mardi 1 juillet 2014

Minor Work, Suuns


J'explose. Littéralement. J'ai tellement bu. Tellement bu. Pas d'esti de bon sang. Je reprend l'avion demain. Amaretto à l'hors taxe. 1.14 Litres. A, and a B, and a C, and a D... J'ai voulu te chasser de mon corps mais tu étais dans mes veines, alors j'ai fais ce qu'il fallait faire: je les ai décousues. Mais tu ne partais toujours pas. Alors je me suis mordues jusqu'à saigner. Faites le sortir, faites le sortir, je ne le veux plus dans ma peau, je ne veux plus qu'il crible ma chair par les vaisseaux sanguins infiltrés dans chaque parcelle carrée de mon mausolée humain. Mais tu étais toujours là, je te sentais m'ignorer de par l'intérieur, et je me détestais d'autant plus de ne pas être capable de te chasser quand même toi tu ne voulais pas être là... Alors j'ai décidé de te diluer. 1.14 litres. Il ne reste plus rien maintenant, mais je te sens encore remuer doucement dans mes mémoires, et j'ai envie de me faire vomir, deux doigts au fond de la gorge, hop, juste au cas où tu étais dans l'alcool, après tout, je ne sais pas, moi, tu n'étais pas là au Sénégal et je n'ai pas bu plus de trois bières, alors peut-être te caches tu seulement dans la toxicité, je ne sais pas, moi, mais DÉGAGES, DÉGAGES DE MON CORPS, dégages de mes sens, laisses-moi exister seule, laisses-moi t'oublier, pour être heureuse, s'il-te-plait, je t'en supplie, laisses-moi t'oublier, laisses-moi t'oublier, que j'arrête de pleurer...

I am not better off, staring at you as you leave


...............................................................I am not better off, staring at you as you leave
...............................................................Time will pass and you'll be back
...............................................................Regretting the side I have seen
...............................................................Still I swear that I don't care
...............................................................You'll never hear me scream
...............................................................So why won't you hear me when you are all that I need.


