mercredi 24 juillet 2013

Ever fallen in love with someone, ever fallen in love with someone you shouldn't've fallen in love with?



J’ai déjà raconté cette histoire, je le sais. Mais certaines nuits, quand je me sens absolument, hermétiquement seule, tellement dévorée par mon douloureux singulier que la plus douce délivrance qui s’impose à ma conscience est l’image de veines ouvertes comme des livres déversant mon histoire à demi rédigée sur les parois nacrée de la coupole d’un bain, ces fois-là, bref, cette matinée-là me revient en tête. Et alors je me vautre dans mes mémoires comme un cloporte se cache du balai dans les craques des murs.
C’était il y a presque 365 jours, maintenant. J’avais déjà commencé à te malmener à droite et à gauche, mais tu n’avais pas encore lâché prise, tes lèvres tâtonnaient encore pour trouver les miennes dans l’encrier de mes réponses noyées de mots brodés en phrases vides de substance… Une chance, en un sens, sinon, tu ne m’aurais rien raconté de tout ça.
Tu étais venu chez moi la veille avec ce garçon que je te préférais à l’époque. Nous avions fumé et bu comme des trous, comme d’habitude, et ça avait été une soirée géniale, même si je me souviens qu’avant de venir, tu m’avais expressément demandé si je te donnerais le droit de m’embrasser, sans que je ne parvienne à donner de réponse claire, une fois de plus. J’étais certaine que tu plaisantais, que tu étais déjà drogué. Je crois que tu as été la première personne à me confronter avec son désir pour moi; je n’arrivais même pas à concevoir que tu puisses me vouloir autant que tu le disais, cela dépassait les barèmes que j’avais moi-même évalué pour mon corps.
Toujours est-il que je t'avais renié d'une façon à peine croyable tellement elle était cruelle; je t'avais laissé voler mon souffle, à répétition, jusqu'à te donner le droit de croire à plus, puis m'étais levée, t'avais serrée dans mes bras, murmuré que c'était trop d'engagement pour ce que j'étais prête à prendre et étais allée me coucher, te laissant là, ébahi, ne comprenant absolument pas ce revirement de situation incongru, détonnant. Tu avais timidement ouvert ma porte de chambre, d'un air tout penaud, et m'avais demandé d'une faible voix pratiquement suppliante si on pouvait en parler. Ou ne pas en parler et dormir ensemble, sans rien faire. Je t'avais dis d'un ton cassant que "non, il était quatre heures du matin et j'étais fatiguée" et t'avais prié de refermer la porte. Quand j'y repense, je ne sais pas si je devrais rire aux éclats ou vomir de dégoût tellement c'était sans cœur de te concasser de la sorte.
Le lendemain matin, quand je m'étais réveillée, je me tapais sur la tête de ne pas avoir essayé d'amoindrir cet apocalypse relationnel un tant soi peu, devant à présent affronter les marques de ma méchanceté.
En ouvrant la porte de ma chambre, je m'étais demandée si tu ne serais pas parti là, à 4 heures du matin. Mais non. Tu étais assis en bas, à écouter de la musique. Je ne comprenais pas très bien.
Je nous avais fait du café, nous nous étions assis pour le déguster côte à côte, dans mon salon.
Je ne sais pas vraiment pourquoi, nous nous étions pris la main, oubliant ma cruauté momentanément, tango aérien de doigts se frôlant, puis s'étreignant à s'en couper la circulation, de hasard et d'intention, de doute et d'envie. Je caressais du bout des doigts de mon autre main ces striures irrégulières le long de tes poignets. Je savais pertinemment ce que cette voie ferrée de nacre traversant ton avant-bras était réellement. J'ai bien trop souvent rêvé de faire passer sur ma propre peau translucide le train d'un départ imminent et nécessaire hors de cette enveloppe charnelle; je ne pouvais pas ne pas reconnaître ces traits creux, larges, habituellement toujours cachés sous tes immenses chemises.

