jeudi 21 août 2014

Shadows, Woodkid



Il y a de ces amours inavouées qui ne meurent jamais totalement, peu importe à quelle profondeur on les met en terre.
Je suis heureuse avec mon lutin. Véritablement. Je l'aime, et j'aime être à ses côtés; j'aime partager son existence et ses réflexions, ses créations et ses élucubrations. Plus que je n'aurais jamais pu aimer être aux tiens. Lorsqu'il me murmure, la voix encore enrouée par les satins du sommeil, "je suis tellement chanceux", je l'embrasse en souriant, sans même avoir un brin d'amertume à l'idée que ce n'est pas ta voix qui me prononce ces douceurs. Je ne serais pas heureuse de te rendre jalouse en enfouissant ma tête dans son cou très spontanément dans une soirée commune.
Je ne t'aime plus. Comme c'est bizarre. Je ne t'aime plus. Enfin, plus comme avant.
J'ai appuyé sur delete et tu es disparu de ma vie. Tellement facilement. Comme si je t'avais subitement déprogrammé, comme si tu n'avais jamais occupé continuellement mes fantaisies mentales, sensuelles et verbales, instables, trop passionnelles pour être digérées par mon esprit en quête de balance. Tes traits n'apparaissent plus sur mon fil de nouvelles du livre de visages, tes lèvres n'hantent plus mon envie exténuée à 4h du matin, quand je t'envoyais des messages désespérés de me retrouver entre tes draps, collée à ton corps tiède aux mains moites cartographiant mes côtes. C'est fini, tout cela.
Mais ce qui me rend triste, ce qui fait de ce deuil une entreprise si complexe, c'est que tu ne t'es pas présenté à l'enterrement de nos errances. J'ai dû verser les pelletées de terre seule, à la sueur de mon front singulier, alors que je crois bien savoir que nous étions morts pour toi aussi, depuis bien longtemps. Tu n'as pas fait d'hommages à notre beauté mièvre; par le refus de terminer ce baiser arraché à mes lèvres scarifiées de l'empreinte des tiennes, tu n'as même pas reconnu que nous avons existé. Ce fut comme envelopper d'un linceul un enfant mort né dont j'ignorais avec exactitude le chromosome paternel.
Je t'en veux un peu, pour ça: pour ne pas m'avoir donné la certitude que le cadavre de ton amour pour moi n'était plus dorloté dans ton placard, durant ces longues heures où tu te sens seul dans ses bras.

* * *

Je suis irritée par le fait que des gens font le ménage chez moi. Je suis une vraie criss de petite bourgeoise dans mon formatage social, et toutes les forêts du monde ne parviendront pas à retirer cette puce de ma chaire.
Ça me déprime. En un sens, j'aimerais être née véritablement fauchée pour avoir le mérite de bien vivre. Là, ce n'était qu'une poussière dans un coin d'ombre de mon cerveau, petite maladie mentale de rien du tout: pas vraiment un obstacle en soi. Qui a déjà douté de ma capacité à survivre à mes souffrances, à part moi?

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