samedi 15 février 2014

Vivaldi, l'hiver


TABLE DES MATIÈRES
(parce que tsé, avec des textes longs demême, ça fait chier la vie
- joke, je sais que j'en ai écris des biens plus lourds de pages, c'est juste pour écrire piñata une autre fois)
1- L'époque post-moderne et sa désillusion
2- Notre époque à nous, les tours de beurre et la piñata
3- La peur des Autres et la peur de la peur des Autres
4- Qu'en reste-t-il?
5- Les attentats sentimentaux
6- Bon débarras


"Nous sommes jeunes", nous dit-on. "Il est à vous de bâtir le monde de demain."
Vous le comprendrez, nous sommes nés dans une société post-moderniste où le bigarré et l'excès tapissaient les murs sales des centre-villes, où la beauté a commencée à être dessinée au pinceau photoshop, où des jeunes adultes trop plein des responsabilités héritées de générations passées et de devoirs futurs on décidé de se perdre et en avaient le droit, plus ou moins, en faisant de tous les éclats d'existences qui leur coupaient les pieds un vitrail gigantesque à la gloire d'un Dieu qu'on sait inexistant, mais dont on louange néanmoins la grandeur pour les cathédrales immenses de ces 7 milliards d'êtres cousus ensemble; nous sommes nés à une époque éclatée, qui ne comprenait pas sa douleur ni ne vivait réellement son ivresse, courant jusqu'à ne plus sentir ses jambes, jusqu'à ce que ses poumons explosent, et courant encore, courir pour courir, en riant aux éclats, sans se comprendre soi-même ni les autres et s'aimer dans cette perte commune, courir pour frapper le mur si fort qu'on ne sente pas nos os qui craquent.
Je crois qu'à un certain point, ils ont espérés sauter avec les feus d'artifices multicolores qu'ils ont plantés en terre, ils ont voulu se tagger le crédo de "no future" sur des rangées innombrables de tombes de Pyrex,  mourir dans la beauté calcinée d'une grande inspiration d'hydrogène juste avant d'avaler une allumette en disant "je t'aime", mourir jeune, mourir jeune, dans la magnificence cataclysmique des eaux salies par ceux qui nous nourrissent de bétail aussi empaqueté que le métro à l'heure de pointe. Fukushima dans un verre de lait, des époques entières sur un plancher de danse. Enweye donc.
Mais ça, c'était ceux avant nous. Le suicide de Kurt Cobain, c'était la fin de leur adolescence, le début de leur vie d'adulte, réelle. Je ne sais pas à quoi elle ressemble, vraiment, cette vie. Si elle est peinte au pastel ou à l'encre de Chine. Les deux, peut-être, avec la désillusion de l'"au revoir".
Nous, nous n'étions que des gamins. Je ne crois pas que nous ayons réellement connu le conte de fée du bigarré, puis son implosion: nos encéphales ont à peine commencé, encore aujourd'hui, de s'imbiber des marres putrides des conventions démesurées de ce monde anthropophage et de toutes les possibilités inimaginables qui font que nous appelons en Inde pour réparer un cellulaire japonais utilisé au Québec.
Ce que nous avons réellement vécu, nous, vous vous en souvenez aussi bien que moi, je l'imagine: le hype du choc des civilisations, la marée de haine de l'inconnu par peur que nous finissions tous comme ces tours de métal molles comme du beurre quand les a percuté le tranchant d'une menace qu'on ne voulait pas voir. Si elle est réelle et tragique, cette menace, ce qui l'est davantage, c'est qu'elle a engendré une croisade aux yeux bandés pour décapiter un Goliath prenant n'importe quelle forme pourvu qu'elle ne soit pas de chez nous, tant qu'on en trouve un. Une piñata au katana, dans les déserts afghans jusqu'en mer de Chine.
