samedi 1 février 2014

"When there is nothing left to burn, you have to set yourself on fire."




You spill my natural emotions, it makes me feel like dirt and I'm hurt; and if I start a commotion, I run the risk of losing you and that's worse.

Ever Fallen In Love, Nouvelle Vague (the Buzzcocks cover)


I chose the feelings and you couldn't choose.

Your Ex Lover is Dead, Stars

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"Tu t'en vas?" lâcha-t-il, sans expression faciale aucune.
"Oui, je m'en vais." Elle glissa furieusement une de ses mains dans sa mitaine de laine anthracite comme elle enfilait prestement ses bottes, les laçant gauchement, trop vite.
"Pourquoi?"
Elle s'interrompit un instant, le reflet de larmes dans ses yeux emplis de colère traduisant la complexité de ses sentiments. "C'est une blague, j'espère?"
"Pourquoi?" répéta-t-il, la voix sourde, faible.
Elle se releva, le souffle court. Le dévisagea un instant. S'approcha d'un pas.
"Parce que tu n'as strictement aucune intention de faire quoi que ce soit une fois que tu constates et crois en l'amour que je te porte. Tout ce que tu veux, c'est te sentir aimer, cruellement, égoïstement, m'envoyer paître une fois que je t'ai dis ces quelques mots traitres qui ne veulent rien dire quand on ne les démontre pas, ces quelques syllabes desquelles tu vas te satisfaire en sachant que ce frein aux belles promesses fausses m'écartèle le coeur et l'âme, m'empêche d'aimer être dans les bras d'un autre quand le fantôme de ta mémoire erre un peu trop près d'une situation semblable que nous avons vécu…" Elle renifla, s'essuyant brusquement la goutte lui pendant du nez avec le revers de sa manche, frustrée. "Putain, tu me fais brailler de peine à en remplir cette maison millionnaire, tu me fous en rogne au point où je déchirerais tout ce qui se trouve entre ton visage et mes ongles, tu me met à l'envers, à la fin, en morceaux, en maudit, tellement que je n'ai plus envie de faire quoi que ce soit d'autre qu'agoniser un peu plus vite, tellement que j'en prie des dieux auxquels je n'ai jamais cru de faire en sorte que je ne t'aie jamais rencontré." Elle prit une pause, ancrant son regard dans ses yeux vides. "Tu as foutu le bordel dans toutes les cavités possibles de mon existence; j'espère que tu le sais, que tu t'en veux, que tu en crèves, que tu gémis et en pleure en t'écrivant ces mots dans la peau à lents coups de lames de rasoir. Tu pèses comme une putain d'enclume dans la vie de tout le monde, tu es un boulet, un vrai de vrai, parce que même quand l'eau commence à pénétrer nos poumons, on souhaite quand même te tenir entre nos bras serrés, sans que jamais tu ne nous rendes cette étreinte... Je te déteste, tellement, tellement, tu n'as même pas idée, et ça me tue, et c'est pour ça que c'est aujourd'hui que je me barre de ta vie sans même te donner la chance de placer un seul mot sur cet adieu."
Et sans prévenir, elle enfila violemment sa tuque et claqua la porte, l'incendie dans les yeux, la neige tourbillonnant en tornades de paillettes argentées dans le vestibule refroidi par le vent de janvier.
Ses bras mouchetés de chair de poule, son souffle créant de légers halos de buée sous la lumière des lampadaires tamisée par les rideaux de voile de la porte de ce vestibule sombre, il resta de longues minutes en silence, immobile, les bras ballants, les yeux dans le vague. Ce départ comme tant d'autres, furieux, détruit, c'était cette fois une perte.

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