jeudi 4 juillet 2013

Providence, Foals



Il y a un an, plus ou moins quelques jours, je commençais à me perdre avec le plus grand plaisir.


Je me sens très, très mélangée. C'est déjà mieux que de sentir très, très déprimée, me direz-vous... Oui, en effet. C'est ce qu'il a dit
Le jour même où moi et mon ange aux freckles, aux rêves d'architecture et aux sourires polissons nous sommes laissés, je suis allée rejoindre le plus chouette monsieur au restaurant pour en discuter et pour réprimer une autre crise de larmes. Je me suis calmée et on a dépensés pour 54$ de bouffe et de vin. La jolie vie de ces jeunes qui traversent l'existence en courant le plus vite possible, les yeux bandés et les mains en sang, en défonçant les murs de leurs douleurs et de leurs bonheurs.
Et ensuite, oh, douce ironie!, P. voulait que je les rejoigne au nouvel appartement de cet ancien fantôme qui m'a aimé plus que je n'étais capable de lui rendre et de qui je suis tombée amoureuse un peu trop tard pour avoir droit à sa présence au quotidien, à qui je n'avais pas vraiment eu une conversation de plus de 5 minutes depuis environs 6 mois dû à l'étrangeté du fait que je fréquentais son ami d'enfance. Celui que j'ai mentionné explicitement pour la première fois le 20 juillet de l'année dernière:
J'ai peur qu'une fois qu'U. m'aura confronté sur son intérêt pour moi (que M. m'a confirmé après 8 pichets de bière et 2 verres d'absinthe, entre une conversation sur la mort prématurée de Sid Vicious et sur sa propre relation amoureuse... Douce soirée!), parce que je lui avouerai nécessairement que je ne suis pas le genre de fille qui tranche en deux semaines sur si elle éprouve le désir d'afficher une liaison, il se détachera de cette relation que je trouve pourtant tellement agréable, ira courtiser d'autres débauchées et je n'aurai plus ma place dans cette petite molécule d'hélium qui me fait léviter au-dessus de l'uranium de mes songes de jais.
Bref, lui.
Je ne sais pas comment décrire comment ça m'a fait sentir. Au début, vraiment spécial. J'avais un peu peur. Surtout quand je suis arrivée et que je me suis rendue compte que son ex copine était là (qui n'a pas tellement l'air d'une ex si vous voulez mon humble avis, à quêter ses doigts et ses genoux et sa peau et tout ce qu'elle peut avoir de lui...). Mais je me suis forcée à m'asseoir, à avoir l'air bien, à parler et à être gentille. Quand on se lance, ça devient sincère.
Comme d'habitude, j'ai fais l'aumône de mon alcool et j'ai rendu saoules les 5 personnes déjà gelées, on a écouté de la musique, on a plaisanté sur je ne sais quoi, on a parlé fort et on a rit plus fort.
Puis, un est parti. Ensuite, ç'a été la dite ex-copine, qui était trop fatiguée pour ne pas fermer ses yeux et qui est allée se coucher dans le lit du fantôme.
Alors on était trois. Les mêmes trois de l'année passée. La même atmosphère particulière d'être à la fois d'excellents amis, un cocon de comparses calant une bouteille de Jagermäster par soir et ne se quittant que rarement et pour un gros maximum d'une semaine (pour un festival)... Mais d'être aussi attirés les uns envers les autres, pôle Nord ou Sud sporadiquement, dépendamment de facteurs que je ne comprenais pas non plus. Le dit spectre m'apparaissait alors bien trop vivant...
On a continué à boire et à fumer. En calice. C'était dégueulasse. On avait de la misère à tenir debout. Moi, surtout, probablement. On m'a retenu quelques fois de ne pas tomber.
C'était à la fois fantastique et inhumain; sentir qu'il y avait encore cette tension palpable, attraction de désirs, de doutes et de songes devant être constamment réprimée dans mes mots, et mes gestes, et ses yeux, et ses souvenirs... Alors qu'une demoiselle vraisemblablement amoureuse de lui par-dessus la tête était étendue dans ses draps, à l'attendre alors qu'à trois, nous étirions les heures pour ne pas que se termine ce voyage au fond de nos mémoires. Nous étions revenus quatre saisons en arrière, sans que personne ne souffre et sans que personne ne souhaite se rematérialiser dans le réel espace-temps.
