dimanche 21 décembre 2014

All this searching for something; reinventing the wheel...



Ton corps, autrefois champ de mines pour ma tête ébouillantée qui ne savait quand elle allait poser l'orteil sur la gâchette de son envie, est aujourd'hui un terrain de jeu dont les courbes glissantes me sont bien connues et dont les plaisirs de la descente sont attendus par les sismographes patients de mon systèmes nerveux, que je déguste avec toute l'impudicité de prunelles qui aiment, avec toute la luxure d'empreintes digitales épris de l'âme plutôt que des cavités.
Il y a quelque chose de trivial et de magique dans ce désir latent, en l'attente de son créneau pour t'aimer, comme je regarde tes muscles s'activer, se tendre et se rompre dans les gestes banaux et mécaniques du curage de l'antre de notre cuiller à espresso.
C'est le matin, il est onze heures, nous avons déjà fais l'amour et je te veux encore, d'une note ténue et sans besoin de consommation. Le simple fait de te vouloir, de te trouver aussi beau et délectable, est en soit une satisfaction, plus psychique que physique, mais néanmoins ressentie dans mon enveloppe charnelle. 

jeudi 18 décembre 2014

Nafi, Djeli


Signal, JOHN STANMEYER

Qui pourrait nier que le monde est beau après avoir vu un ainé sourire,
Qui pourrait nier que le monde est laid après avoir vu un enfant pleurer?
On a peur de perdre le Nord, de perdre la vie, encore plus de vieillir,
On oublie que souvent, le vrai miracle, c'est simplement d'être né.

Petites pensées kitsch après une virée sur le site du World Press Photo.


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J’ai encore de la difficulté à croire que nous avons réellement déambulés dans ce rêve indompté de landes rêches, que le négatif de nos consciences a véritablement été imprimé de ces images qu’on ne croit même plus exister, dans notre bout de sphère bleutée… L’immense plaine où nous nous étions arrêtés et où des girafes déambulaient, tranquillement, sous les rayons obliques d’un soleil bientôt crépusculaire aux teintes non pas de lavis d’aquarelle, mais aussi intenses que d’amples traits de pastel gras safran et incarnat… Trois individus se baignant dans une rivière, leurs visages ornés des larges lignes blanches d’un maquillage local, leurs magnifiques corps d’ébènes laqués de l’eau du mince filet sous le pont sur lequel la jeep avait filé… L’étoffe d’intenses teintes indigo et rouge de Ketende sur le fond relativement délavé de la terre sablonneuse aux touffes d’herbes sèches et aux squelettes tordus d’arbres perçant ça et là l’épiderme déshydratée du sol masaï, comme il nous expliquait la stratégie du peuple guerrier pour savoir si un lion les suivait…
Ce fut une magnifique parenthèse onirique, inconcevable pour ceux qui ne l’ont pas expérimentés (et peut-être tout aussi étrangement invraisemblable pour ceux qui y étaient), une redécouverte de ce que signifie le terme « beauté », si je l’ai déjà su, un apprentissage de la contemplation de la splendeur sans artifice. Un rêve duquel je ne suis pas encore totalement sortie, et duquel je ne crois pas un jour parvenir à m’extirper complètement – je ne le désire pas, non plus. Tout ça parce qu’un soir de semaine bien banal, assises chacune en face de notre ordinateur, tu m’as demandé : « Est-ce que tu voudrais partir en safari avec moi? » Et que j’ai dis : « Oui, je crois que j’aimerais ça. »
Merci, pour ça, aussi. Et pour tout le reste.

Extrait du cadeau de Noël de ma maman

lundi 15 décembre 2014

My heart is not here


«Je voulais être mythologie de par la grandeur de ma chute; je n'aurai été que conte pour la sagesse de ma banalité.»

samedi 13 décembre 2014

Why can't you let me go, what did I ever do to you?

Je ne connais malheureusement pas la source de l'image.


Réflexion sur une sexualité au féminin, au féminisme




Je me souviens m'être déjà empêché de faire l'amour parce que je ne m'étais pas épilé les jambes; je me souviens aussi avoir repoussé un concubin voulant m'offrir quelques bouquets de plaisir de terminaisons nerveuses car je craignais qu'il n'apprécie pas ma morphologie individuelle, avoir souhaité faire une pipe parce que je ne voulais pas coucher avec quelqu'un qui me désirait à ce moment précis, m'être déshabillée dans le noir car je me trouvais laide. J'ai quelques mémoires ainsi éparpillées dans mon crâne, soupirs des derniers relents d'une phobie de mon absence de concordance avec les standards de ce que l'Homme, fétiche de l'opinion, aurait trouvé désirable.
C'est étrange: parfois, ces souvenirs viennent errer devant le fil d'observation de ma pellicule intérieure, puis repartent, et je les regarde voguer sur la surface houleuse ou calme de mes pensées comme on détaillerait tranquillement une bouée se soulever puis s'apaiser sous les remous variables d'une marée charitable. Parfois ils me dérangent, ils sont insistants et effrayants, mais la plupart du temps, ils ne font que stimuler, de par leurs couleurs, des réflexions sur leur signification dans ma vie aujourd'hui, et sur ce qu'ils disent du rapport d'un individu humain, par hasard né de sexe féminin, avec les appréhensions sociales mises dans la tête de ceux avec qui elle partagera son corps.
À l'époque, je ne crois pas que j'avais considéré ces inquiétudes comme particulièrement anormales, ni infondées. Je sais que beaucoup les ont également apprivoisés, et qu'une certaine période d'acclimatation avec son corps et son rapport à celui-ci est de mise pour la majorité des humains: on appelle ça le changement ("calmes-toi, big, avec tes propos féministes, là!"). Rien de nouveau là-dedans, bien que la mise sur un piédestal du corps au dépens de l'âme dans notre société occidentale exacerbe probablement davantage cette peur de l'irrégularité de sa personne avec le modèle mis de l'avant.
Cependant, il y a certaines choses que je refuse aujourd'hui de reconnaitre comme normales.
On a piétiné mon consentement à quelques reprises au cours de ma vie, certaines plus manifestes que d'autres, une pratiquement vulgaire tellement elle ne pouvait être niée. J'ai rarement obtenu des excuses pour ces accrocs, et je n'en ai jamais demandé non plus. C'est peut-être là le coeur du problème: je n'en ai jamais demandé non plus. Je ne me suis jamais attendue à ce que l'on m'en doive. Un peu comme si je reconnaissais non pas le droit de mon partenaire à ignorer des signes concrets, manifestes ou subtiles de mon approbation, mais que je prenais une part de responsabilité dans le déroulement de la situation qui avait mené à cette dissonance entre nos deux envies. Je l'ai même déjà affirmé en ces mots lors d'une discussion pour tenter de mettre au clair ce qui s'était produit; j'avais dit ne pas lui en vouloir, car j'avais ma part de tords dans ce processus, et que si cet acte n'était pas excusable, il s'expliquait. Je ne sais même pas si je révoque cette affirmation aujourd'hui, car au final, bien que je défende un discours généralement admis dans la sphère féministe comme quoi outrepasser la notion de consentement explicite ne peut se cacher derrière aucune excuse, j'ai encore le sentiment diffus, timide, ronflant au creux de ma poitrine, que j'aurais pu prévenir le tout en agissant différemment. Je n'aurais pas dû avoir à le faire, mais j'aurais pu.
Cela crée une étrange dynamique dans la trame de relations sexuelles adultes, tant de pression pour une performance de laquelle nous nous sentons dépendants et responsables, alors que le désir pour l'initier (décliné de multiples façons) vient si naturellement chez la majorité des humains... Je crois avoir eu de la difficulté, non pas de façon aiguë, douloureuse, mais plutôt d'une manière floue et confuse, à me positionner par rapport au désir sexuel à travers ma - courte - vie, indécise sur ce que j'aimais et ce que je devrais aimer, subordonnée à la vision que l'Autre aurait de mon plaisir et surtout, soumettant celui-ci à l'appréciation postum de celui avec qui j'avais partagé le moment, fermant ma pensée à une expérimentation instantanée, me coupant de ma propre analyse physique et émotionnelle de ce qu'elle avait représentée.
Mais au final, je crois devoir me rendre à une évidence: j'adore le sexe. Je ne le nierai pas, j'adore le sexe! Mais le sexe dans sa dimension d'un partage d'expérience passant par les sens, dans son exploration d'une intimité amoureuse ou tout simplement humaine, qui utilise la chair comme canevas d'une oeuvre de don naturel du tout que l'on forme momentanément quand les corps s'emboitent. Le sexe dans une intimité respectueuse des différences et ouverte à la découverte de terrains inexplorés et d'apprentissages communs. Dans sa conception philosophique vécue, dans son allégorie sensorielle lorsque je découvre le rapport qu'un concubin a avec le concept, qui peut différer de ma propre vision, mais qui, lorsqu'elle accepte cette dissonance, crée un imbroglio fascinant à démêler et à concorder.
Toutefois, le sexe-objet, le sexe-entreprise, le sexe-outil de contrition sociale, formateur de complexes et créateur de jouets pour enfants où les formes qui ne sont pas carré-rond-triangle se brisent à tenter de passer dans l'embouchure exiguë de la pression esthétique, lui, je l'abhorre; il me répugne, car il dénude l'acte de toute sa dimension d'unicité de l'individu. Par le fait même, j'ai l'impression que l'idée de la sexualité, telle qu'elle est véhiculée sur les plateformes médiatisées de notre société, met un frein indélébile et tabou sur les préférences particulières de chaque. Que si l'on n'apprécie pas un acte socialement considéré comme désirable et plaisant, souvent induit dans les consciences par la répétition d'une pornographie léchée et abusive, on ne ressent pas la légitimité de remettre cette pratique en question sans chambouler l'exercice en production. On devient nous-mêmes les acteurs d'une pièce sociale à saveur insipide. On sent le juge jusque dans nos draps, modelant nos corps et falsifiant nos terminaisons nerveuses. On tente dans l'apport d'une relation dénudée de son secret de répéter des lignes qui n'appartiennent pas nécessairement à notre personnage. On essaie tous d'être la même marionnette, et dans cette perception homogénéisée du plaisir, on barbouille ce qui a motivé le choix du partenaire. Or, c'est aussi par l'unicité reconnue que passe la compréhension du consentement de l'autre; il faut saisir les subtilités du plaisir singulier d'un être particulier si l'on veut comprendre et être en mesure de cerner la différence de ses limites, l'absence d'universalité de ce qui stimule et ce qui est permis, l'écoute et le respect de son véto par rapport à son corps.
Je n'ai qu'effleuré cette autre réalité que je vous vante en ces phrases grandiloquentes, et j'en suis bien consciente; je suis encore extrêmement endoctrinée par ce que je me suis fais répété d'être et de faire depuis ma petite jeunesse (enfants de l'internet et des vidéoclips vulgaires de stars prépubères en strings que nous sommes), encore très préoccupée de ce que l'on pourrait penser de mon corps malgré ma volonté d'affranchissement de ces chaines invisibles. Mais je tenais au moins à le dire, quitte à être paradoxale, quitte à sembler double-jeu: on devrait être libres d'expérimenter ce que l'on aime et ce que l'on désire être, même à travers un tabou, muet et maquillé sous les projecteurs halogènes du monde-monnaie.

