vendredi 31 octobre 2014

I've become afraid of the darkness in my heart


Je ne suis pas allée manifester. L'encre de l'absurde mangeait tout aux portraits sur lesquels je pose les yeux, et je ne savais pas comment, ni pourquoi survivre à une vision de milliers de visages dévorés par le vide de l'irrationnel, quand j'ai de la difficulté à errer dans ma maison, aujourd'hui.
Aller scander des slogans dans les rues pour quoi? "Pour manifester notre mécontentement envers les mesures d'austérité." Que sont les mesures d'austérité? " Des coupes budgétaires pour atteindre le déficit zéro, dans tous les secteurs des services publics: éducation, culture, environnement, services sociaux, travail..." Cela devrait me toucher, vraiment. Après tout, je suis étudiante dans cet établissement dominé par le 1%; c'est l'avenir du système de formation de la jeunesse qui est en jeu, et bien plus encore, pour tous les groupes sociaux, pour l'idéal même de ce qu'une société devrait être. Seulement, je ne suis plus sure de croire en l'université. Je ne suis même plus sure de croire en l'État, auquel le concept d'État-providence, vous l'aurez bien deviné, est irrémédiablement lié. Je n'ai pas la force de me battre pour un cadre d'or taché du sang sud-américain, qui gâche le portrait qu'il tient dans ses mains voilées, peu importe la beauté de l'éclat des yeux du sujet.
Nous en avons encore besoin pour l'instant, de l'État, c'est moi la première à le dire; en l'absence de la possibilité d'autosuffisance pour tous sans les services publics, nous nous devons d'aider notre prochain par un organisme de coordination de la redistribution des richesses. Mais je n'en suis pas à mon premier paradoxe, et je suis épuisée de me sentir tiraillée dans le non-sens. Alors je suis restée immobile. J'en ai honte, probablement.
Je nous trouve mièvres, pathétiques avec nos idéaux dans le crâne, mais force est d'admettre que j'en ai aussi beaucoup trop qui fleurissent dans le mien pour me prétendre supérieure: seulement, aujourd'hui est une journée où j'aurais envie, de petits gants de laines vissés aux doigts et une vieille tuque de mailles étirées collée aux oreilles, de les mettre en terre, une bonne fois pour toute, une petite pelletée de gravier gelé à la fois, et de me coucher dans la fosse au dernier moment. Un petit peu d'engrais par-dessus la bouche et les narines. Hop là.
Je nous regarde, beaux comme des anges de goudron, tristes à en pleurer avec notre espoir en figure de proue, mouvement de malaimées tentatives de se faire entendre par un monstre institutionnel qui n'a pas les tympans pour percevoir nos cris. Je nous trouve magnifiques dans notre inutilité, touchants dans nos essais de ramener le monde à sa source oubliée: la vie. Mais personne n'en a rien à foutre, de la vie, quand il y a l'argent. On se saoule de concepts de plus en plus éloignés de l'humain, on en vire ivre de supposé intellectualisme à être capable de nommer chaque sous-champ de l'étude des créations psychiques de l'Homme, tout en oubliant que des centaines, des milliers d'êtres, chaque jour, indépendamment de toutes ces idées immaculées, non tachées de la bile, du sang et des sécrétions des damnés, meurent de la maladie de notre système gangrené. L'État est rendu si loin de sa fonction de Léviathan (déjà elle-même discutable), qu'il lui reste les matraques, mais plus la sécurité. On fouille pour la légalité avant la légitimité dans des opérations dont le but est de sauver des vies; on a besoin d'une loi pour se donner le droit d'aimer l'humain, pour se permettre de stopper le mécanisme de la guillotine dont la cordelette est tirée de la bouche édentée de la sacro-sainte souveraineté étatique. Ça me dépasse. Alors je reste immobile. Quelle foutaise. Mais comme je disais, je n'en suis pas à mon premier paradoxe. Je me sens lasse, inutile et déplorable. Je nous hais. Bon débarras.
L'État protège ses bases, catapultant de ses grandes tours d'ivoire des lois et des branches armées de l'exécutif, où des politiciens malhabiles pensent le contrôler, dans les limites érigées par les passages du temps, toujours dans les rails d'un système que nous ne contrôlons plus. Nous sommes devenus les esclaves d'un monstre de dollars, de yens et de livres sterling, asservis par le sacro-saint symbolisme des théories universitaires que ceux qui souffrent ne comprennent pas et desquelles ils n'ont pas besoin pour manger, enchainés par les liens mentaux d'un monde construit sur de la poussière de bon sens inventé par une minorité d'illuminés - dont je fais hélas partie - croyant que les idées résoudront le puzzle de l'humanité. Mais si c'était le cas, j'aurais pu nourrir tous ces petits talibés déambulant dans les rues poussiéreuses de Saint-Louis, j'aurais pu organiser un monde où les itinérants ne se font pas ignorer aux coins des rues de Montréal, j'aurais pu sauver l'âme des Hommes sans y perdre la mienne. Il y aurait pu y avoir du sens, si les idées avaient values autre chose qu'une vaine tentative de se convaincre qu'on peut organiser la réalité pour lui rendre une perfection perdue.
Je suis une petite chrysalide individuelle et individualiste qui ne sait plus où elle en est, ni où le monde s'en va. Je ne sais plus si j'ai envie d'aller me perdre à plusieurs ou de me retrouver au singulier. Tout ce que je sais, c'est que je ressens, et c'est là un lassant réconfort aujourd'hui.

