lundi 10 mars 2014

Kandle



Avoir désiré mourir procure un sentiment d'autonomisation à la fois terriblement souffrant et délivrant, car il fait prendre conscience de la vérité toute bête sur les souffles qui brûlent nos poumons lorsqu'on a envie de respirer l'hydrogène de nos douleurs et de craquer l'allumette de nos pleurs: on le peut. Si vous souhaitez mourir, jusqu'à un certain point, personne ne pourra vous en empêcher. On vous consolera, on vous internera s'il le faut, mais au bout du compte, il y a toujours des aiguilles à se planter dans le corps et des couteaux pour débourrer les chevaux d'écume rouge de sa aorte. Cette corde psychique que vous souhaitez enserrée à votre trachée, vous pouvez en sceller l'étreinte bleue autour de votre cou. Mais elle ne se fera pas toute seule.

Une fois que l'on s'est jeté face à cette certitude, les yeux écarquillés devant les phares aveuglants d'un train de fer dont on dispose du levier de vitesse, vivre revêt alors l'étiquette inévitable du choix. Peu importe si on ne vous a pas demandé votre avis avant de vous expédier hors de l'utérus de votre mère, braillant, nu sous des néons agressifs, vos droits suspendus au-dessus de votre crâne vide comme une épée de Damoclès concrétisant votre vécu à venir, à chaque seconde où vous songez à vous ouvrir les veines, vous décidez de ne pas le faire. Et rendu là, puisque vous avez décidé que cette seconde, petite éternité balisée par nos conventions sociales, ne serait pas la dernière, à quoi vous sert de ne pas tenter de la posséder?

Je n'en voudrai jamais à personne de considérer que le poids de sa vie ne vaut pas la délivrance de sa mort. C'est un choix enraciné dans sa souffrance ou dans sa mornitude, c'est un jardin de verre où les fleurs se fanent en éclats purpurins plus ou moins rapidement, et dans l'intimité duquel personne ne peut aller réciter ses propres cantiques à la gloire des paupières déployées. Vivra qui voudra. Je vous étreindrai dans la nuit noire aussi longtemps que vous souhaiterez sa cape d'encre plutôt que la chape de l'invisible vide, et si vous déployez les voiles de vos veines vers des mers pourpres sur lesquelles le vent ne me permet pas de voguer, je vous pleurerai, mais ne vous forcerai pas à jeter l'ancre le long des berges de nos solitudes consentantes. Parole de suicidaire.

Mais si vous avez décidé que la course méritait encore quelques inspirations avant que vous ne trébuchiez et ne vous releviez plus, alors rien ne justifie de le faire à moitié. Tant qu'à crever demain, autant vivre aujourd'hui.

5 commentaires:

  1. "Je vous étreindrai dans la nuit noire aussi longtemps que vous souhaiterez sa cape d'encre plutôt que la chape de l'invisible vide, et si vous déployez les voiles de vos veines vers des mers pourpres sur lesquelles le vent ne me permet pas de voguer, je vous pleurerai, mais ne vous forcerai pas à jeter l'ancre le long des berges de nos solitudes consentantes. Parole de suicidaire."
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  2. J'arrête pas de revenir lire ton article... Je pense que je vais le faire imprimer et le mettre sur les murs de ma chambre... Dis, tu étudies à quelle université ?

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  3. UL :) Je me disais, d'un coup, si ça avait été la même ville...

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    1. Si jamais tu vas à Montréal ou moi à Québec ;)

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    2. C'est pas si rare après tout

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