prestigieuses, dinner party and caviar, et pourtant, si je m'en détourne, je serai la seule page rouge et déchirée d'un roman dorée, une affiche propagandiste arrachée aux murs d'une métropole de marbre, weedpasting sur les trottoirs astiqués d'un quartier huppé qui n'en a rien à foutre de cette rébellion artistique mignonne et vaine. J'en serai admirable, oui, mais en silence; je ne serai pas reconnue pour mon sacrifice silencieux du monde superficiel de l'élite, et j'ai été élevée pour apprendre à apprécier les regards envieux.
J'extrapole, vous le savez bien, je m'emporte et m'empêtre dans mes mots et mes émotions. Le repas en coûtait 436.
Je veux être admirable, je veux être aimée, je veux, je veux... (Elle sanglote.)
J'ai bu quelques gorgées de téquila en traçant ces lignes. Pas assez pour perdre la carte, pour me coucher nue sous le premier venu; seulement la quantité adéquate pour engourdir mon malaise, pour sentir mes muscles se détendre et sentir mes lèvres se délier, ma gorge aspirer plus d'oxygène que lorsque mes bronches se serrent, comme quand j'escalade les marches du métro Mont-Royal, en hiver.
Je voudrais fouler des terres qui ne m'aiment pas encore, qui sont indifférentes à mes caractéristiques propres, des montagnes dont les arcs de rasoir ne seraient pas prédisposés à me trancher les veines, ni à les rapiécer en quérant la chaire ailleurs sur mon épiderme vierge mais en voie de flagellation temporelle (I am old, Gandalf! I know I don't look like it, but I'm starting to feel it inside of me.). J'ai envie de ne plus connaitre le biome qui m'entoure et d'apprendre à coup d'esquisses ses caractéristiques propres. J'ai envie de vivre avec moins de dix dollars par jour, de pleurer de me sentir trop loin, d'avoir des foulards et que ma pilosité envahissante soit justifiée.
Je me rend compte que je l'aime, énormément, et, inconsciemment, je doute que je vais survivre à une séparation qui se produira inévitablement, maintenant ou dans quatre ans, même si je sais qu'il n'y aurait pas d'autres choix que d'émerger de cette rupture d'univers avec fierté et apprentissage, satisfaite d'avoir souffert pour réaliser que je savais sourire.
Mes mots ne savent pas rendre ma morosité et l'espoir que porte mon image de cette noyade dans l'occulte et l'anonyme, et je n'en suis que plus déconfite. Je sens nos ruines se refroidir et j'ai envie de hurler, mais j'ai peur de l'écho et mes muscles sont figés de peine et de fatigue.

vendredi 2 janvier 2015

Take me in and dry the rain

Cleon Peterson


"Nothing ever ends poetically. It ends and we turn it into poetry. All that blood was never once beautiful. It was just red." —Kait Rokowski

jeudi 1 janvier 2015

Take me in and dry the rain, the rain, the rain, the rain now



If there's something inside that you wanna say

Say it out loud it'll be okay
I will be your light
I will be your light
I will be your light
I will be your light

THE BETA BAND - DRY THE RAIN


Choses qui éveillent des souvenirs: 
Certaines choses viennent titiller les mémoires comme la mouche au bout de la langue de métal courbe d’un hameçon vient tenter les alevins; cela peut être n’importe quoi, un rappel subtil qui emprunte le même chemin dans le réseau arachnéen de nos synapses, un effleurement du linceul de nos souvenirs par les douces empruntes digitales d’un futur entrevu, mais ce sera toujours un petit rien du tout qui déclenche le cyclone de nos réminiscences.
Pour ma part, c’est pratiquement toujours grâce à des associations des sens qui réfèrent à un passé orné d’un halo de nostalgie du révolu que je me retrouve plongé dans les bassins de mes reliques mentales : la saveur identique, aux relents enfantins, d’une glace dénichée au fin-fond d’une crèmerie en bordure d’autoroute, qui vient inonder les terres arides de l’âge adulte d’une exaltation juvénile face aux explosions que procurent à nos papilles le lent et long roulement de notre langue sur les courbes fondantes de la boule d’une teinte acidulée; une couleur légèrement atypique, peut-être celle d’un drap un peu vieilli qui rappelle la peau de parchemin de papi étrangement blême et insolite en contraste avec sa bière aux pigmentations riches et grasses de bois laqué, ou le fuchsia homogène et luisant des complets légèrement démodés d’une tante qui était toujours vêtue de manière un peu trop chic lors des célébrations de la nouvelle année; les effluves sucrées, chaudes et réconfortantes d’une croustade aux pommes dont l’écorce de flocons d’avoine commence à dorer sous les sourires brulants du four lorsque l’on pénètre dans une maison en hiver, nous donnant l’impression d’avoir encore les pattes emmitouflées dans les salopettes de neige revêtues lors de ces interminables journées de vacances passées à façonner les mandalas de givre avant de rentrer dévorer un plat concocté par notre mère; le moment où jaillis d’un hautparleur public la mélodie de cette chanson que l’on a écouté en boucle dans nos errances puériles et passées, interprétant naguère chaque syllabe de cette douleur – préfabriquée pour plaire aux préadolescents inexpérimentés – comme la preuve de notre légitimité de tant avoir mal d’un cœur brisé infondé; une vieille photo que l’on a autrefois beaucoup chéri, qui glisse des pages d’un cahier que l’on retrouve au fond d’un tiroir, immergeant notre conscience par la marée d’éléments de cette journée particulière, avec la consistance de sa lumière, la musique du rire de son acolyte, l’intensité du lien qui nous unissait aux protagonistes immortalisés sous la page glacée; une carte de bonne fête écrite par une main maladroite de celui ou celle qui partageait l’ensemble de notre univers aux meilleurs moments d’un âge facile et joli, univers se résumant principalement aux jeux infantiles et inlassables que nous avons répétés à chaque récréation pendant plusieurs années, dans la même cour d’école primaire; un vieux journal intime dont on se souvient à peine de notre propre calligraphie; chaque témoin d’époques révolues.


Ostie que je l'aime mon amoureux.