mardi 9 décembre 2014

"Hey, hey! Put the knife down! Put the knife down!"

L'Église de Plexiglas
Notes poétiques redécouvertes, écrites lors de mon voyage en France de cet été. À retravailler, peut-être.


Il y a sur ce monde une église de Plexiglas
Au-dessus de nos têtes chauves de foi, divine farce
Pèlerins aux loques non brodées des supplices
Enfilées en cuillers de gavages d'auspices

Elle rayonne de tout son vide et scande ses messes orgiaques
Dans les colimaçons mentaux, nymphomanes fidèles extatiques
Au-dessus de nos têtes chauves de foi, elle chante ses cantiques
Salive avide d'esthétique vierge sur lèvres mouillées de leur laque

Elle hurle une parole sourde des tourments
De ceux qui l'écoutent à genoux
Les ongles arrachés dans la boue
Sans encore espérer juste châtiment

Elle plante des ses pieux la censure de vos corps
À force de pages gercées des Bibles imaginaires
Que pourtant à genoux vous adulez encore
Durant cette brève messe intérimaire

Elle crie, elle gifle, elle griffe et elle crame
En votre chaire déchiquetée, ses émules inventées
Épitaphes sans bouquets portés comme un fardeau
Sur vos corps freluquets lestés vers les caveaux
Éraflés par le ciel lourd de ces tourments
Qui ne vous appartiennent hélas pas vraiment

Grand corps de putain engoncé dans son culte
Grande épiderme ferme enfoncée dans son rite
Elle se meut sans attelle en se pleurant infirme
Et sèche ses larmes de sel quand se meurt le jour
Aux confins de son verre, circonférence pourpre
Où se noie l'âme amer des prêtres de son joug

Jésus de Montréal, à quoi bon tous ces clous
Épines d'héroïne, croix de verre concassé
Si ton nom ne perdure que sous les néons troubles
De tes apôtres saouls
De ta parole sourde?