Faire cette déclaration comme quoi notre nullité affective réciproque était bien convenable, c'était oublier que la personne que tu étais autrefois pouvais resurgir, subitement, et me happer par cet amour démesuré que je ne comprend pas encore après deux ans étiolés, de longs black out de passion qui apparaissent dans la nuit noire de mes émotions sporadiques, des flashs qui me font me questionner sur le pourquoi de ma présence dans ton joug à cette seconde précise quand j'étais affranchie de tes chaines la seconde d'avant, des élans carrément souffrant où j'ai besoin de la morsure de ta peau, et où mon refus d'y consentir me torture d'autant plus que l'image lancinante m'incruste l'épiderme jusqu'à ce que chaque tableau soit taché de l'empreinte de ta tendresse passée. "Tu veux pas de shot parce que tu es high ou parce que tu as peur de m'embrasser?" "Les deux."
J'aurais pu toucher pleinement ton âme, cette nuit là, il y a à peine une trentaine d'heures, éternité en mouvement. Bien sur, je m'en serais voulu éternellement; cela aurait gâché les trois semaines que je vais passer aux côtés de ma dune, perfection relationnelle et personnelle, sainteté de mes déboires mentaux - car cet homme est réellement le nirvana de toutes mes craintes d'autrefois: il sait cueillir ma peur avant qu'elle n'éclose, la mettre dans un vase soufflé de l'oxygène de ses lèvres et me faire trouver sa beauté sans que je ne sois terrifiée à sa reconnaissance, il sait me faire exister si simplement, et je suis consciente chaque jour, chaque heure à ses côtés ou à des milliers de kilomètres, de ma chance incroyable, à peine véritable, de l'avoir pour moi et pour les autres afin de border mes élucubrations mentales nocturnes d'un peu de sagesse simpliste et néanmoins salvatrice.
Mais malgré toute cette perfection que je lui reconnais avec une gratitude sans borne, horreur!, je ne peux nier qu'au moment où toi, mon fantôme chéri dans les tréfonds de mon esprit, tu étais à quelques mètres de moi, où tu me proposais avec la douceur sereine d'autrefois de venir m'asseoir à tes côtés, sans être le moindrement menaçant dans tes avances, je voulais ardemment la courbe de tes lèvres ourlées dans mon cou, et je savais pouvoir l'obtenir dès la seconde où je l'aurais suggérée. Et quand, très innocemment, après avoir renoncés tous deux à l'unisson de nos souvenirs et de nos corps présents suite à mes retraits verbaux forcés, tu as glissé ton bras par-dessus le mien pour me montrer les manoeuvres possibles avec ta machine à musique, je n'ai pas pu ne pas aimer à la dérobée ton bras scarifié, je n'ai pas pu me soustraire au tableau cinématographique de la beauté potentielle de nos soupirs signifiant cette fois plus que ta nécessité d'échapper aux étreintes perdues de ton amour bâclé... Nous étions ce que nous étions: innocents, beaux, complices, songés...
Oh, comme je t'ai aimé, en attendant Ithaque, cher, comme je t'ai aimé! Et faute de n'avoir jamais su ce qu'aurait été une réelle vie commune ensemble, lorsque tu me chérissais encore jusqu'aux bouts des doigts, je suis contrainte à vider des verres d'alcool fort une nuit de semaine semblable, la veille de mon départ pour aller trouver l'étreinte réconfortante de mon amoureux angélique... Quelle ironie imbécile, toi qui ne réfléchis plus aux moyens de me regagner lorsque tu es seul (I knew you'd never keep chasing me forever), et moi qui ne sait plus de quel moyen t'oublier, quand même aimer la plus belle merveille qui me fut offerte ne suffit à te chasser définitivement du labyrinthe de mes désirs...
J'essaie tellement fort d'être ton amie pour ne pas te perdre carrément, mais je ne parviens qu'à grappiller des miettes de ce que je sais que tu es, et ces parcelles ne sont pas assez pour palper la pâte sucrée de secrets aux délices enfouis dans des mémoires que je n'ai plus le droit de sortir des tiroirs barrés à double-tour de mes souvenirs. Alors je te perd, au complet, en te retrouvant aléatoirement à l'occasion, mais seulement partiellement, de façon incomplète, me replongeant dans l'océan glacé de mon manque flagrant de tes expressions, de tes manies, de ton adorable manque d'estime de soi et de tout ce que je n'aurai jamais entièrement, pour plus d'une nuit diluée dans les verres comme celui que j'engouffre dans mon goulot d'oesophage au moment présent.
Je me demande si un jour, j'arrêterai de t'aimer, si ton nom s'effacera définitivement de ma mémoire affective, si je pourrai épier ton portrait à travers un écran sans avoir un pincement au coeur si délicieux dans ce qu'il réveille en moi qu'il en devient horriblement douloureux de reconnaitre son définitif révolu... J'ai déjà cru que jamais je ne parviendrais à considérer mon premier toxicomane chéri comme un être humain banal, normal, et pourtant, aujourd'hui, je le regarde sans nostalgie, même sans émotion, sans gratitude ressentie jusque dans mes tripes, mais pour toi, tout semble différent.
Et maintenant, j'ai envie de t'arracher la gueule à la cuiller tellement tu peux être égocentrique et peu compréhensif des besoins des autres. Vas donc mourir dans un trou en crachant du sang, calice.

Titi

Brace yourselves, mes récits d'un mois de voyage arrivent.

