dimanche 22 décembre 2013

Tito Maréchal

^ Tito Maréchal, c'est le majestueux homme haïtien, habillé de boubous d'orange et d'or, qui remplit les enclaves de briques creuses des métros montréalais du rythme exotique oublié de sa terre d'origine, une mélodie mélancolique de son peuple éprouvé et néanmoins amoureux de la vie. Achetez son album si vous le pouvez, je vous en supplie, il est magnifique, et le sourire grand comme le monde qu'il vous rendra, sous les néons glauques reflétant sur la peau d'ébène de ses joues tendues un monde sous le soleil des plantations, vaut tout l'or d'un étudiant paumé, en mon humble coeur brisé.


Dans Destruction massive: géopolitique de la faim, Jean Ziegler écrit:
"Les archives révèlent que dans un des camps pratiquant la destruction par la faim, plusieurs milliers de prisonniers de guerre ukrainiens, russes, lituaniens et polonais signèrent une pétition, qu'ils remirent au commandant SS.
Ils demandaient à être fusillés."
Ça m'a brisé le coeur d'une manière si superbe, si magnifique... Je ne pourrais pas décrire à quel point  étaient lestés de beauté les pleurs que ce désespoir digne, tentant de racheter le titre d'Homme pour le dernier billet de train de ces entités vidées de toute cause pensante, m'ont extirpés.
Voilà. J'aime être détruite par la douleur d'autrui, car ça me rappelle à quel point la compassion est humaine, malgré l'égoïsme anthropophage, qui pille les bonheurs les plus essentiels de peuples entiers, malgré la cruauté animale, qui dévore la dignité de légions éternellement infantiles sans même y laisser les os craquants sous le soleil de midi d'une terre qui n'a pas été abreuvée des larmes de la providence depuis des générations d'agonie.
Peu importe ce que l'on ne pourra jamais vous dire: l'humain est beau, même les mains dans la fange et le coeur embourbé dans la glaise, même le corps criblé de coups, lacéré de barbelés et l'esprit tant ciselé qu'on ne saurait jamais le recoller. Même lorsqu'il n'est plus humain, la preuve de sa fragilité dans tant de cauchemar, le simple fait qu'on ne le reconnaisse pas dans ces morceaux fêlés de miroir bosselé, l'unique mémoire antagoniste d'un sourire ingénu dans ces plaies faciales pour toujours marquées d'un dégoût glacial, sont assez pour que sa vie vaille la peine d'être épargnée.
Il n'y a que mon amour du monde qui puisse me sauver de la haine de mon âme.
Faites pleuvoir contre mes joues les tonnerres de vos tourments, jamais je n'oublierai à quel point leur vacarme couvre le bruit de mes pas sur la glace craquant.

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