Je vous l'avouerai: j'ai peur de la peur. J'ai peur de cette levée de boucliers qui ne sait pas exactement de quoi elle se protège et qui, par crainte d'avoir mal, songe à lancer la pierre la première. J'ai peur du fait que nous avons donné le droit au monde de nous avilir, une laisse autour du cou, autour des pattes, pour protéger notre sacro-saint mode de vie. J'ai peur du fait qu'on peut charcuter nos bulles personnelles pour aller fouiller les recoins les plus intimes de nos relations sociales afin de tenter d'y trouver le microbe et de l'arracher à mains nues, les ongles sales, comme des mauvaises herbes. J'ai peur du fait que nous nous fermons les yeux sur les hurlements de souffrance, d'AGONIE d'humains qui ont eu des familles, comme nous, et qui se sont retrouvés là où ils sont par une concordance de hasards et de choix, oui, peut-être, mais dont les poumons se déchirent lorsqu'ils s'emplissent d'eau et qui ne font que détester davantage cette image qu'ils avaient de nous, l'Autre, avant qu'on ne les passe à tabac de la sorte. Sous prétexte que nous voulons la protection. La protection! Quelle foutaise que de nier l'humanité d'un homme pour protéger la nôtre…
Mais plus que tout cela, j'ai peur de la force relative de ma voix dans le boucan de cette époque de poussière ensanglantée.
Qu'en reste-t-il, de ce petit bout de chair qui pompe le parfum de notre ressemblance dans les ramifications complexes d'un bouquet de nerfs à fleur de peau, râpés au papier sablé par ce discours du "Today, our nation saw evil"? Comment sectionner cette dichotomie du "nous" et du "eux" refusant les nuances de graphite qui peinturent les corps de cultures aveugles? Qu'est-ce qui perdure de l'indignation quand, au nom d'un carcan de mots alimentant les angoisses sociales d'autrui, on peut habiller de barbelés des enfants parce qu'ils ont tenus une grenade entre leurs doigts salis par le sang des leurs? Quand tous les coups sont permis, quelle est la réelle légitimité d'un coeur révolté?
Ce qu'il nous reste, c'est justement cela: les attentats sentimentaux. L'indignation sauvage du refus de l'inhumain. Ressentir, très fort, trop fort, et hurler ce qui nous brule et nous caresse dans cette existence aux reflets sanguins et aux odeurs de printemps, pleurer en lisant les journaux, voir dans la beauté d'un enfant l'affranchissement de sa propre évolution. Se comprendre dans ces cris, peut-être.
Chercher la compassion même dans les yeux du tortionnaire de ses enfants, s'insurgeant contre ses actes, mais pas contre son âme. Refuser ce qui nous poignarde de "cette réalité crue qui nous embarque dans le moule", se battre à coup de cris et de pleurs, une silhouette frêle devant une rangée de chars d'assauts, des enfants lançant des roches à des soldats cloitrés dans leurs cubicules blindés. Le pouvoir de ces images qui rappelle l'unité d'analyse ultime perdurant dans le flot incessant de la mégalomanie de verre et de bitume de notre siècle: l'humain, tout bête, tout frêle, beau et borné, aux souvenirs vagues de son ressentir, portant sa peau tatouée de ses peines, le menton haut et le coeur enflé.
L'humain. Peu importe le visage qu'il prend. Peu importe son criss de foulard. L'humain.
Mais si vous souhaitez faire de ce monde une planète sécuritaire mais emmurée d'une prison de peurs de l'Autre, si vraiment, vous apposez votre signature sur la liste du bagne qu'est la crainte d'autrui, si vous vous refusez volontairement à au moins tenter de serrer dans vos bras les corps charcutés du différent, je le regrette, mais je me baignerai dans un large baril de gazoline, et j'y mettrai le feu. Bon débarras.

1 commentaire:

  1. J'ai parcouru le coeur des hommes en jalonnant les vallées qui sillonnent le mien ; j'ai côtoyé les tempêtes, j'ai connu le pire, j'ai connu le meilleur. J'aurai pu être Hitler, j'aurai pu être Gandhi. Je suis sans être, je suis Tout, je ne suis rien et pourtant, je suis tous les secrets des hommes, ses espoirs et ses rêves. Je suis l'humanité entière aux recoins des anicroches de mes planètes.

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