lundi 29 avril 2013

Inhaler.




Je dois pourtant avoir une belle vie, objectivement...Le collège privé mignon et les notes supérieures à la moyenne, les fringues de marque et de friperie pour me donner une certaine authenticité, les beaux amis qui boivent trop, les sorties jusqu'à l'aube et la sangria sur les terrasses en après-midi lorsqu'il fait trop chaud pour que les badauds serrent leurs chiens contre eux, sur Saint-Denis... Le mec juste assez imparfait et banal pour être parfait, justement...
Il est... Adorable. Plus qu'adorable. Il m'appelle à 4h du matin quand il est saoul parce qu'il a envie de me parler, de tout et de rien, juste pour jacasser dans les vapes de son ivresse, juste parce que c'est sa fête et que je n'ai pas pu rester à Montréal pour le célébrer et qu'il s'ennuie et que le weekend prochain lui non plus n'est pas ici alors on ne se verra pas. Juste pour ça.
Les appels à 4 h du matin desquels on ne se souviendra plus: mon genre de romantisme.
Mais je n'ai pas envie de tomber amoureuse... Pas maintenant, je vous en supplie, j'ai déjà assez de difficulté avec moi-même... Je ne saurais pas comment lui expliquer que je suis cinglée, on ne se connait pas encore assez, je ne lui ai pas encore braillé dans les bras et il ne m'a pas vu avec le visage plein de mascara...
Je me rend compte que je souris quand je prend un de ses messages et ça me terrorise. Je vois qu'il va à la fête de mon fantôme aux jeux de tic tac toe de nacre contre les bras et j'ai envie de pleurer. Je ne suis pas faite pour ressentir. C'est trop gigantesque pour moi, une émotion; ça m'engloutit comme les vagues en haute mer sur les navires qui pêchent le crabe des neiges, et j'étouffe en voyant la surface dans un vitrail de lumière et d'eau glacée s'infiltrant dans mes poumons.
Tout m'enrage. Mon affection pour lui. Mes mémoires de l'autre qui perdent graduellement de leur lustre pour ne laisser que ces poussiéreuses larmes à peine remémorables dans un coin de la chambre froide de mes souvenirs. Mon ambition et mon assiduité vides d'intelligence. La douceur des cheveux de Philippe. Mon absence de travail. L'appartement que nous n'aurons surement pas, au lieu le plus parfait que je n'aurais pas pu rêver... Oh, ce foutu appartement qui représente tellement d'espérances à jeter aux poubelles! Bon débarras.
(Ben oui, ben oui, je le sais, c'est d'ma faute si j'ai pas c'que j'veux, à abandonner d'même, on a pas grand chose huh? Ben j't'une conne, qu'est-ce que tu veux qu'j'te dise. Y'avait un vers dans la pomme d'Ève.)
Je ne m'étais pas sentie aussi mal depuis au moins 2 mois. Chapeau, le cerveau, chapeau! Tu te dépasses dans ta grève de dopamine! À moins que ce ne soit que mon inaptitude à même essayer d'être heureuse.
Hier, c'était insoutenable. Littéralement. J'ai pleuré pendant au moins 2 heures en me mordant les doigts sporadiquement pour ne pas vomir ce cri qui est coincé dans ma gorge perpétuellement, plainte sauvage de haine envers tout ce qui est beau parce qu'il me donne une raison d'exister, d'essayer de passer par-dessus tout ce merdier qui fermente dans ma tête. Je me suis tailladée les bras et les cuisses à rentrer mes ongles dans leur peau lisse pour rayer la surface de quelque chose supposé être une vitrine à bon sens.
Si ça n'avait été de ces petites demi-lunes sanglantes dans ma chaire blême, je n'aurais jamais pu savoir que je m'étais fais mal. Je ne ressentais rien physiquement, absolument rien, comme si mes mains crispées tentaient d'avoir emprise sur des membres de beurre, comme si mon cerveau n'était aucunement relié à cette enveloppe flasque et maigre et laide et pourtant pas assez ignoble pour se faire manger par les autres... Rien, rien qui puisse faire compétition au carnage de mes neurones à feu et à sang. Un véritable génocide dans ma tête, un génocide sale, au maillet, à la machette, qui ne tuera pas tous mes songes comme je le voudrais mais qui laissera une fois de plus nombre de mes référents mentaux handicapés de quelques morceaux essentiels pour se tenir debout.
Soupir exténué, hors de lui. J'en ai assez...
J'ai envie de hurler, de m'arracher la peau comme je réussis à m'arracher le coeur encore et encore et encore, je ne veux plus aimer, je ne veux plus espérer, c'est assez, c'est assez, j'ai déjà assez souffert de voir les bosquets de mes espérances à peine fleuries déracinées, je suis fatiguée de toujours avoir à rebâtir ma vie sur des bonheurs potentiels qui n'existent pas, c'est assez, c'est assez, tuez-moi, je vous en supplie.

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