lundi 28 octobre 2013

Anywhere I could try anything it's the same circle leading to nowhere, and I'm tired now


Sex is meaningless and love died before the 21st century.


Aujourd'hui, je suis incapable d'imaginer Sisyphe heureux. Il roule sa pierre dans un coma morne de la démocratie de la douce tyrannie sur elle-même.
Vous voyez, c'est que rien n'est plus important. Rien, absolument rien. Je l'ai déjà écris avant, et je pourrais même citer Beigbeder avec sa magnifique énumération du non-sens humain; toutes ces sépultures de joyaux que nous, petits souverains nus à la voix qui ne porte pas, avons bâties pour tenter d'ignorer la fin imminente de cette terre meuble qui mangera dans sa bouche béante aux racines à semi-découvertes même les souvenirs les plus permanents dans nos neurones éteintes. Commutateur à off. Adieu.
...Mais même le citer ne servirait à rien, car la beauté de ces mots est aussi mièvre que leur sens.
Je ne sais pas. Je me sens vide, plus vide que le silence de Cape-aux-Meules en ce mois d'octobre tardif, alors que les touristes se sont échoués dans leurs demeures d'outre-mer, loin de l'innocence de cette île fermée qui se désagrège lentement au même rythme que nos mémoires amnésiques, et que la tempête n'ose encore gémir sur les flots anthracites.
Le vent chuchote dans ma tête creuse et je cherche en vain quelques arbres où accrocher mes pensées, sac de plastique frissonnant au froissement sec et désagréable dans les rues désertes de mon âge adulte esseulé. Je finirai au bord d'une gouttière, l'eau sale jusqu'aux lèvres, avalant quelques gouttes d'eau à chaque respiration éprouvante.
Ce serait la métaphore la plus exacte de mon état d'esprit à l'heure actuelle; bien sur que je vis, bien sur que je me force pour travailler à l'école, bien sur que j'aime bien certains garçons et que j'ai des copains avec qui je rigole. Mais au fond, dans les shooters vides autant que dans des couvertures chaudes, je cherche quelque chose qui n'a pas de nom, de visage, peut-être même pas de corps. Je cherche le sens, on va se le dire, et il n'y en a pas. Tout ce que je regarde est aspiré par ma volonté d'y trouver les détails de cette quête vers l'obligation d'exister, alors que même si je me tranchais les veines ce soir, demain, ils n'auraient pas plus raison de me pleurer que je n'en avais de me suicider.
Alors dans cette absence de direction, je m'éparpille aux quatre coins du monde, et je réussis à exister de façon plus ou moins substantielle. Je sors avec mes amis d'université, certaines soirées trop tard, et c'est rigolo; je me force à lire des projets de lois desquels je n'ai rien à foutre outre mon intérêt en ceux-ci, et pourtant, je me fends le cul en quatre pour performer (qu'est-ce que ça veut dire, au final, de toute façon); je m'ennuie de mes ex-petits copains quand je les croise au détour d'un bar; je rigole avec eux, parle un peu quand je suis trop imbibée, puis laisse tomber, car on ne saurait remplir le vide dans nos conversations avec autre chose que nos casses-têtes corporels d'antan, et ça sonnerait faux de faire danser nos corps sur des portées déjà utilisées; je baise sans condom avec n'importe qui, tant qu'il m'importe peu, et je m'en fiche; je fais des crises d'angoisse lorsque le sang ne coule pas, puis je me calme. Puis, je recommence. Je travaille, un peu. J'ai des cernes sous les yeux qui virent au violacé, et je les couvre de maquillage comme on patinerait le visage éprouvé d'une actrice porno écœurée. Je suis fatiguée d'exister et pourtant je n'ai pas particulièrement envie d'arrêter; je vois encore au détour d'un regard la forme vague de l'envie de vivre, seulement je ne suis plus dans son orbite de gravité, sans être aspirée par la détresse de mes trous noirs émotionnels autrefois récurrents.
Le sexe, le sexe, comme c'est imbécile et inutile! Ça ne sert plus à rien d'autre qu'à tenter de combler l'impossible blessure qui grandit jour après jour au fond de ma cage thoracique, et pourtant, à chaque fois que je finis, je me sens lasse de tous ces jeux de passe-passes, de ces soupirs pourtant sincères et de ces embrassades hélas trop passagères. Pourtant, ça me change de la solitude morne de mon quotidien, travestie en routine plus ou moins intéressante puisqu'elle me permettra peut-être de ne pas mourir d'un cancer. Et puis, entre l'amour et le sexe, je ne suis plus vraiment sur quel choix prendre...
Aucune rupture n'est plus invivable pour plus de 7 jours consécutifs, pour moi; je sais vivre sans des bras aimants en conjuguant accalmie avec ironie. Ça fonctionne. Je m'en fiche. J'ai peur. Puis, je survis, et je recommence à faire d'autres trucs. Je pense à mes histoires passées, mais sans vraiment d'envie véritable; c'est comme si je détaillais consciencieusement la vie d'une autre en essayant de saisir ses sourires quand on n'a jamais pleuré, jamais ris, jamais hurlé. Une extraterrestre ayant pris possession du corps d'une demoiselle qui a vécu sa vie à cent milles à l'heure, éprouvant un éventail de sentiments plus vastes qu'on ne pourrait l'imaginer.
Un jour, j'ai su comment aimer, oui. Ce soir, le moyen, je ne suis pas sure de vouloir le retrouver.

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