jeudi 14 mars 2013

Disclosure

Long time no see!
C'est que j'étais allée me perdre en Afrique, braves comparses.
Une p'tite photo pour vos yeux amoureux de l'exotisme échappatoire, et un p'tit extrait de mon travail de littérature parce qu'il est inspiré du dit voyage.
___________________________________________________________________________________




01/09/2013


Les ombres étranges d’arbres exotiques se découpant sur un ciel ponctué d’étoiles… Le souffle chaud de l’air nocturne balayant la piste… Le bourdonnement d’insectes, trame de fond opaque à cette nuit sans nuages… Plusieurs langues parlées autour de moi, contribuant à cette impression d’étrangeté enveloppante… Je me dirige lentement vers la porte du minuscule aéroport, comme un rêveur déambule dans les méandres d’un sommeil à demi dévoilé.

À l’intérieur, l’air est dense, imprégné d’une odeur de sueur marquée. La salle est emplie des voix des agents de douane et les files pour atteindre les bureaux sont confuses, tortueuses; certaines semblent mener à un mur. Des haut-parleurs suspendus aux colonnes de béton soutenant le plafond crachent une musique pop aux accents américains, mais qui m’est inconnue.

Après une certaine attente, je réponds aux quelques questions de l’agent dans un anglais approximatif, qui appose l’étampe de mon visa sans pousser bien loin ses interrogations, puis, je gagne l’entrée principale des départs, où quelques chauffeurs de taxis s’arrachent les clients. Je n’ai pas plus de baggage que le sac à dos bourré que j’ai trainé dans l’avion; je trouve ainsi facilement le papier froissé où j’ai prestement grifonné le nom de l’hôtel le plus proche, que je tend au chauffeur d’une vanne tressautant sur le chemin de terre ocre constellé de pierres menant à ma fuite.

Il doit être une heure du matin dans la petite demeure qu’on m’octroie, reliée à la réception par un maigre chemin de pierres bordé d’hautes herbes. 16h à Montréal. 15h42 sur le cadran brisé de ton minuscule appartement rue Ontario.

Je m’endors en observant un petit lézard suspendu à mon plafond couleur safran.


* * *


Je rêve aux raves et aux comprimés pluricolors sur ta langue. À l’alcool brûlant ma trachée et aux mains tachant mon corps d’une envie dénudée de toute puérilité. Au rythme hypnotisant du DJ et à cette foule sans nom, sans visage et sans avenir.

À ton corps étendu sur le plancher collant de cette usine désaffectée. À ma confusion et à ton immobilité.

Je rêve au rythme de ton cœur perdu dans les battements de pieds endiablés de mille adultes amphétaminés.

C’est le souvenir du blanc immaculé des draps de l’hôpital qui me réveillent en un sursaut.



01/13/2013


Pourquoi Dar Es Salaam plutôt que New Delhi, que Beijing ou qu’Alger? Parce que c’est le premier vol dont le nom ne me disait strictement rien lorsque j’ai posé les yeux dessus.



01/18/2013


« C’est comment, le Québec? »

Il parle du curieux accent local, articulant entièrement chaque syllabe sans vraiment donner une intonation plus importante à aucune d’elles.

Je ne sais pas trop quoi répondre à ce brutal ensevelissement sous l’éboulement de mes lourdes mémoires. C’est peuplé de petites solitudes francophones, touchantes et effrénées, perdues dans l’anéantissement graduel d’anglophones se poudrant le nez sur Crescent, mais qui trouvent parfois le hasard chanceux d’être heureux dans un mode de vie plus ou moins occidental universel, aies-je envie de lui répondre.

« J’ai entendu que c’était bien, » continue-t-il, avec un large sourire sincère, me jetant de rapides coups d’œil dans le rétroviseur pour appuyer ses propos. « Beaucoup de travail… Beaucoup d’opportunités partout… »

Cette lourde soirée d’octobre, une des trop nombreuses s’étant terminée aux petites heures, accoté contre la rambarde de ton balcon chétif donnant sur Ontario, sale et décadente, me revient en tête, défilant comme le négatif d’un film en projection privée dans mon crâne.