vendredi 24 octobre 2014

ERASE ME KILL ME KILL ME KILL ME KILL ME KILL ME

Cara Thayer et Louie Van Patten - Conforntational Paintings on Intimacy

J'en exploserais de colère. Je ne suis pas ton jouet. Je ne te connais même pas. Il faut savoir discerner sympathie et envie d'un corps. Non, je ne te devais pas une pipe parce que je t'ai donné du whisky. On ne se connait pas, à la fin, je le répéterai. Pourquoi est-ce que j'aurais voulu de toi de toute façon? Il me semble qu'une fois qu'on a pluggé un statut relationnel dans une conversation, il demeure clair que l'intention de l'échange n'est pas de partager des muqueuses. Je n'ai rien d'autre à ajouter, féminisme en boite en conserve: JE NE DOIS PAS MON CORPS À PERSONNE, C'EST À MOI DE DÉCIDER SI JE DÉSIRE ME FOUTRE EN L'AIR DANS UNE CHAMBRE NOIRE SANS NÉGATIF POUR LE PROUVER, ET J'AIME MON AMOUREUX PLUS QUE JE VEUX LES ÉPIDERMES D'INCONNUS, À LA FIN. FUCK YOU ALL.

jeudi 23 octobre 2014

Beatitudes and Marilyn Manson in a single, speaker blasting room

Réflexion écrite dans mon cahier de Contrôle des Armements sur la dure double profession de juriste et irénologue:
"Vous voyez l'encre, vous ne voyez pas le sang."



"What they did not want you to ever find out is that your generation, the generation born between 1980-1995, actually outnumbers the Baby Boomers. They knew that if you ever turned your eye towards political reform, you could change the world. They tried to keep you sated on vapid television shows and vapid music. They cut off your education and fed you brain candy. They took away your music and gave you Top Ten pop stations. They cut off your art and replaced it with endless reality shows for you to plug into, hoping you would sit quietly by as they ran the world. We as a society are only as strong as our weakest link. Give ‘em hell, kids. "
Je ne sais pas c'est de qui, mais c'est beau.

mardi 21 octobre 2014

dimanche 19 octobre 2014

Glass, Gesaffelstein


Lorsque je me fais possesseur de soirées aussi diluées, les lendemains suivants, je suis toujours tiraillée entre mon amour de la perdition et la nécessité de la laisser faner pour exister réellement; surtout quand tu me proposes tes lèvres si facilement, dans l'éclat romantique et blafard d'un rave: "embrasses-moi sur la joue, s'il=te=plait." Je ne peux pas dire non à ton corps quand c'est dans cet élément que je t'aime; dans la forêt, je t'enverrais paitre et irait faire l'amour tendrement à mon bien-aimé, mais dans la perdition, nul n'est plus séduisant et tentant que toi, gobant des amphétamines à trois heures du matin pour durer jusqu'à sept.

"Mon alizé, nous avons été de graves et sempiternelles errances pendant maints soupirs que l'on n'entendait pas dans le brouhaha de la luminescence urbaine. Te souviens-tu de l'incroyable magie qui coulait dans nos gorges quand nous tentions d'y perdre notre nom? La toxicité connaissait mieux la consistance de nos muscles épuisés de leurs singulières danses égarées que nos consciences, lorsque nos corps parvenaient enfin à drainer le poison délectable des bouteilles vides et des parachutes au don des estomacs vides.
Dans ces moments là, tu m'as aimé, je le crois - ou, du moins, je le dis. Même dans l'absence de foi persistent les mots; le langage vide n'en est pas moins une prose à déguster les soirs où l'on se sent mourir d'être trop vains.
Nous ne connaissions pas toujours un visage dans les foules, et pourtant, nous nous y soulions constamment, les lundi soirs, les fins de semaines, et à toutes les autres heures du jour et de la nuit, lorsque nous avions l'argent ou les contacts. C'était une vocation en soit, se perdre, se permettre l'impudeur des cataclysmiques oublis collectifs de ces heures trop longues à ne pas se demander pourquoi nous existions; ces vagabondages, c'était la reconnaissance implicite de l'absurdité de nos destinées vides et de celles de tous ces éclopés qui léchaient nos croupes et suçaient notre vin, sur une rue passante à l'heure de pointe. Ici, nous étions tous en train de mourir dans la plus grande consécration de l'irrationnel. 
Tu embrassais des demoiselles, des garçons, venait me caresser dans le rythme cardiaque affolé de l'électronique répétitive, chamanique, des sous-sols étranges et possédés; je dansais les yeux fermés, constamment, mes paupières ne pouvant supporter la lourdeur des flashs stroboscopiques, mon âme goutant mieux mon égarement lorsqu'elle pouvait se perdre diffusément dans chaque terminaison nerveuse trop stimulée de mon organisme enveloppé de nocuité. J'étais indécente, ridicule, habillée de haillons de paillette et barbouillée de maquillages coulant sous des larmes de reptile nocturne; tu étais magnifique, imbécile, saturé de drogues, désirable dans ton ignoble perdition. J'aurais voulu t'avaler pour que tu déchires ma peau trop matérielle.
Parfois, quand tu t'étais trop poudré le nez, des coulisses irrégulières d'un sang presque d'ébène venaient maquiller ta lèvre supérieure, donnaient à ta bouche un gout de copeaux de sel, le bouquet d'une gorgée de vague un jour d'été trop frais où l'on se perd dans les courants contraires. Je t'embrassais avec tant d'effroi de désirer cette saveur de notre décadence, je dégustais tes silences synaptiques en souhaitant avaler la beauté de ta chute à travers ces ruisseaux carmin, matérialisée en cette incandescente indifférence des signaux que t'envoyaient ta chaire dans les reflets des miroirs blafards des clubs et des soirées privées aux cuvettes couvertes de poussières d'étoile. Il y avait une poésie incroyable à ton indolence à cette fin qui se profilaient chaque matin d'après-tempête, j'y lisais des vers parnassiens plus touchants qu'une aube brumeuse en solitude, oh, j'aurais tout donné pour être capable de composer les symphonies de tes narines sanglantes et de tes dents tachées de tes intempéries... Ton sang goutait l'envie de mon point final. C'est notre mort graduelle, douce et lugubre, qui me faisait sentir vivre, vivre en étant une oeuvre d'art, vivre en se souhaitant destinée à fondre dans une autodafé de beauté vite révolue de ses  élégances lorsque les cendres redeviennent fraiches.
Ce n'est pas là une façon d'exister, je le sais. Avec tristesse, mélancolie, j'ai décider d'embrasser la morne magnificence des jours heureux, j'ai choisi la science du bonheur plutôt que l'art de l'éphémère. Je ne souhaitais pas être une poupée de souffre si aucune allumette ne glissait entre mes cuisses pour m'embraser, si les étincelles de tes exquises disputes nocturnes n'étaient pas assez chaudes pour me forcer à brûler avec ardeur. Je ne voulais pas m'éteindre lentement dans la thébaïde d'un insipide singulier, un cierge dont la lueur de la tige se noie lentement dans la marre de cire fondue qui la tient debout.
Quelle inutile perte de temps que de continuer de me tuer en ta compagnie, si c'était pour aller crever seule dans un coin de tes souvenirs déchus! J'ai accepté de mourir vieille quand j'ai compris que même en trépassant jeune, ce ne serait pas avec toi."

