mercredi 18 septembre 2013

On vous nique bien



Folle première semaine universitaire.
C'est à n'y rien comprendre, vraiment. Je devrais dormir en ce moment étant donné que je n'ai eu qu'environs cinq heures de sommeil par nuit les quatre derniers soirs, mais mon corps et mon esprit sont saturés de souvenirs trop nombreux pour être contenus dans ces quelques cinq journées de camaraderie alcoolique, de premiers pas vers un domaine d'étude on ne peut plus passionnant (où la connaissance est comptabilisée dans des lectures qui se chiffrent par centaines de pages par semaine, ce que je ne suis pas sure d'être capable d'affronter, pour être bien honnête), de conneries, surtout, et de trop de déboires mentaux pour que mes neurones comprennent ce qui se passe dans ma vie pour qu'elle soit soudainement si écartelée entre un sérieux de vie d'adulte à la fois terrorisant et tellement attirant et une témérité immature à l'os, libre de toute convenance. 
D'abord, je suis réconciliée avec P., définitivement, parce qu'on a eu besoin l'un de l'autre toute la semaine vu le stress de l'inconnu et le désir de cohésion, et probablement aussi un peu parce qu'on s'aime deux fois plus quand on est sur l'alcool - les quantités ingérées ayant été astronomiques, ça augmente les mains serrées dans des balades bringuebalantes. On a passé plus de temps qu'il ne le faut à faire des cartes étudiantes durant deux heures, à boire de la bière comme des trous, à essayer de se relever mutuellement sans succès lorsqu'il y en avait vraiment trop dans notre sang, et à discuter jusqu'aux petites heures. Du coup, encore une fois, on a des copains qui nous ont automatiquement casés comme en couple et qui trouvaient étrange qu'on se traite de connards de temps à autre. La belle relation, toi.
J'ai recommencé à parler avec S., mon ex-copain, celui de l'été-automne 2010 pour ceux qui suivent ce blog depuis assez longtemps, et c'est la personne la plus adorable que cette terre ait jamais portée. On s'entend bien, je crois, ou, en tout cas, moi je l'apprécie vraiment, vraiment beaucoup, et puis on s'est dit que je viendrais à son appartement, on a reparlé un peu de trucs comiques qui nous étaient arrivés durant cette période fort plaisante, on a joué à la guerre des pouces et on est sortis boire et fumer entre copains. Je l'adore, S., je l'adore, même hors de toute implication émotionnelle ou sexuelle.
Et surtout, surtout, Dieu du ciel, j'ai rencontré le français le plus séduisant de cet humble univers, un spécimen de beauté aux dents légèrement clivées et à l'accent à la fois adorable et belliqueux, bronzé parce qu'il passe ses vacances à Saint-Tropez, étudiant en science politique passionné de débat, fumeur régulier possédant des stocks de Marie Jeanne meilleurs que bien des Québécois que je connaisse, moqueur et chiant comme il se doit, charmeur jusqu'au bout des doigts - qu'il sait utiliser pour plus d'une chose plaisante: j'ai passé deux nuits de suite à sa résidence.
La dynamique ressemble un peu à celle que j'avais avec R., il y a quelques années déjà: il s'amuse expressément à m'enrager, mais au lieu de me laisser avec l'amer goût de l'échec unilatéral, celui-là me fait rougir de plaisir et d'envie qu'il me veuille autant que je le désire pour une si courte période de connaissance. Coucher au premier soir, je croyais que ce n'était plus mon fort... Et bien surprise.
Je m'étais dis que je m'en ficherais quand je suis partie le premier matin, que c'était une erreur stupide, mais que c'était notre semaine d'initiations et que je faisais bien ce que je voulais, surtout quand c'était avec un mec qui a son minois... Mais il m'a rappelé pour qu'on se rencontre pour prendre un verre et aller au cocktail du lendemain ensemble, en se faisant un plaisir de faire savoir aux gens que j'avais passé la nuit là bas (à la grande hilarité de S., à qui il a lancé quelque chose comme: "Dors jamais avec cette fille, elle prend toute la place et les couvertures!" On s'est échangés un sourire en coin de connivence et il a fait que répondre: "Ça me serait jamais venu à l'idée." On en a rit en cachette pendant un bon 5 minutes.). Il me prenait par la taille, me murmurait des trucs à l'oreille sans tenter d'avoir un minimum de subtilité, multipliait les blagues salaces et les commentaires explicites...
"T'as les doigts glacés, putain!" Il souffle doucement dessus, ses lèvres presque contre ma peau.
"C'est pas très efficace," je lance, sarcastique, avec ce sourire en coin presque perpétuel qui semble s'être dupliqué à mon visage cette semaine.
Il me regarde avec ses grands yeux à la fois brûlants d'une intensité trouble et habités de cette ombre moqueuse qui semble continuellement errer sur son visage, entre ses prunelles et sa bouche, dans la vibration de sa voix et le frémissement des commissures de se lèvres lorsque quelque chose l'amuse (tout, oui). [Il sait qu'il plait aux gens. Peut-être le sait-il même un peu trop; c'est à la fois la source du problème et de l'aimant qu'il exerce sur les sismographes de mon corps... Foutues hormones.]
"Je sais, c'est qu'une excuse pour te tenir la main."
Et il la lâche. Ça me fait à la fois trembler de rage et de désir qu'il en ait réellement envie.
J'ai d'ailleurs manqué mon premier cours de politique parce que j'étais restée chez lui trop tard et que je ne trouvais plus mon costume d'amérindienne.
Et je ne comprend rien aux notes de cours.
Allez, réveilles-toi, Manue la lanterne, réveilles-toi, il va bien falloir que tu redeviennes un rat de bibliothèque, saperlipopette!
Le dernier jour, je n'ose même pas l'écrire ici (mais non, c'est pas vrai, j'ai simplement pas le temps ou l'envie). On est allés dans le fin fond des bois et on a bu en faisant des activités, la plupart indécentes.
Pour donner une bonne idée, j'ai embrassé P, aussi. Pourquoi? Parce que j'étais saoule comme dix, que je voulais pouvoir me souvenir de comment ça avait été l'année dernière et que la mémoire me manquait, vu l'incendie créé par les allumettes de cette soirée imbibée d'alcool comme le tissu d'un cocktail Molotov. Alors je lui ai demandé si je pouvais, il m'a dit oui, on s'est embrassés, c'était bizarre, ça a fini là. Trêve de plaisanteries, mesdames et messieurs, maintenant je pourrai dire que je savais ce que c'était.
En revenant, le petit français était dans le banc derrière moi comme je tombais de fatigue, effondrée sur l'épaule d'une nouvelle copine! Il me jouait dans les cheveux sporadiquement, me chuchotait des trucs parfois, je ne sais plus trop, c'était plaisant et j'étais dans le coton du mensonge d'un attachement dans les vapes.
Et, du coup c'est encore plus terrible à s'avouer, mais il me plait quand même. En calice, pour être une bonne québécoise. Et peut-être que je ne vais pas le revoir de ma vie parce qu'on n'aurait pas bien bien d'autre occasion que celle de le désirer, maintenant que ces heures obligatoirement intoxiquées sont officiellement terminées. En même temps, on verra bien ce qu'on verra, j'imagine.
Aussi, j'ai un peu peur de lundi pour regarder en face toutes les conneries que j'ai fais avec tout le monde, mais  en même temps, je crois qu'une grande partie de ma personne s'en fichtre totalement; on est jeunes, on est saouls, c'est l'université, on fait des bébés. Amen.

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