dimanche 27 avril 2014

Cells



On s'est endormis un bel après midi, le soleil nous réchauffant la nuque, en pensant qu'on était les derniers survivants d'une petite navette perdue dans l'infinité cosmique.
PS. Je l'aime.

mardi 15 avril 2014

The Gunner's Dream

La sérénité des pissenlits fanés sur lesquels on souffle.


J'ai fais un curieux rêve où on se laissait dans une immense plaine de terre sèche, infertile, un jour d'orage, à en juger par les nuages lourds d'un gris pâle morose qui peuplaient la voute. Enfin, j'imagine que c'était un adieu; on ne parlait pas, mais ça avait la sensation d'un adieu. Il y avait d'autres gens, aussi. J'imagine que des dizaines de personnes que l'on connait se quittent constamment, le plus souvent sans le dire, peu importe le motif - il y en a des centaines de bons. Toujours est-il que tout le monde déambulait vaguement, statique dans son "au revoir" muet. Ce n'était pas triste: simplement vide. Cette sensation de vent d'automne qui souffle sur des chemins qu'on souhaiterait encore désirer fouler, mais qui n'ont plus rien à offrir à nos pas, cette quête inutile de la mélodie aux notes fausses d'une chanson qu'on ne veut plus chanter de toute façon. L'irrémédiable un peu morose de la certitude décevante du "je ne t'aime plus".
Je me suis réveillée avec la même étrange sensation de néant grappillant le sens du monde vers ma cage thoracique, un encrier mental qui venait badigeonner les tableaux de tous mes regards d'une inanité gris souris.
Assise dans mes couvertures, je me suis demandée ce qu'on pouvait bien laisser dans la vie des gens, outre la place qu'on y a occupée. Bien sur que la vie après n'est pas comme si on n'y avait jamais été,  on peuple les pages des romans existentiels des autres de plein de jolies leçons, je sais, je sais, d'un souvenir certain, probablement, mais au final, il y a cette irréparable cassure entre ce qu'on était, première personne du pluriel, et ce qu'on est, première et troisième personne du singulier. On peut se rappeler de tas de choses, mais les réminiscences ont perdues leur essence: on n'est plus ému par la cartographie des grains de beauté d'un cou particulier, par les histoires de mioches anodines d’un corps qui en garde les marques, par la connaissance d'un visage assoupi- on peut ressentir quelque chose au souvenir, mais c'est comme s'il fallait nécessairement passer par l'intermédiaire de notre mémoire pour lui donner un sens, et alors, est-ce qu'il en a vraiment un autre que celui de la nostalgie?
Et ça m'a donné un certain vertige, soudainement, de savoir que dans la vie de tellement de personnes que je connais au moment présent - incluant toi -, 15 avril 2014, et que j'aime, et qui m'aiment, un beau jour, je ne serai qu'un cliché dans l'album photo de leur vie - quelques pages, d'accord, si on insiste sur la place que j'y occupe et y occuperai, mais un portrait figé à cette période précise, qui n'a plus d'autre valeur que de le regarder. "Brulez les livres!", j'avais envie de crier à plein poumons, pour alerter le monde, lui apprendre qu'il était vain. "Ils seront braises ce soir et cendres demain, et ça ne vous réchauffera plus le cœur de les voir gésir, inertes et déchus. Vous en lirez d’autres, bon débarras."
Oui, le relatif du temps a mangé toute la substance du présent, un instant. Mais après quelques minutes à dévisager les orbites creux de ce néant relationnel se profilant dans quelques courtes éternités ou une infinie seconde, ça m'est simplement apparut comme une réalité sotte, tout à fait acceptable:
Mon cher amour, nos mémoires s'envoleront comme du pollen dans le vent, des poussières de fleurs perdues dans les particules du temps, sans s'être déposées sur la cime de coroles prêtes à entendre leur voyage; perdues dans la boue, dans le ciel, sans apporter plus de beauté à ce tableau fondu d'étincelles entre deux neurones. Nos mémoires s'envoleront comme du pollen dans le vent. Et ce sera tout.
Je ne puis te léguer aucune sensation qui durera plus de la tombée du rideau nocturne, aucun battement de cœur qui résistera au passage des heures, aucun sourire qui ne s'étiolera de tes lèvres. Je ne peux même pas te donner la promesse qu'il en sera différemment pour moi.
La seule chose que je puis t’offrir, c’est l'émotion spontanée qui vient emplir la cage de ton émoi au moment même où tu lis ces quelques phrases griffonnées à perte, marée haute de contingences mouillant les navires de tes nerfs et les quais de tes synapses au moment présent, mais qui laissera sèches les berges de galets de mes souvenirs lorsque la lune continuera son attraction cyclique te propulsant contre d'autres rivages. Une émotion, ressentie uniquement maintenant. Le temps de compter un, deux, trois, et elle n'est déjà plus la même; comme c'est bête, n'avoir jamais à donner qu'une fugitive et périssable émotion à quelqu'un qu'on aime...
Mais si je le peux, saches que je choisis te la donner quand même.

vendredi 11 avril 2014

Undead, undead, undead...


J'écrirai un recueil de fragments de vies en ville. Je l'appellerai Macadam Circus.