Elle s'est érigée cathédrale enfouissant Dieu
Dans la crasse et et la merde qui emplissaient les cieux
Si bien que de son culte subsiste uniquement
- Mentons inclinés, paupières translucides -
Le monument sinistre de sa stérile beauté.

Woodcarver, A Tribe Called Red

Protesters rise totem in honour of Woodcarver John T. Williams.
Look up the case on google.

Je suis mangée par la haine inter-culturelle, injustifiée, indécente, douloureuse. J'ai envie de partir vivre dans la forêt et de m'enchainer à des arbres devant les scies de Louisiana, quitte à me faire poivrer directement dans les yeux; ou, au contraire, de prendre le chemin du droit pour aller balancer des taloches à tous ceux qui osent voler la terre des seuls qui la respectent encore.
Ça, et la scène horrible de Janvier dernier qui, ces derniers temps, revient en cauchemars et en moments d'obsession où je m'imagine lui balancer des coups de botte à cap d'acier en plein dans le nez.
Cimonaque, j'ai l'impression de mourir tellement il y a de la violence interne qui tord mes entrailles.

lundi 8 décembre 2014

Cat Piano


Soudainement, tout était trop petit pour être vécu.
L'Humain continuait d'être grand et lui, humain.

Und gestern war die ganze Stadt voll Papier mit Zetteln die mir sagten "wer nicht kämpft verliert"

Image: Rezet store cookbook




- - - La vie n'a pas à être compliquée. Nous pouvons exister sans entraves, sans désaccords, sans fausser, sans feindre. En étant, tout simplement, et en attendant que la félicité ne s'éclipse pour aller en quérir une autre sur laquelle poser nos yeux et nos doigts; des feux follets amoureux qui ne mènent pas à la folie d'autrefois, ni aux ronces des bois ombragés de l'incertitude réciproque, non, des lucioles aux errances incertaines mais dont la danse, avérée magnifique lorsque détaillée par nos prunelles à jamais enfantines, est chérie le temps de ces soupirs par nos tendres caresses oculaires. On peut tomber amoureux comme tombe une feuille d'Octobre, lentement, doucement, un manteau d'émotions aux chapes de couleurs chaudes soulevées par un air frais de changement de saison. On peut sentir nos sentiments geler tranquillement, sans drame, seulement un petit peu d'errances drabes le temps de s'en rendre compte, mais on peut aussi prendre leurs squelettes de givre translucide entre nos empreintes digitales tièdes et sentir la robe douce de cette peau d'antan, y revoir sa couleur avec autant de fougue et d'intensité, revivre l'émoi de parcourir du bout du corps ses rainures oubliées. On peut être en paix avec la valse aux pas indéterminés des paires formées, puis séparées par de nouvelles étreintes, on peut l'accepter et l'expérimenter, on peut exister sans se prendre la tête et sans prendre le bord, ressentir les différentes teintes de la même couleur et s'aventurer dans les émotions qui doivent être vécues par notre biome mental et de chair, sans remord et sans rancune. On peut même se péter la gueule, si on en a envie, afin de connaitre la saveur exquise du sang d'une lèvre éraflée lorsque sa balafre a été causée par l'audace du ressentir. On a le droit d'exister comme on le désir, de s'atteler ou non à des êtres merveilleux ou repoussants, on a le droit de pleurer pour pleurer et de mourir un petit peu quand on dit au revoir, d'être reconnaissant pour chaque bouffée d'air ou d'en vouloir à notre mère de nous avoir mis au monde. La vie n'a pas à être compliquée.
Je t'aime bien, tu sais; j'accepte les aléas hasardeux de la vie, je t'aime bien, et j'espère apprendre à partager encore davantage, amarrée à tes flancs le temps de cette marée basse, et peut-être plus tard dans la houle de nos contradictions encore jamais cartographiées.

Neue Farbe, neues Liebt


Fantasme, allusion à "mon amant";
En avouant l'avoir,
elle ne pourrait
se remémorer la scène
Fort. Mon amant italien-
Pouvoir prononcer ces horizons routiniers.

- Poème créé en découpant un carré dans un livre.

samedi 6 décembre 2014

Ô Canada

Photo: Ryan Remiorz

[...]
Mon peuple crie, le coeur en berne, entrailles sauvages déversées sur les pavés bitumés d'une 715 qui charrie dans ses conteneurs mobiles les viscères de notre terre mère, du Nord au Sud, de l'Ouest en Est, autoroutes de massacres où se perdent le sens de notre beau pays comme se vide la panse de notre sol meurtri. Une poignée de beaux sous asiatiques qui miroitent au sommet des astres possédants alors que sous l'épicentre, les mains cendrées et les doigts frigorifiés, le viol se perpétue, constante historique de notre espoir aveugle en cette unité concentrique, un El Dorado espéré depuis 67 qui ne s'est concrétisé qu'en l'éclatement et la négation de notre idéal commun amblyope. 
[...]
Le français n'existe plus dans les prairies pétrolifères souillées, ni sur les collines d'un Parlement sous les balles de ses fils d'espoir, amputés, et ça ne te dérange même pas, Canada; peuples fondateurs en exil sur leur propre lieu de naissance, jus sanguini dans tes textes calligraphiés de bonnes intentions mais contaminés de l'irrespect pour les quémandes naturelles sortant de bouches mutilées, par des siècles de silence barricadés; spectre du sang des sexes autochtones contre la panse grivoise d'une Église qui a humilié la liberté de pensée, barbouillé les corps des enfants volés de leurs foyers culturels certes pauvres et froids, mais habités... Aujourd'hui la chapelle est en ruine et quelques prêtres en prisons, mais les machines continuent de profaner les épidermes de notre peuple à genoux devant leurs crucifix de fer sans merci, oreilles et bouches arrachées par les bras mécaniques de Louisiana et yeux aveuglés par le poivre de manifestations aux répressions bruyantes et inconséquentes. Bon débarras, Cacouna; on charcutera une autre espèce, une autre fois.
Ô, Canada (démembré), terre de nos aïeux (mutilés), me donneras-tu le droit, dans les décombres de mon identité d'autrefois, d'hurler ma désolation de ce visage national que je ne saurais à présent  tenter de reconstituer?
Ni l'épée, ni la croix, n'a su, en mon coeur, protéger mon foyer et mes droits.

mardi 2 décembre 2014

Only time

Untitled (2012) by Kirsten Pieroth. 21 jars containing liquids from boiled books.
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Je désaoule. Lentement. Je soupe avec mon papa.
J'aime quand même mon copain.
"Et je vais rester Galadriel."
(oui bitches, les références au Seigneur des Anneaux ne lâcheront jamais cette page web.)

And all I ask of her is pray for me



------Martin Creed, Work No. 503, 2006


Every morning I sit at the kitchen table over a tall glass of water swallowing pills.
(So my hands won’t shake.) (So my heart won’t race.) (So my face won’t thaw.)
(So my blood won’t mold.) (So the voices won’t scream.) (So I don’t reach for
knives.) (So I keep out of the oven.) (So I eat every morsel.) (So the wine goes
bitter.) (So I remember the laundry.) (So I remember to call.) (So I remember the
name of each pill.) (So I remember the name of each sickness.) (So I keep my
hands inside my hands.) (So the city won’t rattle.) (So I don’t weep on the bus.) (So
I don’t wander the guardrail.) (So the flashbacks go quiet.) (So the insomnia
sleeps.) (So I don’t jump at car horns.) (So I don’t jump at cat-calls.) (So I don’t
jump a bridge.) (So I don’t twitch.) (So I don’t riot.) (So I don’t slit a strange man’s
throat.)

- GOOD GIRL, by Jeanann Verlee

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Je t'ai aimé, enfant cassé, amour blessé, chanson fêlée. Tes maux ne veulent plus rien dire, là est le drame: je suis de glace devant la chaleur de tes pathétiques ardeurs garochées aux visages vides défilant dans le ventre creux de la toile virtuelle. Tu te donnes à qui te veux bien, pour oublier que tu t'expédierais bien volontiers tout entier, sans laisser d'étiquette de provenance, Made in Quebec, manufactured in Switzerland, et ça ne me fait strictement rien lorsqu'on me l'apprend, cet ami qui t'aimait comme un frère te bavant dessus de dégout pour la loque que tu ne traines pas plus loin que les murs de ta demeure aux courants d'airs cervicaux, te crachant à reculons une hargne que tu ne comprends plus, que tu n'as même plus les colimaçons au fond des cavités auditives pour percevoir. Tu es étendu sur ton lit à flâner sur ton gadget invisible et inexistant, à converser en strophes obscènes avec des inconnues qui ne te rendront jamais les indécences que tu quêtes pour oublier la peine d'une ombre de souvenir que tu ne chéris même plus, des fantômes de boules et de sexes humides qui ne te recolleront, le temps de quelques heures et avec une poix de qualité aussi discutable que tes valeurs, qu'en échanges d'une poésie de billets verts. Puis tu seras seul de nouveau.
Tu feras de la musique, des courts-métrages sur vidéocassettes, saouls dans un sous-sol sombre, des photographies un brin victoriennes de tes conquêtes nues sans jamais que ne pointe sur tes clichés l'ombre de ton corps abhorré... Et pourquoi? Parce que tu en es rendu là. Tu seras aussi minable que tu l'as toujours été, ou alors tu t'en sortiras plus ou moins, ou encore tu deviendras quelqu'un de vraiment bien - les bons garçons comme toi finissent par être heureux, comme je l'ai déjà dis au temps où je ne savais pas que tu étais un être intrinsèquement neutre, mais disséqué par une existence qu'il refuse de personnifier -, mais je m'en foutrai toujours identiquement. Je, m'en, foutrai, toujours, iden, tiquement.
Je me fous de toi: quelle douleur de me l'admettre, cette phrase toute crue qui erre depuis deux ans entre nos deux corps en valse inutile dans une salle pleine de partenaires potentiels connaissant bien mieux les pas de ce concerto et nos chamades respectives. Je me fous de toi. Je n'ai aimé que les barbeaux troubles des mémoires que j'ai maculé dans les corridors dédaléens de mes errances psychiques, en longues traines de pinceaux de suie, à longs traits de pistolets d'ennui. Jamais la triste vérité de ta sincérité banale. J'ai aimé ton mythe, jamais ton moi. Je t'aurais moi-même mutilé Minotaure si cela avait pu donner à cette ridicule histoire incroyablement insignifiante le romantisme des fins perdues, je t'aurais charcuté à ma guise si tu avais pu répondre à mes caprices de petit cataclysme étriqué, un automate acceptant que sa Lolita, canaille en guenilles et au feu de foyer l'attendant au manoir pour réchauffer ses plantes de pieds déchirées par son propre désordre, fasse germer un jardin de lierres dans sa poitrine de fer afin de feindre qu'il puisse voir fleurir des émotions coupantes dans sa cage thoracique. Tu en serais crevé, que je n'aurais été que plus satisfaite de pouvoir te pleurer - je t'ai tant de fois imaginé mort de tes outrances, si tu savais, me maquillant ces chimères comme des craintes face à tes intempéries, alors que je souhaitais probablement réellement  choisir une tenue de velours noir jusqu'à mes chevilles autrefois maigres, maintenant minces mais pas assez pour ne pas savoir que je suis devenue femme, j'aurais certainement donné beaucoup pour m'offrir en spectacle, me pencher devant la bière, verser quelques gouttes de crystal de mes yeux sur ton complet payé trop cher par tes indignes parents, glisser une lettre dans ta main, me sentir mourir, me sentir m'haïr, me sentir, me sentir, me sentir, diantre! Oui, saches-le, et tortures-t'en: j'aurais profané jusqu'au dernier viscère de ta carcasse d'autrefois, aurais inondé d'arsenic la plus intime essence du nectar de ton âme, pour une infime miette supplémentaire de l'intensité de ma propre vie. À cela, tu avais raison de m'aimer en minuscule reine falote gouvernant de son trône de déchets les envies de ceux qui lui tendaient la joue.
On tombe amoureux de contes, plus ou moins Wilhelm Grimm ou Walt Disney selon l'âge et le degré de sucrerie enrobant les neurones, mais toujours d'histoires, jamais de transparents protagonistes chez qui on lit une fin du monde définitive ou une joie apocalyptique. On tombe amoureux du folklore de sa propre vie, des légendes de ce que l'on souhaite se croire être devenu, on tombe amoureux non pas de l'amour, mais de ce que l'amour aurait changé dans nos vies, du mensonge qui nous permet de continuer à espérer à notre rétablissement prochain, à notre progression certaine hors des cercles concentriques de la folie ou de l'ennui. On tombe amoureux du rien, déguisé en absolu.
