mercredi 18 septembre 2013

Sail away









Sail, sail away
With you
Sail, gonna sail
With you








Maudit que je me sens perdue dans ma propre tête.
Je devrais dormir, putain de merde, j'ai besoin de sommeil. Au lieu de reposer mes songes et mon corps, j'essaie de ne faire que lire les mille et unes pages qu'il faut quotidiennement que je me tape pour suivre le fil de mon enseignement, mais à un certain moment, je décroche, immanquablement et du coup, j'appréhende les relevés de notes prochains, que je souhaite aussi remarquablement immaculés que mes précédents... Je sais, je sais, ce n'est pas possible, et quand je vais me heurter à des 80% - ou pire, des 70% -, je vais virer carrément démente. Je vais arrêter de dormir et je ne mangerai que des notes de cours.
Je suis cinglée quand je le veux. Et quand je ne le veux pas aussi, à ce compte là.
Le but de chaque vie, c'est de se préparer à mourir. Trouver du sens à son existence, c'est un peu cela, en fait: partir sans se dire que ça n'a servi à rien. Partir en ayant l'impression d'avoir atteint un certain point, même si on ne va nul part.
J'ai peur de crever sans savoir que je suis en train de m'éteindre, m'endormir bêtement sans avoir pris la peine de vérifier si tout était en ordre dans la cabane de vie que je me serai bâti, que le linge sale soit sur le plancher de ma chambre et qu'il y ait des emballages de tampons dans la poubelle de la salle de bain, et que tous ceux qui m'aimais doivent ramasser ce carnage en pleurant sur la beauté d'un fil dentaire que je ne voulais pas qu'ils voient.
Je m'étais toujours dis que peu importe mon âge, quand j'aurais le sentiment d'avoir fais ce que j'avais à faire, je me suiciderais, pour être certaine de graver moi-même l'épitaphe de ma tombe, et même de choisir la couleur des mouchoirs des funérailles, la bande sonore, tout. Je sortirais ma plus belle plume, un beau papier à lettre poreux comme je les aime, j'allumerais un cierge. Je réfléchirais longuement. Puis, lentement, avec application et méticulosité, j'apposerais la dernière phrase du roman de ma vie sur cette dernière page manuscrite et inutile (qui ne sera lu que par ceux qui ont mon nom écris dans la poitrine ou dans le crâne). Je la relirais pour être bien certaine que c'est ce que je désire laisser au monde. Un coin de ma bouche se froisserait peut-être, ou alors une petite circonférence humide tomberait sur la surface, qui gondolerait un peu. Puis, je soufflerais doucement la flamme chevrotante, sans un mot de plus. Sans un maux de plus.
On a eu une discussion là-dessus au souper, et c'était horrible, j'avais les yeux remplis de la marée de ma peur et la voix plus tremblante que le sol d'Haïti 2010. Ma maman m'a dit qu'un de ses oncles qui avait été interné à l'hôpital n'était plus capable de manger, alors les médecins avaient dû lui installer un tube de gavage dans la gorge pour le nourrir. Je vais en faire des cauchemars jusqu'à la prochaine décennie.
Sur fond de ces songes sombres et complexes, je n'ai pas fais mes lectures pour demain. On s'en fichtre.
Je voudrais voir Cocaïne Eyes pour qu'il me guide un peu dans tout ça, peut-être qu'il me réconforte un peu sur ma peur de moi-même, ou simplement que je puisse dormir contre quelqu'un qui me respecte un peu même en sachant l'étendue de mes déboires mentaux. Mais il ne m'a pas répondu quand je l'ai texté, alors ça me rend triste, et j'ai peur de l'appeler, si à jamais il ne m'a pas répondu parce qu'il avait simplement réalisé que je ne valais pas la moitié des beautés qu'il me prêtait.
J'ai envie de lâcher mon emploi, comme vous n'avez aucune idée; je ne sors plus, je ne fais plus rien, putain, ou alors je rentre à minuit sobre et c'est encore pire, et ça m'emmerde, l'intensité des soirées sans fin me démange comme l'herpès doit piquer, je ressens le besoin de me caler dans le confort des bouteilles englouties jusque dans les fibres de mes muscles. Du coup, je me demande si je ne suis pas un peu alcoolique, à quelque part, parce que ça ne devrait pas être un drame, ne pas se saouler la gueule pour même pas deux semaines. Mais j'en ai quand même atrocement envie, et je me dégoûte un peu.
Oh, aussi, j'ai couché avec le dit français il y a une semaine, et je ne lui ai pas vraiment reparlé depuis (malgré le fait qu'il a prit en otage un de mes soutifs). Cette nuit, la simple pensée du fait que j'ai contribué au mensonge relationnel de ce petit con me donne des nausées. Oh, il n'a rien fait de bien méchant, ne vous en faites donc pas autant, et je l'ai utilisé autant qu'il m'a probablement utilisé, je ne crois pas avoir quelque chose à foutre de quiconque en ce moment puisque j'aimerais n'importe qui de toute façon... Mais mes sentiments ont mis en berne le drapeau blanc de la bataille contre l'amer goût du regret, alors je mords dans ces souvenirs teintés de bleu comme les résistants de la Seconde Guerre Mondiale dans leurs capsules de cyanure. Opération Fortitude, la mienne n'était pas réellement empoisonnée; je suis dédiée à la torture, et je semble bien partie cette nuit pour m'enrouler dans le barbelé de mes exigences hélas trop serrées pour corseter mes envies sporadiques et spontanées sans me percer les poumons. Barbed Hula.
J'ai besoin d'un peu de sens dans ma vie, bordel. J'ai malencontreusement écrasé la vitre de ma boussole émotionnelle dans cette folie de vacarme et de sensations et de nouveauté et d'ambitions, et maintenant, je ne sais absolument plus vers quel horizon relationnel ou académique je souhaite mettre le cap.
Oh, et puis, peut-être que j'irai à la nage; là, au moins, je pourrai prétexter que c'est les courants qui m'ont déviés jusqu'à des terres non propices, et non pas ma propre inaptitude à manier les voiles de ma personnalité trouée.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire