mardi 2 juillet 2013

Génétique en bandoulière, des chromosomes dans l'atmosphère, des taxis pour les galaxies et mon tapis volant... Le vent les portera


Petit guide pour une rupture plus fastoche (mais non sans heurts; on ne peut pas ne pas avoir d'hématomes lorsqu'on percute un mur relationnel, c'est certain.):


[...] Alors je me suis demandé: mais qu'est-ce qui est le plus difficile, dans une rupture?
D'abord, tout est un trépas après ce morcellement d'union sentimentale. Un trépas sec, auquel vous n'avez pas eu le temps de vous habituer, une mort subite et bête et tellement inattendue qu'elle vous assomme d'une injustice fictive. Toutes ces caractéristiques visuelles qui le définissaient seront coupées à jamais de vos rétines par un lourd rideau de velours noir; c'est votre dernière chance de regarder ce grain de beauté dans son cou, de détailler ces nuances qui créent la toile pointilliste de ses yeux, de remarquer l'éraflure sur ses jointures dont vous connaissez la provenance. Après, tout ça sera parti. Mort. À jamais. Paf. Enterré dans la terre meuble de vos mémoires, et lentement troué par le temps et la nécessité du deuil; on se souviendra bien de l'épitaphe, mais pas de la consistance de ses sourires ou de la douceur apaisante de ses moments d'égarement.
Et alors la beauté de cette unicité devient tristesse, puis désespoir, car bientôt elle sera fanée et demain il ne restera de ces bouquets de singularité que des feuilles sèches craquant sous les pas comme les éclats éparpillés de votre coeur brisé.
Ensuite, l'absence de contact physique, lui aussi guillotiné trop vite pour avoir le temps de crier "Marie-Antoinette": après vous être assoupie contre sa poitrine, bercée par la douce mélodie d'un coeur qui pompait votre nom, après avoir apprivoisé les dénivelés musculeux de son ventre pratiquement devenus vôtres vu les fois où vous les avez tâtés de vos doigts frémissants de désir, après qu'il ait lui-même exploré votre corps jusqu'à connaître la fréquence de résonance de votre plaisir, vous n'y avez plus droit, parce que ça ne sert plus à rien. Il n'y a que la silhouette frêle de votre attachement pour combler le besoin de réconfort organique de ce sevrage forcé. Et même lorsque encore devant lui, comme sur vos joues se brodent des diadèmes de pleurs et qu'il vous étreint d'une embrassade désolée, vous attendez que la chaleur de son corps contre le vôtre se dissipe doucement jusqu'à serrer dans vos bras le cadavre inerte et froid de son attachement criblé de vide circonstanciel.
C'est invivable. C'est tout simplement invivable.
Mesdames et messieurs, je propose donc: la méthode de rupture Benjamin Button. C'est simple: on fait mourir la relation comme elle est née. On s'efface de la vie de l'autre graduellement, de façon de plus en plus légère et de moins en moins conséquente.
On espace de plus en plus les moments où on se voit, on essaie de moins se parler au téléphone et de s'envoyer des courriels, de moins partager de temps de notre existence ensemble. À petits pas, on redéfinit notre quotidien au singulier, comme une fermeture éclaire dont les petites étreintes de métal sont dissociées l'une de l'autre une à une. On remplit les trous avec d'autres gens, on fait des trucs qu'on n'a pas eut le temps de faire quand on priorisait les yeux de l'autre
Quand on est prêts, après s'être concertés pour être à la même page de notre manga relationnel (parce qu'il se lit à l'envers), à une de nos rencontres post-rupture métaphoriquement pré-relation, on bannit les mots "je t'aime". On n'aime plus. On apprécie, c'est tout, on passe un bon moment en la compagnie de notre ancienne moitié sans essayer de multiplier ces rencontres, on les laisse s'étioler au fil du temps (sans faire des mailles).
Et à la fin de la dernière rencontre, on va prendre une bière ou une bouchée quelque part, on s'amuse bien à parler de trucs qu'on aime mais qui n'ont aucun rapport avec nous ou notre passé. Simplement pour le plaisir de partager, de façon décontractée, simplement pour sortir, pour faire quelque chose de notre soirée. Bien sur, notre coeur sera un peu lourd, une petite éponge gonflée des larmes qu'on aurait pu pleurer si on s'était subitement arrachés l'un de l'autre; on en verse peut-être une à la fin, ou deux, mais sans plus. On s'étreint, on s'embrasse au gros maximum sur la joue, à la commissure des lèvres, pour faire un clin d’œil à ce qu'on a été et ce qu'on a graduellement réécrit, on sourit de manière douce-amère en pensant à ce qu'on ne sera plus jamais. On dit quelque chose comme: "J'ai passé une belle soirée, c'était chouette." Et on entre dans notre taxi et on s'en va, pour de bon.

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