29 mai 2014



Le temps a une étrange consistance lorsque, écartelés entre les continents, le coeur suspendu au-dessus des flots des intempéries émotionnelles qu'il a décidé d'abandonner à elles-mêmes et la tête néanmoins encore enracinée dans la terre grasse de son pays d'origine (fort fertile en terme de floraison sentimentale), on réalise qu'on est seuls avec soi-même. Totalement. Que tous ces étrangers ne pourraient deviner notre nom, qu'ils n'ont aucune idée qui est la dernière personne qui l'a soupiré dans une enveloppée extatique de sulfureux jeux d'épidermes et qu'ils s'en foutent bien, à la limite. Un autre inconnu dans ce carrefour de destin. Je veux, dédier ce poème...
Je ne sais vraiment pas pourquoi je suis partie. Pour une des premières fois de ma vie, cette apesanteur clandestine dans l'attente surannée d'un bain de pertes de repaires ne me semble pas dédiée à fuir, mais bien à retrouver. Je n'ai aucune idée de ce qui me manque au bercail, et pourtant, il y a un fil de la fresque brodée de mes vingt années barbouillées qui devrait compléter le tableau, un fil d'argent pour rajouter, à petits points serrés, l'aiguille repiquant inlassablement dans ses plaies, les éclats d'émotions dans les iris des protagonistes, les gouttes de sueur contre leurs dos nus labourés de plaisirs libertins et libérés, le reflet dans ces flaques de sang qui ont finies de couler de mes poignets, dorénavant.
Il y a un an, je suis partie pour les terres africaines avec le coeur boursouflé du désespoir de ne pas avoir su cueillir à temps le fruit de nos amours périmées. À la floraison de ton adoration de ma personne, j'étais enivrée du pollen des autres, les synapses égarés dans les nuages psychotropes et les ventricules occupés par d'autres minois que le tien; venu le solstice, je n'avais toujours pas trouvé d'argument valable pour m'atteler à tes déboires et lorsqu'a sonné le glas d'un Octobre avancé, il était trop tard pour mordre dans cette époque qui nous avait été donnée pour partager un émoi qui ne fausse pas.
Ce n'est pas grave, tu sais; aujourd'hui, cela fait près de deux ans que nous sommes tombés l'un sur l'autre, patacla!, et nous ne nous aimons pas. Je suis suspendue dans la stratosphère, mobile humain de verre au tintement cristallin, fragiles arrêtes translucides volant au bout de mon fil d'existence, au-dessus du berceau de ma jeunesse, non pas par nécessité de deuil, mais par envie de bouleversements.
Il y a quelqu'un qui m'attend en sol québécois, quelqu'un dont je suis confiante de la stabilité de la présence, au moins pour ce mois au négatif coupé au montage. Je ne comprend pas son amour, mais j'y crois. Jusqu'à maintenant, ça me suffit. Je sais que même si je reviens à Montréal scarifiée par mon expérience, amputée d'empathie, aveugle de ces beautés aujourd'hui collées à mes rétines et sourde des sourires les plus sincères, il aura cette même aura qui lui est propre, cette même façon de compresser ma peau sans encloitrer mon âme, et que c'est comme ça: "si tu comprends, les choses sont comme elles sont, si tu ne comprends pas, les choses sont comme elles sont."
Je suis virée maitre kitsch, miracle naïveté, majesté déconnectée? Non. Je pleure encore lorsque je m'impose la lecture de descriptions innommables de tortures. Je crois encore fermement au droit à mourir, crucifié par nos douleurs. Je me sais fauchée de cloportes dans le crâne. Toutes ces beautés vomies par mon esprit imbibé d'amour universel, magnifique et craquelé pourrait bien se retrouver au bout d'une corde rêche un de ces jours, et j'en suis amplement consciente.
Seulement, j'ai réalisé que j'avais le droit d'essayer d'être heureuse pour le temps qui m'est alloué sur cette planète en décrépitude. J'ai aussi compris que ce n'est grave pour personne d'autre que moi que je sois à genoux, lacérée par les lames de rasoir d'une lucidité de goudron, à prier pour un trépas prochain que je n'ose exiger - tout le monde s'en font, des suicidaires, puisqu'ils quittent nécessairement avant le check out.
Et vous savez quoi? Je suis à présent en mesure d'aimer ces horreurs, yeux grands ouverts, dents tachées au vin rouge et sourire aux lèvres gercées, sans m'ouvrir les veines. J'appellerais ça la lucidité apaisée, je crois.