Je ne sais pas ce que j'ai. Pourquoi j'ai sans cesse envie de pleurer, pour rien. À la vue d'un enfant ou d'une vieille dame, assise dans une classe ou parcourant le macadam. Pourquoi j'observe la fin de cette relation qui me fait du bien percer l'enveloppe confortable de mon foetus de bonheur, épidurale dans l'oeil, et que je ne sais quoi faire d'autre que d'attendre que toute son affection pour ma personne ingénue s'égoutte au sol comme du sperme après un viol. Pourquoi mes genoux fléchissent à l'idée d'aller fouler la terre rouge d'Afrique pour quelque chose dans quoi j'ai insufflé du sens durant des mois, au point de ne plus avoir de souffle, au point d'oublier que je souffre. Je ne sais pas. Certains diront que je n'ai pas le bonheur facile, d'autres que ce n'est qu'une mauvaise passe. Je ne sais pas.
Ce qui m'abat, c'est quand quelqu'un est aussi désolé que vous êtes détruit par le fait qu'il ne vous aime plus. Il vous aurait bien encore aimé des années, il aurait voulu, il aurait essayé de tout son coeur... Mais il ne vous aime plus. Et c'est comme ça.
Quand l'amour part, où ce qu'il s'en va, comme qu'ils disent?
Pourtant, ce ne sont pas les déclarations qui manquent: Aimer. Si il y a bien une chose qu'ils ne m'enlèveront pas, c'est mon pouvoir d'aimer. Et je t'aime. C'est le ton. J'ai toujours eu un don de prémonition pour savoir quand mon nom s'effaçait des sols de ceux que j'ai séduit, lentement balayés par les marées ascendantes des contingences du temps. Comme deux horloges, une dont le mécanisme est légèrement abimé et qui prend plus de temps à tourner - une mili seconde seulement, mais un léger accrochage dans les engrenages, un petit tic quand les roues dentelées s'embrassent avant de déchirer leur étreinte de métal rouillées de larmes pourtant depuis longtemps tarries. Deux horloges qui se sont rencontrées par hasard à la même heure, au même point, et qui ont pensé dès lors être synchronisées. Mais plus le temps passe, et plus on se rend compte qu'une des petites poitrines de fer fait un tic tic anormal. Et un jour, il est 16 heures sur l'une et 11 sur l'autre, et on jette ce coeur défectueux qui ne parvient plus à suivre le rythme de notre amour.
Ce n'est pas grave. C'est pas de ta faute. Non, c'est vrai. Mais c'est triste, des horloges qui font tic tac, claudiquant toutes seules au fond d'un container quand elles ont un jour crues être à l'heure.

* * *

Je me suis réveillée ce matin avec un ciel qui crachait son dédain sur les pavés sals d'un Québec rouge et amnésique. Avec le désoeuvrement au coeur, les larmes aux yeux et une nausée persistante dans la gorge face à cette province que j'ai pourtant tant appris à adorer.
Ces itinérants attachants avec leurs sourires édentés au coin des boulevards de la métropole, à qui personne n'essaiera de trouver une maison, une couverture, une embrassade;
Ces autoroutes qui s'étendent comme un réseau de nerfs jusqu'à ces municipalités portant chacune des dénominations chargées d'une croix, soutanes de bois ayant longtemps pesées sur les faibles toits des chrétiens francophones, reclus dans leur fardeau de misère pour sauver une culture qui aujourd'hui est abandonnée à l'Ouest pour moins qu'une chanson;
Le Saint-Laurent, noyé dans ses déchets, étouffé dans son plastique, ses poissons drogués à nos contraceptifs, assommés par nos antidépresseurs, sans que ce soit autre chose qu'une fatalité;
Nos premières nations, castrées de leurs sols, cloisonnées dans leurs réserves, cigarettes, gasoline et DPJ, ou toxicomanes dans nos grandes villes, qu'on tente d'accommoder avec des solutions à nos propres problèmes;
La magnificence des paysages du Nord, landes de beautés solitudes, aurores d'étendues farouches et douces pour celui qui sait s'y fondre - un Nord qu'on aura vendu pour quelques sous, qu'on aura dépecé de ses forêts et étripé de ses métaux qui brillent bien davantage en dormant dans l'utérus de sa terre mère.
Tout a perdu de son sens, de son unité, un miroir échappé contre le béton de la réalité qui se fend en des milliers de fragments dont je ne peux reconnaitre qu'un éclat de moi, si ce n'est qu'une cassure. Peut-être qu'on n'est véritablement qu'une somme d'individu qui titubent, cherchant à tâtons nos consciences barrées à double tour. 
Les torrents de la Rivière des Prairies se font entendre de ma fenêtre entrouverte pour me laisser respirer un air un peu plus froid, pour que mes poumons ne s'affaissent pas comme le reste du monde. Que j'aie l'impression que quelque chose vit, néanmoins. Avance. Peut-être pas nous, mais les saisons, au moins, pour le temps qu'il nous reste à en avoir, avec cette casserole d'ozone que personne n'a la force ou la volonté de tasser du feu. Des grenouilles dans une poêle. Nous sommes des grenouilles dans une poêle.
Aujourd'hui est une journée de cierges fondus. Je pleure la mort de mon amour pour mon pays.
Peut-être les éteindrai-je demain. Peut-être apprendrai-je à l'aimer dans cette inertie froide dénuée d'idéaux.
Mais pas aujourd'hui.

mardi 1 avril 2014

My little lady, tell me how you feel.. Perhaps disappointed to see me dead on the stage?



Ça me suffit. Tout me suffit. Je m'en fiche, je m'en fiche, je m'en fiche. Je veux juste un studio.
Je suis en tabarnack contre l'univers et j'aurais voulu manger des sushi. Je vous emmerde.
Je t'emmerde aussi, fuck le gambadage dans les plaines.
Je suis une enfant, oui.