"Je me souviens que la première soirée où je vous ai rencontré, vous étiez tous à la résidence, high comme ça se pouvait pas."
"Tu étais habillée en blanc."
"La robe en dentelle?"
"Je crois, oui."
Un court silence.
"On avait fait des dessins. Il y avait des sapins dans la joue d'une madame."
"Je l'ai encore, quelque part."
"Pour vrai?"
"Oui."
"'C'est gentil."
On va retourner à mon chalet faire des hallucinogènes quand il reviendra. Je pourrais rédiger une thèse sur la symbolique de ce lieu, cette activité.
Je ne sais pas ce qui se passe. Je le veux quand même. Et, peut-être est-ce ce qui me réconcilie avec mon état mental et m'empêche de sombrer, mais j'ai l'incroyable impression que je pourrais l'avoir. Ça me lassera probablement. FAITES TAIRE L'ENNUI.
J'écoute Foals et ça ne me fait pas vraiment de peine de penser que j'y suis allée avec mon ex-copain et que c'était génial et que ça n'arrivera probablement plus jamais. Too bad so sad, goodbye dad.
Je ne me comprend absolument pas... Peut-être que c'est que je suis séquelle à fond. Mon cerveau roule dans le beurre.
Pour la première fois dans une rupture (et après... deux jours? C'est complètement incongru, ridicule!), je me dis que je n'aurais pas voulu en rester là si c'était pour demeurer aussi invivable. Cette dernière semaine a été tellement, mais alors là tellement terrible, à pleurer tous les soirs sur l'absence d'affection explicite d'une personne en qui j'ai mis tant d'espoirs de stabilité et de bonheur, qui se sont avérés vrais pour les quelques mois partagés mais néanmoins éphémères comme tout le reste... À un certain point, je me dis, "tu aurais plus souffert de te forcer le cul pour récupérer un amour qu'il a perdu à t'en couvrir trop abondamment que de te dépasser pour ne pas avoir le temps qu'il te manque." Je me sens dans un état d'esprit de carpe diem incroyablement saisissant, qui me donne envie de boire la mer et de fumer les cheminées industrielles londoniennes des années 1800. Comme l'été passé. Je m'ennuie de l'été passé.
Je m'ennuie des nuits sans nom et sans aubes, de la liberté, de la musique sur l'autoroute pour se rendre à nos résidences respectives, de mes échauffourées pluri-relationnelles... Je m'ennuie de son appartement miteux, de manger assis en indien sur son lit après avoir fumé un joint et avalé notre désir mutuel des lèvres de l'autre. Oh I could drink a case of you darling, and I would still be on my feet. Ce mot qui est toujours sur mon iPod pour que je sache quoi dire au livreur, je ne sais pas trop pourquoi je l'ai gardé: "App. 21 t'es jolie".
Peut-être que je suis simplement une sale nymphomane qui veut seulement un amant régulier. Ou peut-être pas.
Peut-être que c'est du dénis, que j'essaie simplement de me "bander les yeux et le reste", comme elle dit dans Petite Armoire à Coutellerie... Mais je me sens possédée par une telle obsession de la fascination que je lui porte, même après 6 mois de silence parfaitement couvert par les éclats des rires de cet ange qui a si bien comblé son vide, que je n'ai même pas le temps de me concentrer sur à quel point je devrais avoir de la peine.
Ne nous mentons pas non plus: j'aimerais aussi qu'il soit ici, maintenant (et non pas dans le Vieux Continent depuis moins de 24 h et jusqu'au mois suivant) parce que je sais que s'il était sous mes yeux et sous mes doigts, je n'aurais aucune chance de m'ennuyer de mon monsieur disparu, alors que là, oui, j'ai été frappée par à quel point je ne pensais pas à lui alors que je fumais des joints sur le toit de mon ancienne obsession, mais je sais que la réalité aura bien le temps de me rattraper entre le temps où il part et l'autre revient.
C'est tellement malsain.
...
Mesdames et messieurs, voilà donc la clé du deuil relationnel: s'étourdir dans le désir irrépressible des Autres.

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