samedi 6 décembre 2014

Ô Canada

Photo: Ryan Remiorz

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Mon peuple crie, le coeur en berne, entrailles sauvages déversées sur les pavés bitumés d'une 715 qui charrie dans ses conteneurs mobiles les viscères de notre terre mère, du Nord au Sud, de l'Ouest en Est, autoroutes de massacres où se perdent le sens de notre beau pays comme se vide la panse de notre sol meurtri. Une poignée de beaux sous asiatiques qui miroitent au sommet des astres possédants alors que sous l'épicentre, les mains cendrées et les doigts frigorifiés, le viol se perpétue, constante historique de notre espoir aveugle en cette unité concentrique, un El Dorado espéré depuis 67 qui ne s'est concrétisé qu'en l'éclatement et la négation de notre idéal commun amblyope. 
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Le français n'existe plus dans les prairies pétrolifères souillées, ni sur les collines d'un Parlement sous les balles de ses fils d'espoir, amputés, et ça ne te dérange même pas, Canada; peuples fondateurs en exil sur leur propre lieu de naissance, jus sanguini dans tes textes calligraphiés de bonnes intentions mais contaminés de l'irrespect pour les quémandes naturelles sortant de bouches mutilées, par des siècles de silence barricadés; spectre du sang des sexes autochtones contre la panse grivoise d'une Église qui a humilié la liberté de pensée, barbouillé les corps des enfants volés de leurs foyers culturels certes pauvres et froids, mais habités... Aujourd'hui la chapelle est en ruine et quelques prêtres en prisons, mais les machines continuent de profaner les épidermes de notre peuple à genoux devant leurs crucifix de fer sans merci, oreilles et bouches arrachées par les bras mécaniques de Louisiana et yeux aveuglés par le poivre de manifestations aux répressions bruyantes et inconséquentes. Bon débarras, Cacouna; on charcutera une autre espèce, une autre fois.
Ô, Canada (démembré), terre de nos aïeux (mutilés), me donneras-tu le droit, dans les décombres de mon identité d'autrefois, d'hurler ma désolation de ce visage national que je ne saurais à présent  tenter de reconstituer?
Ni l'épée, ni la croix, n'a su, en mon coeur, protéger mon foyer et mes droits.

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