mardi 14 mai 2013

Cause I am, I'm the fury in your head, I'm the fury in your bed, I'm the ghost in the back of your head

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On a tourné encore un bout, de temps en temps, mais pas trop. On n'a pas abusé, et je te le dis sincèrement.
Le désir d'en finir avec cette solitude, ou le désir tout court et tout bête nous faisait succomber. Nos mains se bandaient les yeux et le reste, histoire de ne plus voir ce qui nous manquait respectivement.

Petite armoire à coutellerie, Sabica Senez

À chaque fois que je relis ce livre, j'en retombe amoureuse.







En un weekend, je me sens soudainement enchaînée à l'attachement, aussi dépendante de la routine paisible des réveils en duo qu'il y a deux ans, aussi apeurée à l'idée de me perdre dans l'apprentissage de l'amour tout en sachant que cela me ferait probablement le plus grand bien que d'aimer sans déchiqueter un des cœurs suspendus à la ligne de l'autre.

Je ne me vois pas être dans une relation à long terme; ça me fout la trouille, ça me donne envie de déguerpir, de trouver l'homme le moins potable de cette planète pour dilapider avec son consentement charnel le peu de confiance que je viens de construire avec ce cher monsieur aux cheveux noirs -aux reflets roux!- et aux taches de rousseur.

Et pourtant, quand je suis avec lui, je suis bien. Je me sens saine, ma vie ne va pas en dents de scie comme j'en ai l'habitude, je suis capable de rencontrer de nouvelles personnes en lui tenant la main sans avoir peur d'y perdre mon identité, sans avoir peur de me départir de ma supposée essence de génocide. Je ne sais pas trop comment prendre ça, alors lorsque son rire me caresse la nuque, j'essaie de ne pas y penser. Je réussis la plupart du temps, je crois.

On a couché ensemble comme un jeune couple normal le ferait: de nombreuses fois, à différents endroits et avec le plaisir d'un partage de corps et de confiance tout nouveau.

J'avais mon oreille plaquée contre son torse et j'entendais son petit coeur se calmer lentement de sa course. Il m'a dit qu'il était bien. Je lui ai dis que moi aussi. Et c'était vrai. Alors on a recommencé.

Je n'ai pas pensé à toi, pas une seconde, et en un sens, ça m'a fait un bien fou. Je ne voyais pas ton regard qui avais mal que je ne veuille pas autant le dévisager, ni tes yeux indifférents qui ricochaient sur les miens dans des bars aux rythmes qui couvraient le raffut de nos cœurs s'engueulant par leur silence. Je ne voyais que les siens, et je les trouvais jolis.

Mais comme le dit Sabica Senez dans Petite Armoire à Coutellerie, ce n'est pas le remords qui fait mal, c'est le vide. C'est se rendre compte que, comme je le craignais, mes mémoires se sont faites mangées par les crocs des aiguilles des horloges à vapeur, que je préférerais à présent probablement ses jolies épaules de cire imparfaite et l'étoffe de ses étreintes sereines aux rainures du marbre blanc de tes avant-bras et aux larmes douces-amères qui ont ponctuées nos échauffourées. Que je choisirais la solution facile du copain qui me rend heureuse d'avoir bâtit quelque chose à deux au lieu de l'attachement pratiquement instantané des deux âmes un peu éclopées qui se soignent lentement, à coup de baisers à demi arrachés. 

Je ne sais pas ce que ça sera de te voir, cet été. Je parle encore toujours de toi avec P. Il n'est pas aussi con que le laissent parfois penser ses résultats académiques; il se doute bien que j'ai réservé un coin du lit de mes songes pour ton fantôme aux yeux polis de pleurs et embrumés de drogues et que, de temps en temps, j'ai bien envie d'aller me blottir dans tes bras de spectre émotionnel des perditions amoureuses - un petit coin tout nu, un petit coin sans couvertes où tu aurais eu froid de rester tout le temps à m'attendre, mais un petit coin néanmoins.

Je sais à quel point je serai tentée de joindre mes lèvres aux tiennes lorsqu'il sera à 24 heures d'avion de chez nous. Même si je l'aimerai probablement à temps plein d'ici là, même si mes sœurs le trouvent adorables. Juste parce que je n'ai pas réussi à passer le point de secours pour refermer les pans de patchwork de notre attachement décousu. Et qu'à chaque fois que je me fais rappeler à quel point tu es un gamin éclopé et adorable dans ses intempéries, qui achète des foulards de soie à 300 $ mais n'a rien à manger dans son réfrigérateur, qui aime pour moins se détester et qui fume pour oublier qu'il consume prestement cette jeunesse libre d'obligations, je me souviens à quel point il était beau d'avoir des larmes de compassion perlant dans mes yeux, sous le soleil doré d'un après midi de Juillet, les rayons jouant dans les feuilles comme mes doigts dans tes cheveux, pendant que je tenais doucement ton visage entre mes mains pour te murmurer que tout cela était fini et que moi je t'aimais. Le premier "je t'aime" que je t'avais chuchoté et que j'avais vraiment l'impression d'avoir cueilli profondément dans la terre meuble et tièdes d'un attachement véritable pour toi, le premier "je t'aime" que tu avais fait pousser sans faire par exprès dans ces champs baignés des crues de ta fragilité et de la chaleur pure de tes plus sincères émotions. La première fois que j'ai réellement fait l'amour, aussi, je crois, dans toute ma petite vie aux bas dépareillés; pour te montrer autrement que par ces mots maladroits tout ce que la mosaïque rabibochée de ton existence savait éveiller en moi sans que je ne sois capable de faire un tant soi peu d'ordre dans mes neurones emmêlées comme des guirlandes de Noël.

Tu vois, le drame qui imbibe notre histoire jusqu'à la faire couler aux tréfonds de nos mémoires est beaucoup plus romanesque que la légèreté candide que me procurent les embrassades amoureuses de mon joli monsieur aux freckles. Il permet des tirades aux rythmes plus lourds, lestés de sentiments qui s'ancrent dans les les mots comme l'encre dans le papier poreux, comme les racines des baobabs dans les sols terreux d'Afrique. Mais il ne me permet pas de vivre plus facilement, et là est le dur choix à faire: être réellement heureuse ou se sentir véritablement vivante?

Nous sommes à la fin mai, il fait soleil et quand on sort dehors, on entend les feuilles jouer avec un vent qui est bon sur la peau - un peu comme ce vidéo où j'étais saoule morte à 5 h de l'après-midi et où, seule dans mon petit parc de rien du tout à côté de chez moi, je regardais le ciel se confondre à la Rivière des Prairies et l'univers se confondre aux arbres qui chantaient la saison. Je me sens bien d'exister mais je me sens confuse, j'ai envie de te voir, mais j'ai aussi envie de l'aimer à sa juste valeur, sans demi-mesure. J'imagine que ça ne se fait jamais vraiment, et que l'important, c'est simplement de choisir à qui on veut montrer notre coeur boursouflé d'émotions...

Oui, j'imagine que le vrai amour, c'est surtout de renoncer aux autres amours qui auraient pus être véritables.

2 commentaires:

  1. Je crois que tu commences à le trouver, ton traité de paix dans ta tête...

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    1. Je crois pas qu'il y aura un jour une signature... Il y a une accalmie, un cessez-le-feu émotionnel, peut-être, disons. Les combats reprendront quand ils voudront, mais en attendant, j'imagine qu'il faut enjoy les champs de bataille vides.

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