Pourtant, je t'avais demandé comment tu te les étais fais. Tu m'avais raconté brièvement que tu avais pris tous les comprimés que tu pouvais prendre pour en finir et que, voyant que ça ne réussirait pas à t'attirer de l'autre côté du voile, pris de panique, complètement dans les vapes, tu avais pris la lame de rasoir et appuyé.
Je les avais embrassées une à une, sans dire un mot.
Quand tu avais voulu poser tes lèvres sur les miennes, je t'avais fais promettre que c'était la dernière fois que ça allait se produire, consciente de mes imbroglios mentaux et de mon attachement pour le fantôme qui avait hanté ces pièces quelques heures auparavant.
J'ai déjà évoqué le reste: l'horreur de l'histoire que tu m'avais raconté et la délicatesse des quelques larmes qui avaient roulées sur tes joues, la beauté de la complétion des corps lorsqu'elle est guidée par un consentement mutuel conscient dans tous ses aspects, la quête d'un bien-être réciproque jusque dans ses ramifications les plus ténues... De toute façon, à chaque fois que je me le remémore, je me demande comment je pourrais un jour traduire à quel point c'était beau. J'espère pour les quelques personnes qui vont un jour lire cette description non-nécessaire comprennent de toute façon, pour l'avoir vécu. Peut-être que ça n'a rien de bien incroyable et atypique pour les autres, je n'en sais rien.
Nous avions pris le métro ensemble, toi pour rentrer à ton appartement, moi pour aller rejoindre je ne sais qui au centre-ville (je ne leur avais rien dit de ce qui s’était passé, n’y ayant strictement rien compris de toute façon). Nous nous tenions la main, tout légèrement. Je la lâchais parfois par bonne conscience, redoutant mon propre départ, comme s’il était imbriqué dans la danse de mon code génétique, puis j’y revenais, sans vraiment y sentir de regrets non plus. En attendant sur le quai, debout, je me blottissais sporadiquement sur ton épaule et contre la chaleur de ton torse de géant enveloppé dans une autre de tes gigantesques chemises. Nous ne parlions pas. Pas vraiment besoin.
Dans le wagon, quelqu’un s’était déplacé pour nous laisser nous asseoir côte à côte et je me souviens m’être passée la réflexion qu’il devait croire que nous étions ensemble; je m’étais dit que je devrais avoir peur, mais je me sentais bien. Un peu comme si ma crainte, ma colère et ma détresse habituelles étaient enrobés d’un coton circonstanciel que je ne pouvais même pas questionner. C’était. Point.
Nous avions joué à des jeux imbéciles pour passer le temps du trajet, fais des noms avec les noms des métros et cherchés des itinéraires loufoques, du gros n’importe quoi, quoi.
Et quand le train s’était immobilisé à ta station, avec une hésitation imperceptible dans le regard, tu t’étais doucement penché pour m’embrasser. Ça devait avoir duré une seconde, trois maximum, qu’un bruissement de lèvres de satin; pourtant, je pourrais rédiger des pages sur ce vingtième de minute, sur son caractère à la fois si naturel, non questionnable, comme si nous avions été ensemble depuis des années, et l’incongruité du fait que ce n’était vraisemblablement absolument pas le cas. J’avais chuchoté quelque chose comme : « On se voit bientôt. », de la même façon que je murmure toujours lorsque je dis je t’aime. Tu avais répondu quelque chose comme : « Bientôt-bientôt. »
Puis tu t’étais retourné, les portes s’étaient refermées, les roues s’étaient remises en branle, le monde avait subitement recommencé à tourner à la vitesse grand V, comme dans les films, tout s’était passé très vite, trop vite pour que je comprenne, et alors j’avais recommencé à douter.
C’était il y a presque 365 jours, oui. 365 jours, ce devrait être assez long pour effacer une émotion du négatif de son psyché. Et pourtant, quand j’y repense, quand je revois tes yeux aux larmes cristallines, si précieuses pour toute la douce et sincère sensibilité qui exsudait de chacune d’elles, quelque part au fond de ma poitrine, je ressens la même chaleur diffuse, presque douloureuse tellement elle est brûlante de compassion, de tendresse et… Et d’amour. D’Amour.

Aujourd’hui, je suis assise au petit bureau de cet appartement que je chéris du plus profond de mon cœur, près de St-Joseph, pas si loin de l’ancienne demeure de la première personne avec qui je me suis réellement senti bien, il y a deux ans. Il y a quelques heures, les nuages se sont effondrés sur les rues aux maisons agglutinées du Plateau, alors la chaleur est rendue supportable, beaucoup moins dense et oppressante que ce matin. La fenêtre est ouverte et les feuilles chantent le vent qui les fait frémir, comme le doux soupir du dos de doigts effleurant l’épiderme tiède d’un ventre nu. Les nuages sont d’une teinte semblable à celle de la douce peau d’une pêche mure, éclairant de ses derniers rayons un ciel d’un bleu pastel à faire envier les papiers peints des chambres pour enfants.
Je suis ici à coucher sur papier ces souvenirs dans leur plus exacte précision, pour me faire aller un peu mieux, j’imagine, mais surtout pour comprendre un peu le fil de mes pensées dans leurs nœuds enchevêtrés comme des guirlandes de Noël. (Je ne me comprends absolument pas, au cas où tu aies un jour eu un doute là-dessus.)
En un sens, je ne me sens pas si différente dans mon cœur qu’il y a un an. Enfin, il est vrai que j’ai changé, presque du tout au tout, que j’ai rédigé des travaux avec une passion et une assiduité que je ne me connaissais même pas, éclairant un tout petit peu le chemin tortueux de mon avenir professionnel… Que j’ai eu une relation dans laquelle j’ai été capable d’être heureuse, épanouie dans tous les points et jusque dans chaque partie de mon corps, plus que je n’aurais jamais pu l’être avec toi…
Mais quand je me concentre pour penser à toi de manière sérieuse… Je t’aime encore un peu, je crois, et je me demande si j’arrêterai un jour de chérir ce petit bibelot d’authenticité que tu représentes. Probablement. On oublie tout. Même les plus chouettes souvenirs, ça t’a une de ces gueules. Seulement, cette intimité, aussi mentale que physique, que je ne crois pas avoir eu avec quelqu’un d’autre dans ma vie, me manque.
Bref, j’ai vraiment hâte que tu reviennes pour savoir si ce garçon duquel je suis tombée amoureuse un beau jour de Juillet existe encore. Sans que je veuille être avec lui; il a une vie complète, apparemment, à présent. Juste pour savoir si ces réminiscences sont des chimères pour apaiser d’un baume factice la souffrance du manque de sens de ma vie.


VOILÀ, GANG, VOUS CONNAISSEZ MA VIE DANS SES DÉTAILS LES PLUS INTIMES.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire