vendredi 3 janvier 2014

Eclipse, Pink Floyd

Rebecca Cairns
Untitled, 2013


All that you touch 
All that you see
All that you taste 
All you feel. 
All that you love 
All that you hate 
All you distrust 
All you save. 
All that you give 
All that you deal 
All that you buy 
Beg, borrow or steal. 
………………………………………………………...Eclipse, Pink Floyd


La révolte des imparfaits


On évacue la fragilité humaine, l'irrémédiable cassure des âmes, la mort, enfin, tout ce qui pourrait menacer l'invulnérabilité prétendue qu'on se tatoue sur le corps pour oublier que le coeur flanche; toute finalité absurde sans remède devient une illusion subversive, un mensonge qu'il convient soit de s'éreinter à réparer, soit de nier, les yeux bandés, le cœur enrubanné du nirvana de l'invincible.
La croissance néolibérale, l'autorité thérapeutique (terme tirée du cour de Laurence McFalls à l'UdM, braves gens), la performance au travail, gratifiée par les augmentations au fil des ans, la santé mentale plane comme une mer d'huile, les 3 enfants habillés en Zara Kids, les 6 heures de gym par semaine, l'alimentation saine, le composte, les corps Victoria Secret et les relations qui durent, tous s'entrecroisent et se lient pour créer une toile d'or de laquelle l'Homme s'engonce, serrant le corset jusqu'à ce que son épiderme soit marquée des contours du moule qui ne lui convient plus a mesure que ses muscles s'affaissent et que ses os s'effritent.
Nous sommes des lépreux se badigeonnant d'or pour oublier leurs squelettes qui s'avalent de l'intérieur, car on a fermé notre âme a la beauté de toutes ces fins, prématurées, mûres ou périmées, depuis trop longtemps.

Je le grave sur ces quelques pixels aussi inutiles que la paix d'esprit que m'apporte cette mièvre proclamation: je suis l'imperfection, car je suis l'humanité. Je ne suis pas une sculpture grecque au corps de marbre parfaitement sculpté pour maintenir des millénaires durant la fermeté de muscles figés dans leurs victoires recensées. Je ne sais pas faire attention a ces organes qui me font rouler mon fardeau de Sisyphe depuis 20 hivers, je les malmène a droite et a gauche, me promettant de temps à autre que je progresse vers leur plus prompt rétablissement. Je n'ai même pas le mérite de toujours réfléchir avec justesse: ma cage thoracique résonne parfois trop intensément des battements affolés de mon cœur pour que je ne lui donne pas raison, rien que pour faire cesser le boucan de ces symphonies d'émotions incontrôlables. Je suis souvent cinglée, des cloportes plein le crâne, folle d'aimer et d'haïr a 10 de l'échelle de Richter des inconnus aux corps scarifiés, ivre de mon inconscience et des taillades barrant mes bonheurs potentiels, grisée de mon autodestruction plus ou moins aléatoire et de mes bonheurs récoltés dans des champs labourés alors qu'ils devraient être en jachère.

Et cela me va.
J'existe.
Et même si je n'existais pas, cela m'irait aussi.
Je ne suis plus capable d'écrire tellement mes mains tremblent et mes neurones s'illuminent comme un sapin de Noël.
J'ai l'impression d'être le messie d'un Dieu qui n'a de visage autre que tous ceux tournés vers le ciel pour le chercher de leurs rétines brûlées de la lumière de leurs propres consciences fêlées.

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