mercredi 27 mars 2013

Niobe, Caribou



Je ne suis pas capable de prendre mon crayon pour autre chose que griffonner des âneries haineuses ou esquisser des regards aux larmes de nacre et aux sourcils accusateurs. Comme si mon esprit refusait de céder la place à mon intellect, faute d'avoir réussi à évacuer ce mal-être venimeux qui me sature l'âme et engorge ma sérénité. Souffres moins fort, mon amour, tu me bouches l'oubli, comme il avait dit, le garçon dans mon texte lorsque j'avais 16 ans.
Je vais exploser, comme un volcan, cracher des gerbes d'insultes au plus aimant des amants, charcuter mon enveloppe corporelle à grands coups de ciseaux rouillés comme dans mon rêve de la nuit dernière, pleurer en boule dans un bar et baiser crûment dans les toilettes en labourant la peau d'un inconnu anonyme de franges de chair où ne poussera pas le plaisir complet qu'il espère.
Je veux lécher les coulisses de vin sur le verre sale d'une coupe cassée et m'ouvrir le coeur à coup de tessons pour mieux offrir mon corps brûlant de perdition. Je veux me détruire, je veux me détruire, je veux me détruire, et créer des derniers lambeaux d'étoffes de l'individu accomplie qui se cache sporadiquement derrière le Scylla de mes songes une fresque incroyablement belle et terrible pour m'y pendre. Je ne réussirai jamais à exister comme du monde, seigneur dieu...
Pardon, Frédéric, pardon de ne pas être cette nymphe parfaite que tu prêtes à mes neurones. Je redoute le moment où tu réaliseras que chacun de mes synapses est lentement rongé par les crocs acérés de mon auto-anéantissement, où tu te rendras compte que je ne réussirai jamais à changer le monde (comme tu te réchauffes le coeur à l'espérer) tant que je n'aurai pas réussi à me changer, moi.
Viendras-tu à mes funérailles? S'il-te-plait, il y aura des jolies fleurs, je te le promet.
Si je meure jeune, je voudrais que quelqu'un divulgue sur ce blog le nom du salon où je serai exposé pour que G. (ou toute autre correspondance anonyme si ça vous chante) puisse venir lire un de ses textes à mes proches, sans qu'ils ne sachent exactement d'où vient cet étrange lien pixelisé.
Suis-je une façade internet? Peut-être vos yeux virtuels en sachent-ils davantage sur les tréfonds de mon âme que bien des habitués de mon visage.
Je ne sais pas ce que je suis, je ne sais pas ce que je veux être, je ne sais pas ce que je veux, point, à ligne - et je ne sais pas pourquoi je me répète autant. Relisez ce blog du début, bon Dieu, je suis un répondeur automatique. Pour réentendre ce message, appuyez sur le 9.
Je sais que si je continue à le voir, si nous allons prendre un verre, nous embrassons, dormons en cuiller, allons au cinéma, rigolons, mangeons des sushis, écoutons nos appréhensions mutuelles bénignes, tout ce tralala traditionnel lassant, je tomberai amoureuse, bien évidemment. On s'atèle aux gens qui partagent notre quotidien parce qu'ils nous donnent une chance d'aimer cette routine dans laquelle s'ancre notre vie, et si on peut aimer exister, et bien on saute sur la chance.
C'est pour cela que je ne suis pas sure de vouloir continuer à essayer de l'oublier avec cet homme mignon, qui prend des plombs parfois, mais pas trop, qui boit un peu, raisonnablement (qui voulait que j'arrête de m'acheter de la bière à répétition), qui écoute des films de satellites quand il est bourré à 2 heures du matin et qui ferait une adorable boussole à adopter: je sais qu'il parviendrait à me faire oublier les autoroutes blanches striant ton corps, qu'il me rendrait de glace face aux mémoires de tes larmes acides et de tes rires sucrés.
Tire d'érable sur les lèvres. Tu colles aux dents.
Mais en même temps, je me dis qu'encore une fois, c'est peut-être pour le mieux; que la plus belle preuve d'amour que je pourrais te faire, c'est rester muette à mon besoin de ta peau sous mes doigts, de tes confidences à mes tympans, de ta fragilité concassée à caresser doucement du bout des empreintes digitales... Ne pas t'imposer le leste de mon besoin de toi. Disparaître, tout simplement, te faire croire que moi non plus, je n'en ai plus rien à foutre, comme je te l'ai si bien mimé alors que nous nous sommes ignorés avec brio, samedi dernier.
En étant une bonne personne, je ne viendrais pas te faire l'aveu alcoolique de ta beauté apocalyptique alors que, fascinée par l'électrocardiogramme de tes rythmes nocturnes, appropriés, personnifiés, je détaillais leurs oscillations contrôlées par ton étrange dextérité électronique. Je ne tenterais pas de faire battre ton coeur de jalousie en me laissant enlacer par derrière et en riant aux éclats. Je m'empêcherais de louer des tonnes de CD qui me rappellent cet été. Je n'irais pas me faire des plombs avec tes meilleurs copains que je connais à peine. Je te laisserais simplement disparaître doucement de ma vie, t'estomper jusqu'à n'être que l'ombre trouble de jours qui n'étaient peut-être pas meilleurs, mais oh combien plus magiques.
J'aurais une relation normale, pour une deuxième fois dans ma sainte existence; je fréquenterais un "bon gars" qui s'en va à l'université, ne consomme pas trop de drogues et attend quelque chose de plutôt joli de son avenir. En a l'espoir, en tout cas. Ne souhaite pas s'éteindre avant ses 30 ans. Je le présenterais sans le doute constant de ce que la société pense de lui et de comment elle pourrait le concasser de ses opinions damnées (parce que oui, terrible comme je suis, par le passé, il y avait toujours un léger malaise à lancer : "bah, mon copain à moi, il va pas vraiment au cégep  en fait."). Je ne me heurterais pas à l'accumulation de frustration de toujours débarquer chez lui pour le trouver dans les vapes, le rire atone, les poumons en bouillie. Il viendrait souper chez nous sans que je n'aie à lui demander de ne pas venir intoxiqué. En un sens, même si cela sonne égoïste, paradoxal et lâche, c'est une vision attrayante, parce qu'elle serait tellement moins épuisante...
Mais, même si le propos sonne comme un discours évangéliste, que deviendras-tu, toi? Toujours le même magnifique spectre fragmenté soufflant sa poussière d'étoiles aux nuits des rêveurs souhaitant se perdre quelques nuits, pas une vie entière... Tu réalises bien que tu es en train de la consumer, ta petite existence au jour le jour, toujours la nuit?
Peut-être à tord, mais j'ai l'impression que tu m'as murmuré, à travers les décombres d'un attachement démantelé, que tu voulais être plus que cette caricature déchéante que tu te sentais obligé d'incarner, puisque les gens te la dessinait contre le corps. Tu es tellement plus que tes imperfections, il y a un monde caché sous ta peau tachée de douleur, il y a de l'art brut qui n'aurait pas besoin de stupéfiants pour fleurir, il y a cette douceur innée décelée dans tes sourires qui pourrait panser tellement de plaies ouvertes... Cependant, je ne veux pas non plus transposer l'envie que j'ai de te voir guéri à ta réelle volonté de changer.
J'aimerais te voir heureux, mon amour, j'aimerais tellement te croiser au détour de ma vie et réaliser que tu as réussi à rendre la tienne à la hauteur de ta valeur, même si je t'aime tout croche, quatre doubles triolet... Oui, encore une fois, love, encore une fois.
Un jour, peut-être, j'apprendrai à te murmurer des portées de cet attachement qui ne fausseront pas.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire