samedi 30 novembre 2013

Color me purple, fade me in grey, you'll never know what makes me this way








"La beauté de la jeunesse, ce n'est pas celle qui court en tout sens en ne vivant que pour elle-même, sourde, aveugle et muette, en croyant crier. C'est celle aux racines profondes, aux détours complexes, aux idées bien tissées, aux idéaux arrimés, comme la tienne. Ce qui est bien, c'est que celle-là, on peut la garder toute notre vie."
Lettre de ma soeur pour ma fête

J'en pleure tellement je trouve ça beau et encourageant.

mercredi 27 novembre 2013

Shostakovich, String Quartet No 8 in C minor, Op. 110


Senza Titolo, Claudio Parmiggiani


Ma vie est d'un ridicule à peine assumé.
1ère neige dehors. Il fait froid, je coiffe ma tignasse de tuque avec pompon de poils, je mets de grosses mitaines de cuir, j'enfile mon manteau long et j'ai quand même froid, alors je reste à l'intérieur.
Je me sens en vacances, sauf que j'ai 1000 pages de lectures à rattraper pour ne pas me trancher la gorge à coup de fil de fer d'ici deux semaines.
C'est ma fête dans quelques jours. Je ne sais pas qui je suis à 20 ans.
Ma phobie nuit à mon existence et à mon sommeil.
Je me sens virer folle, une fois de plus, une fois de moins.
Je crois que seul Shostakovich comprend mon crâne en ce moment. Dommage qu'il soit mort.
La terreur rouge.

samedi 16 novembre 2013

And with victory, the whole world would be ours; we will build nothing in it, nothing in it...


I knew a girl who came from VillaLuz
Had a house filled with
Religious regret and infinite debt,
Heaven's pressure
.
She's a light in the dark
She's out of the door
She's up in the sky, up in the domes
.
Alablaster lover,
You go and get gone
We make each other
You go and get gone
.
[…]
.
And with victory, the whole world would be ours
We will build nothing in it
Nothing in it

Foals, Alablaster



Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
Tocqueville, De la démocratie en Amérique




Je me grise de cette léthargie de ventres creux et de membres faibles, de frissons dans la moelle et de tête embrumée par le manque flagrant d'énergie; je n'ai pas avalé quelque chose depuis sept heure ce matin et je n'ai même pas envie d'en faire autrement. J'ai couru partout pour saturer mon corps de fatigue, et j'ai essayé de m'attabler devant cet écran impersonnel pour y rédiger mon futur. Mais que je termine une dissertation sur les déchets électriques et électroniques assassinant lentement les enfants ghanéens ou que je m'étende dans mes draps de bras trop froids pour Novembre ne changera rien à l'absurdité de ces deux opportunités.
Je fais peur à voir, probablement, enfouie dans les méandres d'une folie tant intériorisée que je ne parviens plus à l'articuler en mots, en phrases, en paragraphes, en roman... C'est une aliénation toute douce, toute subtile, des cellules cancéreuses dormant doucement dans le lit de notre normalité, le SIDA progressant lentement et insidieusement dans le corps d'un joli garçon dans la fleur de l'âge qui avait un peu trop bu un soir pour chercher dans son tiroir, toute douce, toute douce, que personne ne voit, peut-être parce qu'elle a déjà mangée la majorité d'entre nous…
Il ne s'est jamais ennuyé de moi. Je le sais, au fond, malgré quelques phrases lancées comme des gallets sur le canal Saint-Martin, pour voir si je les avalerais tout rond ou si ils feraient leurs petits sauts jusqu'à l'autre rive, sans que l'abîme de mes espoirs déçus ne tente de stopper leur course. À la surface, ça ne me fait absolument rien: c'est le temps qui file, c'est les coeurs qui s'usent, c'est les esprits qui ne se connaissent pas, qui croient deviner la silhouette de ce qu'ils espèrent dans les soupirs troubles de l'ombre d'une âme étrangère, rien de plus, ce n'est que cela, et ça ne me fait rien. Et quand j'y pense, au plus profond de moi, au coeur de l'enclave sombre et profonde de mon esprit, grotte à la marée ascendante où je me retrouve piégée faute d'avoir voulu aller y déchiffrer les fresques de mon passé émotionnel, ça ne me fait pas grand chose non plus. Je cries "Aimer!" à pleins poumons, je hurle "Révolu!" et je ne perçois que le faible écho des Autres, de l'autre côté de ces parois froides, de ce que je devrais techniquement ressentir, ce que ces marées d'âmes croient avoir dans la tête quand ils disent au revoir à un sourire éphémère qui n'a jamais été réciproque…
Mais non. Rien. Je me sens vide. Vide de tout. De sens, surtout…
Pourquoi pas se tirer une balle dans la tête alors, j'y pense à tous les jours mais je suis trop couillon pour le faire, comme a lancé mon professeur de politique sans que personne ne bronche, sauf moi qui a senti mes petites ventricules de rien du tout se flétrir d'un relent de compassion inespéré. C'est bien tout ce qu'il me reste, peut-être: une pitié partagée de cette condition humaine que je lis à travers l'Autre comme un miroir boursouflé selon les formes de leurs corps, mais qui me renvoie néanmoins mon reflet pathétique, maigrelet, affamé et perdu au milieu de tout ce bordel de lettres, de virgules et d'espaces. Vous y comprenez quelque chose, vous, à mon charabia? Même les consonnes filées avec les plus beaux cordages d'or aux voyelles les plus magiquement brodées aux mouchoirs de soie de mes pages pixelisées ne me semblent pas intelligibles.
Et devant cette absence chronique de signification, je n'ai même plus vraiment envie de me perdre dans mes moyens d'antan: je n'ai pas envie de me repaître dans les ventre goulus des bouteilles cent pour cent du temps, je ne veux pas empêtrer davantage encore mes synapses. Je veux voir le mal en face, hit me, I'm not afraid. J'aspire à un coup de poing du destin, si puissant qu'il m'en casserait les dents. Je ne pourrais plus déblatérer à perpétuité, bon débarras, Emma.
Certes, j'utilise encore mon joli fantôme aux bras de marbre blanc à qui mieux-mieux, je pousse les mêmes tirades étiolées au gré des mois d'adieux qu'il sait postiches, je me promet de ne plus me reposer dans ses embrassades alcoolisées, perdues à intervalles de quelques mois dans les nappes glacées de nos hivers mentaux, mais quelques semaines plus tard, voilà que je me reprend à l'embrasser, et l'encenser et l'aduler, pour quelques heures, pour oublier que je suis bien plus morte à l'intérieur qu'il ne l'est dans ma mémoire. Et au fond, il le sait bien, et il s'en fout autant que moi, je crois bien.
Ça non plus, ça ne me fait pas aussi mal que ça le devrait. Lui, il fume peut-être trop pour que ses neurones connectent assez rapidement pour lui dire que nous sommes deux atomes de molécules maintenant dissolues. Il faudrait d'abord pour cela que la matière existe, que nous ne soyons pas tous électrons libres sans attirance positive aux négatives.
Au fond, c'est bien cela le problème. Je ne suis pas folle: je suis jeune et humaine. Tombée du rideau.
Jeunesse spectrale se croisant, s'enchâssant les corps les uns dans les autres, casses-têtes de chair perlée de sueur, imbroglios fortuits de hasards, d'envie et d'ennui, mais s'esquivant quand vient le temps de  pleurer ou de rire pour quelque chose dépourvu de trivialité, jeunesse onirique et vaine se targuant de ses trophées éphémères qui s'échouera sur les berges de l'âge adulte, empêtrée dans un futur goudronneux, marée noire de vide existentiel qu'elle aurait pourtant pu prédire comme elle tentait d'excaver l'or d'ébène des profondeurs abyssales d'espérances creuses… Jeunesse, jeunesse, trois petits pas et puis s'en va.

mercredi 13 novembre 2013

Chopin


Je veux avoir un tout petit peu de temps, un tout petit peu de temps, pour finir les Noces Rouges, s'il-vous-plaît école, soyez gentille...


DIMITRI
Je voudrais que le poison de ma démence t’infecte comme la gangrène dans la plaie ouverte que sera la charcuterie de ton cœur,
Pleures sur mon corps mutilé et détruis-toi avec cette incompréhension des vrais douleurs qui a toujours caractérisé la niaise fillette que tu es. Le vrai monde est une aiguille de fer dans l’œsophage, un goût de plomb sous la langue, une lame de rasoir entre les cuisses.
Je veux être celui qui aura violé ta pureté, je veux fracasser ton innocence comme j’aurais voulu fracasser ton crâne contre un mur, que tu sentes le dépouillement de ton âme au profit du vide de ma présence. Une loi du Talion scellée par cette alliance à ton annulaire.
  
