mardi 1 octobre 2013

Sigur Ros



Les synapses emmêlés comme les poteaux électriques des pays du tiers monde, les nerfs comme des lignes à haute tension. Il suffirait qu'un tesson de glace ne me frôle l'âme à vif, ses fils électriques dégainées de leurs enveloppes de chaire, pour je n'explose dans un firmament de flammèches et que la structure droite et fière de mon squelette de métal ne s'effondre sur les têtes de pauvres apôtres ayant autrefois chéri les lueurs des lampadaires que je faisais jadis scintiller du bout de mes doigts de charpentes d'aciers. Si mon esprit pouvait éclairer ces pavés glacés menaçant de faire déraper les passagers silencieux de ce train de vie qu'est mon existence aussi bien qu'il a autrefois permis à mes bibelots fêlés amoureux de se recoller dans la quiétude de mes bras de brique, peut-être verrais-je à l'horizon le bout de la nuit... Aujourd'hui, mes neurones ne font que se mirer vaguement dans le reflet du paysage psychique défilant devant mes yeux vitreux, dans leur réverbération bosselée par le givre de mon hiver mental.
Normalement, à l'automne, je suis en parfaite adéquation avec le doux vent qui caresse et fripe ma peau pratiquement d'ivoire et qui laisse une odeur fraiche de soirée naissante dans mes boucles frisées, avec la chaleur des chandails de laine et les branches des arbres agonisant, leurs membres ensanglantés doucement tendus en bordure des routes où tourbillonnent des feuilles craquelant sous les pas de bottillons plus chauds... Là, je me sens morne et glacée, déjà dans les vapes mornes et tristes, figées de Janvier, étrangère dans les bras d'une saison autrefois amante qui désormais offre à d'autres l'intensité de la fin du cycle annuel. Et je la déteste, et je me déteste, et j'ai besoin de quiétude mais dès que j'arrête d'écouter les autres, c'est mon âme que j'entend hurler.
Pour une des premières fois dans ma vie, alors que j'arrivais justement à trouver de la beauté aux angles droits de ce corps à la violence à peine dissimulée, ces arrêtes se terrent derrière des courbes flasques, je me vautre dans le goût comme je me guillotinais autrefois l'appétit via les stimulants.
Je suis bien consciente que je viens tout simplement de gagner mon poids santé, mais, moi qui défendait tant la beauté de la rondeur d'une femme (que je n'ai même pas le mérite d'avoir), je me sens empâtée dans ces membres qui n'ont même plus le mérite unique de leur maigreur.
Je ne suis pas capable d'exister toute seule de façon viable pour plus de quelques semaines d'affilé.
J'ai tellement besoin de quelqu'un où échouer mon surplus de sentiments, quelqu'un contre qui me blottir quelques heures à travers la nuit d'encre de mon océan émotionnel, qui puisse réconforter ces solitudes à des milles dans mon crâne qui ne se connaissent pas et pleurent individuellement, à l'unisson. Je ne suis pas capable de prendre soin de moi en ce moment, j'ai envie de m'ouvrir le coeur et de l'astiquer pour qu'il ne reste plus une tache de ce gâchis sentimental qui me fait virer folle et incompétente de façon totalement sporadique...
La culture de la performance me lacère comme des chaines de barbelé s'enroulant autour du corps nu d'une enfant prodige, lentement, inexorablement, tractées par des obligations s'imbriquant dans des engrenages sociaux centenaires. Ça grince, ça gémit dans un crissement de métal plus insupportable qu'une fourchette d'argenterie grattant le fond d'une assiette de céramique chinoise, des roues dentelées communautaires. Et l'enfant prodige s'en arrache les cheveux et s'en casse les dents, s'en crève les yeux avec ses ongles tellement elle ne sait plus quoi faire de ces doigts autrefois virtuoses maintenant plus maladroits que ceux d'un lépreux.
I'm not making any sense, am I?

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