vendredi 3 janvier 2014

The only risk is that you go insane


Mon amour de souffre, consumé par sa frénésie inachevée,
Je t'aime toujours, même en cendres tachant mes doigts et piquant mes yeux.


En psychiatrie, on appelle les downs du trouble bipolaire des creux de vagues. Je ne sais pas si c'est le cas ici, mais je peux vous dire que j'ai bien l'impression que toute cette tristesse me remplit les poumons, m'asphyxiant tout en renvoyer ricocher contre mon visage froid les vitraux d'un soleil réfractif.
Je ne sais plus c'est la faute à quoi, à qui... Aux ventres de verre vides chantant leur oubli dans un écho d'heures matinales égrainées au compte goutte par la mydriase des paradis artificiels, ou aux poumons calcinés par les cigarettes au coin de la bouche tachées de rouge à lèvres bon marché; à ses mots désespérés incisifs, détestables, ou à ton coeur charcuté par un amour qui me borde de barbelé comme un enfant traumatisé; à mes mains aussi inutiles que celles d'un Rodin au parkinson ou à mes neurones qui ne savent même plus tisser de beaux mots mes maux; à mon angoisse qui me mange et me régurgite dans la boue, sale, inutile, une enfant pieds nus dans le verre des bouteilles de son père, ou à cette peine que je jurerais tailladée dans ma chaire, passé la peau de papier saran, passé les muscles de ficelles et les os de plastique; à cette marée de mémoires dont le ressac me projette contre les crêtes de couperet des monolithes du révolu, ou à la morosité tolérable de cet univers balancé dans lequel je déambule avec plus ou moins de consentement vers l'âge adulte; à ta présence qui n'est jamais plus vraiment là aux quelques détours où nous avons le droit de nous étreindre sans penser aux rétines assassines, ou à ton sourire brillant par son absence dans cette demeure où, à un an jour pour jour, nous avions dormis ensemble, dans les vapes, sur un plancher de bois franc faute d'avoir trouvé un lit - mon type de romantisme, prise deux: dormir saouls morts, main dans la main, sur le sol nu, et être bien.
C'est cela qui fait le plus mal, peut-être: la coupable, c'est moi, créant des listes de lecture pour me rappeler incessamment à quel point j'ai mal de ne pas être près de toi, criant ton nom en espérant recevoir en écho de mon besoin l'étreinte décédée il y a maintenant près d'un an.
Comment est-ce que je fais pour aimer si fort, à m'en jeter dans les sables mouvants de soupirs de plaisir révolus et de sourires enveloppés du cachemire d'une jeunesse incarnée dans sa beauté en étoile filante, bordel de merde?!
Le temps a toujours filé trop vite, pour moi; je ne suis pas capable de manier son métier à tisser, d'accorder ses nuances néanmoins teintées de magnificence, et j'hérite d'une fresque de vie bâclée, que peu de gens s'engagent à tenter de rabibocher à mes côtés. Alors, longtemps, incapable de relever le défi des tapisseries baroques des autres détaillés à travers le Plexiglas de mon jugement éreinté, j'ai préféré m'enrouler des ficelles pour faire de mon corps une oeuvre tout aussi belle, mais s'étranglant dans sa création frénétique.
C'est pour cela qu'on voue tant un culte aux 20 ans sans limites, sourds des malheurs du temps moderne, étrangers aux coupures qui barrent leurs épidermes comme ils traversent en courant les forêts de l'âge adulte, les yeux bandés, hurlant leur liberté sans voir le ravin final dans lequel ils finiront par trébucher: parce qu'à quelque part, personne ne se sent capable de tenir le pas de l'éternité. Tout le monde se sait si petit, si faible, tiges d'allumettes tentant de rattraper la course d'un géant qui finira de toute façon par nous écraser, épuisés, sur les pavés sales de la cité des Hommes qui n'a jamais vraiment voulu de nous… À un certain point, oui, on rêverait tous d'être cette étincelle de souffre, provisoire, magnifique, évanouie dans le noir avant qu'on ait senti sa chaleur, sans avoir jamais eu d'autre destin que celui de brûler plus vite et plus fort. Absurdité romancée de la décadence calculée.
Je ne veux pas finir comme Aznavour, romantique de son passé, regret de son présent et négation de son futur, mais je me réalise sporadiquement que je n'ai jamais su me développer sur les négatifs du moment présent.

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