Rien n'est important et je m'en saoule, en ce mardi soir, 19:50, un immense verre d'eau citronnée et de téquila veillant à mes côtés comme le léopard que je n'ai jamais pu caresser du temps de mon règne chimérique sur les landes labourées de tes espoirs. Hélas l'hiver t'as exilé de mon royaume! Bon débarras, j'oppresserai le gel de mes cornées plutôt que les centres tièdes de nos étés fanés.
"Reviens-en, cimonaque!" crie une voix raboteuse du fond de la taverne, comme je marmonne ces syllabes éhontées à la foule qui ne m'écoute pas, absorbée comme elle l'est à ses propres perditions. Allez-vous faire foutre.
Je pourrais me monter en bateau et me dire que tu as réellement gâché quelques éléments de mon existence, assez pour que je chiale mes pensées pixelisées à des illuminés de la douleur qui ne les lisent pas: après tout, je fais des cauchemars où tu me susurres des obscénités à l'oreille tandis que je pleure, où tu insères des doigts barbares dans tous les orifices de mon corps, convaincu que mes gémissements de crainte et de douleur sont des manifestations maladroites d'un plaisir pur et angélique, celui d'une gamine aux yeux étoilés de substances illicites en robe blanche à dentelle, celui de la Lolita de qui tu as possiblement abusé une première fois amnésique, cette nuit dans la forêt où je me suis réveillée nue entre les draps, les carcasses des pins et des boulots, avec l'ulcération mentale de l'alcool dans la mémoire de mes jeunes âges, sans négatif, sans film à développer avec le temps, sans preuve autre que les paroles des autres. Autodafé de ma reconnaissance de mes errances. J'ai été brûlée avec tous les livres en un mois de juillet où il faisait frais.
Je suis grossière, bestiale, repoussante, direz-vous? Je suis folle, et si vous me voyiez sur la rue, vous ne le sauriez pas. Je suis folle quand on m'en donne le droit, je suis folle lorsqu'on admire mes circonférences sans circulation, mes décapements loin des astres stellaires du modèle social souhaitable, je suis cinglée lorsque je ne risque pas de perdre le regard d'autrui. Je suis Folle, la catin de Nelly Arcand qui sacrifierait son âme si le connard qu'elle idolâtre voulait bien lui accorder une fessée et quelques coups de langue. Je suis folle, car je ne le suis que quand on m'en donne la permission, et j'ai honte de mes bassesses mentales, du fait que je quête la licence sociale comme une poignée de sous pour m'injecter profondément dans les artères mes élucubrations aux mèches brûlées, corde dans la cire qui ne flambe plus, amoureuse d'un garçon parfait qui m'aime assez pour ne pas me faire mal, sans être capable d'apprécier en continu ce cadeau des dieux qui n'avait pas de nom sur l'étiquette - n'importe qui aurait pu l'avoir, mais le paquet est tombé dans mes bras à moi. Eh merde.
J'ai peur de l'université, j'ai peur de toi. J'ai peur d'aimer, oui, encore un peu, mais surtout, de ne rien ressentir. D'avoir noyé mes émotions dans un bassin de bonne foi et de multiples "c'est pour le mieux", comme une mère qui plonge les poumons de chatons miaulant de douleur dans un lac vaseux, afin que sa fille qui les chérit ne se rende pas compte qu'ils ont le dos bosselé truffé de tumeurs qui les fera exploser en putrides servitudes d'ici la fin du cycle des saisons, juste parce que sa benjamine pourrait avoir mal de les avoir caressé. J'ai peur d'être morte et de ne plus rien voir s'allumer dans ma tête ou dans mon coeur pour les prochains soixante ans qui m'attendent. Que le défibrillateur soit l'annonce prochaine de ma date d'expiration, et qu'il soit trop tard pour pleurer, ou rire, ou ressentir.
Ah, et apparemment, je suis paranoïaque et intelligente; je crois me péter la gueule quand je bas à plate couture des individus supposément beaucoup plus malins que moi, je me ronge les jointures jusqu'au sang en rédigeant des dissertations qui me valent des A+, je me grise des modèles académiques déficients qui louangent des imbéciles de mon calibre, et ça me fait du bien, en même temps de me faire me détester un peu plus, une lame contre la gorge, mais un bulletin impeccable en mains.
Je ne sais pas si je suis une génie ou une ordure. Probablement aucun de ces superlatifs; de là mon envie de me déchirer à coup de canifs, uniquement pour la beauté de la toile que créerait ma peau lacérée et tachée de vice, accrochée au-dessus du canapé de cuir d'un milliardaire asiatique se faisant sucer par sa pute de service, quelques pieds sous l'étalage grandiloquent de mon appétence pour la vénération.

lundi 1 décembre 2014

I'll tell you my sins and you can sharpen your knife



Take me to church
I'll worship like a dog at the shrine of your lies
I'll tell you my sins and you can sharpen your knife
Offer me that deathless death
Good God, let me give you my life

-Hozier, Take Me To Church
Le sacrifice en vertu de quelque chose de plus grand, que ce soit l'Amour ou l'Église, qui ne rend pas cette adoration.
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It's no longer just teenagers and students who seem to be running away from real life, it's people in their wen ties and thirties, too. People who should really know better, but don't seem to know how to do much else. Fully grown, semi-functioning adults who are unwilling to surrender those endless nights spent staring at their own harrowed reflections in club toilet cisterns, and can't find much reason to give them up, either. People like me.
This is my generation, the generation with no real incentive to grow up. No kids to feel guilty about, just jobs that let them scrape the money they need to feed,  house and wash themselves."
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"L'enfant criait. Hurlait. Braillait. Lui, pleurait aussi. Il ne savait plus ce qu'il faisait, mais il le faisait tout de même, désespérément, aveuglé par cette soif rêche de maquiller la force en tendresse, de sentir un corps collé au sien sans risquer d’en mourir. Encrier. La mort. L'enfant avait arrêté de crier. Lui pleurait encore. Douceur infectée. Corps nus et tachés de vice. Encrier. Le lit ensanglanté. L'enfant se rhabillait avec peine, honteuse, souillée. Il pleurait. Il essayait d'articuler des excuses, mais elle ne comprenait pas sa langue. Elle était partie. Encrier. Il n'était plus dans la bâtisse. Les rues de la ville, sales, peuplées de monstres étrangers qui le dévisageaient. Sang et sperme sur son uniforme. La morsure de l’alcool dans sa gorge, son débalancement, hurlant sa douleur, comme il basculait sur le sol collant d’une pluie polluée. Vomissant contre une gouttière. Injuriant un badaud sans chez-soi. Coups de botte dans le ventre. La bouteille vide cassée sur les pavés. Ses doigts ensanglantés, coupés par les éclats. Le lit. Tellement de sang, tellement de sang… La mort. Encrier.

Il était de nouveau étendu dans la terre mouillée et froide. Il ne pleurait plus. Il se sentait mort, les yeux ouverts, l'espoir en berne. C’était l’aube. Il n’aimait plus. Il se sentait mort, il se sentait monstre. Il ne pleurait plus."

Mars; texte non achevé sur le viol d'une enfant pour se sentir humain



samedi 22 novembre 2014

SOHN


Dehyun Kim, Let you flow



Note retrouvée dans mon coffre à crayon:

"Je me souviens de comment je t'ai connu; peut-être cette vision est-elle un peu erronée, déformée par mes élucubrations présentes et tout ce que je considère aujourd'hui de pathétiquement fatidique dans cette bénigne rencontre au coin d'une table et autour d'un joint, comme on regarde un visage autrefois amoureux du fond d'un anneau bosselé, les traits scarifiés d'incohérence, le minois étiré d'indécences.
- gribouillages inintelligibles -
Ce n'est pas bien grave.
Tu crois que je suis une artiste; ou peut-être disais-tu cela pour me rapprocher de la toile habilement manigancée de tes draps. peut-être ne me prêtes tu absolument rien. Peut-être n'es-tu qu'un petit connard de merde qui n'en a absolument, absolument rien à foutre de la fascination que je lui prête. J'en sais crissement rien. Merde. J'emmerde l'univers.

dimanche 2 novembre 2014

I don't ever want to feel

« L’homme en tant qu’homme n’est qu’une éventualité, c’est-à-dire moins, même, qu’une espérance. »
Lucien Malson, au sujet de Victor de l'Aveyron
Nouvelle citation favorite

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UNE FIN COMME UNE AUTRE - GASTON MIRON
(ou une mort en poésie)


Si tu savais comme je lutte de tout mon souffle
contre la malédiction de bâtiments qui craquent
telles ces forces de naufrage qui me hantent
tel ce goût de l'être à se défaire que je crache
et quoi dire que j'endure dans toute ma charpente

ces années vides de la chaleur d'un autre corps
je ne pourrai pas toujours, l'air que je respire
est trop rare sans toi, un jour je ne pourrai plus

ce jour sera la mort d'un homme de courage inutile
venue avec un froid dur de cristaux dans ses membres
mon amour, est-ce moi plus loin que toute la neige
enlisé dans la faim, givré, yeux ouverts et brûlés