dimanche 12 octobre 2014

Trois fois rien de nous deux



Un jour tu me manqueras, je ne pourrai pas le contrôler, tu me manqueras comme on s'ennuie du sable dans son maillot de bain après être restés trop longtemps assis à un bureau en regardant une photo de nous, bébés, à la plage, tu me manqueras tellement que j'en pleurerai et ça me feras du bien de ressentir.

vendredi 10 octobre 2014

I'm on the road again



J'ai toujours été en quête de superlatifs comme outils d'esquisse de ma personnalité. Pourquoi? Je ne le saurai probablement jamais. Je pourrais vous cracher maintes théories sur ce que je prête de romantique, de jouissif, de supportable, à l'intensité des hurlements que j'ai poussés en souhaitant correspondre à l'image de l'hyperbole humanoïde que j'étais et demeure - la beauté du fracas des os contre des cimes drues et sombres de pics océaniques, le sentiment exacerbé de vitalité lorsque les ongles déchirent la chaire en synchronisme avec un orgasme intense, l'ennui à m'en tuer de l'existence pour de bon rangée de bonne fille aux valeurs coulées dans le suffocant ciment social -, mais ces hypothèses n'en demeureraient que plus banales: elles seraient mièvres, vides et aussi ennuyantes que la session hebdomadaire de jardinage d'une maîtresse de maison américaine en 1962, en une journée ensoleillée comme toutes les autres. Ce seraient des mots mornes pour raconter une sensation pressentie par chaque sens, par chaque cellule psychique de mon amphore intérieure pleine de l'ivresse du ressenti. Vous ne comprendriez pas; et moi non plus, à bien y penser, je ne saurais rattacher à des caractères culturellement hermétiques mon envie de me brûler la chaire et l'âme grâce à la morsure de l'éprouvé.
Au final, l'important n'est donc pas de comprendre pourquoi je mendie la magnitude de mes errances et de mes ancrages, mais simplement d'accepter que je chercherai toujours à tenir dans ma paume moite ces quelques piécettes de vitalité, au risque de finir dans les gouttières. Mieux valent les cloaques surpeuplés de sourires aux gerçures toxiques que les morgues de marbre blanc vides de toute forme d'amour, malgré leur pureté.
J'allais partir en un long monologue sur à quel point j'étais bien dans une intensité créatrice et sereine avec toi, et à quel point lui était un havre tentant d'anciens démons à l'étreinte de braises, lèvres pulpeuses et cils noirs recourbés derrière lesquels il cache ses pensées, mais au final, ici, en cette fin de paragraphe, je réalise que ce n'est pas le point. Avec ou sans homme, le point focal de mon existence demeure le même, bien évident, source d'embuches et raison de vivre: me sentir exister.

mardi 7 octobre 2014

Valse sentimentale


Torpeur au bout des doigts, langueur au fond des reins, éclairage purpurin sur mes courbes et dangereuse et douce chaleur de nos embourbes.

Tu es une veuve noire à mon sein,
Un scorpion contre mon sexe,
Une vipère sur mes cuisses.
Tu es le venin de ma plaie.

Pourquoi tant craindre d'aimer?