Jamais je ne parviendrais à oublier que je t’aime, que je t’aime, tellement que je te déteste.

mercredi 6 novembre 2013

Que voy hacer, je ne sais pas


Hier, j'étais très, très saoule.

J'ai écris dans tes lèvres le soupir de mes souvenirs effacés, vestiges d'un siècle de mémoires troublées plus ou moins rabibochées. J'aurais bien voulu y rédiger un roman de tout le beau que je voyais gercé dans tes reins aux songes hétéroclites, dommage que je n'ai pu y graver que quelques vers inachevés pour décrire l'immensité de ton âme éparpillée aux coins de ma pensée. Trop tard: le monde ne se souviendra que de nos échauffourées pèles-mêles sans queue ni tête. Je ne te décris pas avec toute l'exactitude de ta beauté décadente en déclin, mais je te chéris de tout le faible et flétris bout de coeur qu'il me reste, je te le promet, alors ne t'en fais pas, même si tu ne te souviens plus de mes yeux laqués comme le parquet de cette maison ancestrale où nous aurions été heureux. J'aurai au moins le souvenir de tes pleurs de cristal en l'échange de tes excuses de lierre me lacérant l'oubli. Ma tendresse pour toi, les vestiges d'un shrapnel dans la terre meuble de Vichy; ton amour trop subit, un blitz dans mon néant émotionnel appauvri.
J'aurais préféré ne pas comprendre que tu m'adorais par-delà le néant, pour ne pas souffrir de l'immensité de cette réalité de lumière nacrée maintenant trop tamisée... Plutôt le noir que l'espoir.


Je ne veux pas travailler.
Tu me manques.
Un peu. Beaucoup.
J'ai des débats sur l'érotisme contre la pornographie avec tout le monde qui veut bien me l'accorder.
Peut-être que j'aurais dû aller en sexo, mais pas trop.
Je ne suis pas capable de traiter des DEEE.
Je suis une petite conne sans queue ni tête.
Rouge framboise sur ma langue et pesticides dans mes songes.

samedi 2 novembre 2013

When love is gone, where does he go? And where do we go?



Il y a beaucoup de choses que je ne comprend pas, toujours, et parfois, vous voyez, je l'oublie, je me bande les yeux "et le reste, je me fiche pas mal de tout et j'en reviens, de Sisyphe et de ces conneries, du fait que je déteste mon patron, mais pas tant que ça, du stress, de la dentelle sur ma peau et des gouttes de sueur tissées dans les mailles.
Mais j'ai une crise tellement immense, je ne sais pas comment m'en échapper. Elle ne me colle pas dessus comme d'habitude, ne m'empêtre pas les membres dans un béton d'absurdité d'où je réussis finalement à m'extirper: j'ai l'impression de le respirer, le non-sens, que mes cellules ne sont faites que de la même unité d'illogisme et que soudain, mes pupilles percent cette réalité bête et inutile à savoir, comme si elle la regardait à travers un microscope.
Je pourrais foutre ma vie entière en l'air pour une partie de cache-cache à deux heures du matin, dans l'appartement insalubre d'un ancien fantôme. Et sur le coup, probablement que je m'en foutrais. Et après, peut-être aussi. Après tout, what's wrong with an electrified jellyfish?
On peut se le dire plus honnêtement: j'ai peur du SIDA. En fait, peur est un euphémisme: je me tape des crises d'angoisse depuis une ou deux semaines, je ne sais plus trop, je pleure comme un enfant en prenant mon bain, tellement que mes yeux sont givrés de larmes et que je ne peux plus lire les textes pour mes cours, alors ça me fait d'autant plus paniquer.
En fait, je suis probablement traumatisée de toutes les maladies de cette terre, la grippe autant que le VIH. Je vire hypocondriaque, je suis folle à lier en ce moment, je n'ai envie de voir personne, parce que tout le monde comprend mais fait semblant d'oublier, ou alors personne n'y voit rien et c'est encore pire.
Une peur bleu ecchymose. Bleu gazoline. Bleue comme les fonds marins, quand une épave s'étouffe sous la couverture sonore de l'oubli.
Ce genre de bleu là.