Tu fumais lentement, lentement, comme excuse pour rester dehors malgré le froid saisissant de novembre se profilant. À chaque fois que tu soutirais le dernier soupir de ton filtre, tu attisais contre ses braises une seconde cigarette. Puis une troisième contre la seconde. Puis une quatrième… Je crois que tu avais passé un paquet complet de la sorte, en l’espace de quelques heures.

Tu avais trop bu, trop fumé- remarques, moi aussi : j’étais complètement dans les vapes, étendue sur les motifs bosselés du fer rouillé, à essayer de suivre un monologue confus que tu tenais depuis quelques minutes déjà sur la mièvreté du futur.

« J’suis déjà foutu. Tout est déjà foutu. Tu vois? Y’a un gars qui dort avec une bouteille de vin cheapette de dépanneur au coin de la rue, pi ça m’rend triste. Y doit avoir 45 ans, des kids qui veulent plus lui parler parce qu’au dernier party de Noël y’était saoul mort. Déjà foutu. Ou p’t’être pas, j’en sais rien, en fait, j’en sais crissement rien! Crissement rien! Sauf qu’y’est 4 heures du matin, j’ai des cours à 9 pi la mi-session est dans une semaine, fuck, pi j’ai rien étudié, j’suis dans la marde, j’ai rien écris depuis deux semaines pi j’ai dis au prof de littérature contemporaine que j’ai juste oublié le travail chez nous. Fuck. Fuck. » Pause silencieuse et anxieuse. « J’vais jamais m’en sortir demême, tabarnack, je sais pas c’que j’criss. »

« Tu pourrais changer, » avais-je hasardé d’un air absent, obsédant sur tes ongles rongés de moitié enserrant le bout de ton mégot avec anxiété.

Ça t’avait fâché. « Pour quoi? Me caser, vieillir dans un calice de bureau minable à la hauteur de ma valeur de merde, avoir des p’tits criss pour qu’y me voient crever lentement d’un putain de cancer? »

Subitement, tu étais redevenu immobile, une statue de marbre figée dans le décor détonnant de la rue glauque. Tu avais pris une longue bouffée de cigarette, interminable, expirant des volutes de fumée dans lesquelles se confondaient partiellement les larmes laquant tes iris.

Tu avais attendu longtemps, longtemps, avant de lancer dans un murmure étouffé : « J’suis pas sur que j’suis fait pour exister… »

Peut-être était-ce ce qui m’avait fait m’ancrer à tes côtés de manière si illogique : cette sensibilité à fleur de peau alarmant constamment ta conscience, qui m’avait fait croire jusqu’à la fin que tu parviendrais à t’en sortir, à te faire espérer mieux qu’une fin preste accélérée par tes intempéries émotionnelles…

Je m’étais péniblement levée et avais doucement pris ta main pour embrasser une à une les maintes cicatrices constellant ton poignet. En silence. Comme une petite messe solitude pour panser les stigmates d’un antichrist anonyme.

« C’est bien, oui, » me contente-je de répliquer.


[...] 

01/22/2013

Traditionnellement, lors d’un décès, les Masaïs sacrifiaient un mouton, huilaient le corps du mort du sang de ce-dernier et abandonnaient leur village, laissant la carcasse disparaître sous les crocs des bêtes sauvages. Une sorte d’offrande au cycle nécessaire du trépas, humain comme animal.

Toi, tu t’es fais manger par ton appétit démesuré et déshumanisant pour les paradis artificiels, et ce, avant ton heure. En un sens, peut-être étais-tu déjà six pieds sous terre avant cette nuit-là, parce qu’il était écrit quelque part, codé dans les hiéroglyphes étampés sur tes pillules à perdition, qu’un jour, tu passerais par-delà l’évaporation temporaire de ce monde…



01/30/2013

Comparativement aux teintes saturées des fleurs fuchsia et aux casques bleu métallique des scarabées, la couleur de ma propre vie paraît terne et lointaine; j’ai l’impression de la détailler comme on scrute ces photographies d’époque aux visages anonymes et dénaturés.

Ici, je ne sais plus qui je suis, qui je devrais être, ou même ce que je suis. J’ai égaré, quelque part durant les 24 heures séparant Montréal d’Arusha, la nécessité de suivre la course des aiguilles d’une montre; ou même le devoir de savoir mon nom, puisque personne ne m’interpelle en alignant ces syllabes qui sont supposées définir mon être. Je ne suis plus grand chose d’autre qu’un obstacle à l’haleine chaude de –nom divinité du vent africaine--, qui couche sporadiquement les herbes décolorées de ces plaines infinies. J’ai la même immobilité que ces souches tortueuses brandissant leurs boucliers plats de feuilles sèches contre les coups assommants du soleil africain. Je suis un fragment de ce paysage sans que ce corps ayant substitué mon âme n’ait un gramme de sens hors de son ensemble.

J’essaie de penser à mon existence là-bas, ce lieu que je devrais appeler ma maison, mais mes réminiscences ne me laissent que l’étrange impression d’être un acteur tentant de s’imprégner du rôle d’une vie inventée. Les colonnes vertébrales rouillées s’enroulant aux rampes de métal des escaliers du Plateau, la neige sale fondant sur les planchers des bouches de métro brûlantes, toutes ces carcasses de brique agglutinées les unes contre les autres pour survivre au carcan de gèle de nos hivers québécois…

Ta bouche exhalant les volutes troubles de cigarettes bon marché…

Je sais que vous existez tous, à quelque part, dans un temps quelconque, mais nous sommes séparés par un étrange linceul trouble, qui me frôle parfois au souffle de mes souvenirs somnambules, mais qui vous laisse néanmoins de l’autre côté de ce voile fantomatique d’une autre vie.

N’était-ce pas ce que je voulais en venant ici? Oublier… Me concentrer à n’être qu’une autre ombre anonyme et passagère pour ces hommes et femmes aux peaux d’ébène vêtus de longues tuniques de couleurs riches, attirant l’œil et l’admiration… Respirer, un peu… Être, 1ère personne du singulier, présent de l’indicatif, sans conditionnel artificiel ou 2ème personne au passé composé ensemble.
Je me sublimée dans la caresse de l’inconnu, et tu ne peux pas savoir à quel point cela me fait du bien…

5 commentaires:

  1. C'est pour un travail? Ton prof pourra jamais évaluer ça avec une grille de corrections. Ça transcende quelconque système d'évaluation normative, ce texte. À sa place, je te noterais pas. Pas que la forme est si éclatée; simplement que les sentiments évoqués ridiculiseront ce nombre ô combien déshumanisé.

    RépondreSupprimer
  2. "Comme une petite messe solitude pour panser les stigmates d’un antichrist anonyme." La balle dans le long coridor du canon. bangbang.

    Je suis heureuse de pouvoir de nouveau me saouler à ta prose.

    RépondreSupprimer
  3. Bon sang, ça m'avait manqué...

    RépondreSupprimer
  4. Mais qui es tu ? Est-ce bien là un vrai journal ? Si la réponse est négative je crois que je préfère ne pas savoir
    Tout les mots sur lesquels je tombe sont tellement authentiques, profonds, touchants, et proches de ce que je ressens
    Je ne sais pas pourquoi mais j'ai absolument besoin de savoir, je m'en vais décortiquer les pages de ce site

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce texte là, pas exactement. Disons, inspiré, mais pas calqué.
      Le reste du blog, d'habitude, c'est plutôt un journal. Des fois j'ai des envolées fictives, mais généralement, ça se voit.
      Mais c'est vraiment très gentil, ça réchauffe le coeur au moins de savoir que ses déboires ont un écho dans le coeur d'autres personnes...

      Supprimer