mardi 1 juillet 2014

Titi

Brace yourselves, mes récits d'un mois de voyage arrivent.

29 mai 2014



Le temps a une étrange consistance lorsque, écartelés entre les continents, le coeur suspendu au-dessus des flots des intempéries émotionnelles qu'il a décidé d'abandonner à elles-mêmes et la tête néanmoins encore enracinée dans la terre grasse de son pays d'origine (fort fertile en terme de floraison sentimentale), on réalise qu'on est seuls avec soi-même. Totalement. Que tous ces étrangers ne pourraient deviner notre nom, qu'ils n'ont aucune idée qui est la dernière personne qui l'a soupiré dans une enveloppée extatique de sulfureux jeux d'épidermes et qu'ils s'en foutent bien, à la limite. Un autre inconnu dans ce carrefour de destin. Je veux, dédier ce poème...
Je ne sais vraiment pas pourquoi je suis partie. Pour une des premières fois de ma vie, cette apesanteur clandestine dans l'attente surannée d'un bain de pertes de repaires ne me semble pas dédiée à fuir, mais bien à retrouver. Je n'ai aucune idée de ce qui me manque au bercail, et pourtant, il y a un fil de la fresque brodée de mes vingt années barbouillées qui devrait compléter le tableau, un fil d'argent pour rajouter, à petits points serrés, l'aiguille repiquant inlassablement dans ses plaies, les éclats d'émotions dans les iris des protagonistes, les gouttes de sueur contre leurs dos nus labourés de plaisirs libertins et libérés, le reflet dans ces flaques de sang qui ont finies de couler de mes poignets, dorénavant.
Il y a un an, je suis partie pour les terres africaines avec le coeur boursouflé du désespoir de ne pas avoir su cueillir à temps le fruit de nos amours périmées. À la floraison de ton adoration de ma personne, j'étais enivrée du pollen des autres, les synapses égarés dans les nuages psychotropes et les ventricules occupés par d'autres minois que le tien; venu le solstice, je n'avais toujours pas trouvé d'argument valable pour m'atteler à tes déboires et lorsqu'a sonné le glas d'un Octobre avancé, il était trop tard pour mordre dans cette époque qui nous avait été donnée pour partager un émoi qui ne fausse pas.
Ce n'est pas grave, tu sais; aujourd'hui, cela fait près de deux ans que nous sommes tombés l'un sur l'autre, patacla!, et nous ne nous aimons pas. Je suis suspendue dans la stratosphère, mobile humain de verre au tintement cristallin, fragiles arrêtes translucides volant au bout de mon fil d'existence, au-dessus du berceau de ma jeunesse, non pas par nécessité de deuil, mais par envie de bouleversements.
Il y a quelqu'un qui m'attend en sol québécois, quelqu'un dont je suis confiante de la stabilité de la présence, au moins pour ce mois au négatif coupé au montage. Je ne comprend pas son amour, mais j'y crois. Jusqu'à maintenant, ça me suffit. Je sais que même si je reviens à Montréal scarifiée par mon expérience, amputée d'empathie, aveugle de ces beautés aujourd'hui collées à mes rétines et sourde des sourires les plus sincères, il aura cette même aura qui lui est propre, cette même façon de compresser ma peau sans encloitrer mon âme, et que c'est comme ça: "si tu comprends, les choses sont comme elles sont, si tu ne comprends pas, les choses sont comme elles sont."
Je suis virée maitre kitsch, miracle naïveté, majesté déconnectée? Non. Je pleure encore lorsque je m'impose la lecture de descriptions innommables de tortures. Je crois encore fermement au droit à mourir, crucifié par nos douleurs. Je me sais fauchée de cloportes dans le crâne. Toutes ces beautés vomies par mon esprit imbibé d'amour universel, magnifique et craquelé pourrait bien se retrouver au bout d'une corde rêche un de ces jours, et j'en suis amplement consciente.
Seulement, j'ai réalisé que j'avais le droit d'essayer d'être heureuse pour le temps qui m'est alloué sur cette planète en décrépitude. J'ai aussi compris que ce n'est grave pour personne d'autre que moi que je sois à genoux, lacérée par les lames de rasoir d'une lucidité de goudron, à prier pour un trépas prochain que je n'ose exiger - tout le monde s'en font, des suicidaires, puisqu'ils quittent nécessairement avant le check out.
Et vous savez quoi? Je suis à présent en mesure d'aimer ces horreurs, yeux grands ouverts, dents tachées au vin rouge et sourire aux lèvres gercées, sans m'ouvrir les veines. J'appellerais ça la lucidité apaisée, je crois.

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