samedi 30 mars 2013

How long have you known? How long has it shown?



Des fois, dans mes crises, j'ai l'impression que je dois rester immobile pour pas imploser, je passe des heures dans la même position, couchée, et d'autres fois dans les mêmes 5 minutes j'ai besoin de boire des gallons de fort et de faire n'importe quoi, embrasser n'importe qui et me foutre en l'air en le moins de temps possible, me péter l'enveloppe corporelle juste pour exister.
Peut-être que c'est juste sain. Mais quand c'est dans ma tête, c'est tellement difficile à concevoir...


J'ai relu de vieilles conversations avec toi. C'était étrange. À t'entendre, on allait passer notre vie tous les deux; je n'y croyais pas et je n'y crois toujours pas. Mais tu me manques. "On pourrait habiter ensemble dedans et avoir 3 enfants." C'est étrange.
Je suis seule et saoule.
Tu me manques.
T'envoyer un ridicule message text ne changera pas.
Tu me manques et tu baises avec n'importe qui.
Tu veux seulement quelqu'un pour peupler ta solitude. Ou ton trop plein.
Je ne sais plus.
Tu me manques.

jeudi 28 mars 2013

Nocturne # 14


Photo: Christy Lee Rogers (une génie)

Texte spontané sans queue ni tête.


Alors peut-être, oui, peut-être y a-t-il encore une certaine beauté dans les méandres des prénoms, peut-être Montréal est-elle encore belle, avec ses robes de givre, les frissons de ses corolles au printemps et les briques sales de son centre-ville emmitouflé de la douceur d’un peuple qui ne voulait pas autrefois crier trop fort pour ne pas déranger. Peut-être puis-je faner un sourire sans perdre la source d’une parole, peut-être puis-je murmurer mes larmes sans qu’elles ne bouchent les caniveaux d’autres consciences, peut-être, peut-être.
Mais toute cette hésitation, ces si si nécessaires et pourtant si douloureusement ambigus, inatteignables, ne remplira jamais le vide du plein qui fait de ce monde une toile où tous se frôlent sans s’étreindre et qui me perdent, moi, poussière d’abandon de l’érosion des émotions, dans les vents contraires des rythmes marins.

Is it just a game? I don't know


"I am hopelessly, irrevocably in love with the most fucked up kind of man I've ever met, and I haven't said a single word to him in months." She took a drag of her cigarette and gave him a quick, careless glance. "What else do I have left to do than fuck strangers and sip martinis?"

La vie, la vie!

mercredi 27 mars 2013

Niobe, Caribou



Je ne suis pas capable de prendre mon crayon pour autre chose que griffonner des âneries haineuses ou esquisser des regards aux larmes de nacre et aux sourcils accusateurs. Comme si mon esprit refusait de céder la place à mon intellect, faute d'avoir réussi à évacuer ce mal-être venimeux qui me sature l'âme et engorge ma sérénité. Souffres moins fort, mon amour, tu me bouches l'oubli, comme il avait dit, le garçon dans mon texte lorsque j'avais 16 ans.
Je vais exploser, comme un volcan, cracher des gerbes d'insultes au plus aimant des amants, charcuter mon enveloppe corporelle à grands coups de ciseaux rouillés comme dans mon rêve de la nuit dernière, pleurer en boule dans un bar et baiser crûment dans les toilettes en labourant la peau d'un inconnu anonyme de franges de chair où ne poussera pas le plaisir complet qu'il espère.
Je veux lécher les coulisses de vin sur le verre sale d'une coupe cassée et m'ouvrir le coeur à coup de tessons pour mieux offrir mon corps brûlant de perdition. Je veux me détruire, je veux me détruire, je veux me détruire, et créer des derniers lambeaux d'étoffes de l'individu accomplie qui se cache sporadiquement derrière le Scylla de mes songes une fresque incroyablement belle et terrible pour m'y pendre. Je ne réussirai jamais à exister comme du monde, seigneur dieu...
Pardon, Frédéric, pardon de ne pas être cette nymphe parfaite que tu prêtes à mes neurones. Je redoute le moment où tu réaliseras que chacun de mes synapses est lentement rongé par les crocs acérés de mon auto-anéantissement, où tu te rendras compte que je ne réussirai jamais à changer le monde (comme tu te réchauffes le coeur à l'espérer) tant que je n'aurai pas réussi à me changer, moi.
Viendras-tu à mes funérailles? S'il-te-plait, il y aura des jolies fleurs, je te le promet.
Si je meure jeune, je voudrais que quelqu'un divulgue sur ce blog le nom du salon où je serai exposé pour que G. (ou toute autre correspondance anonyme si ça vous chante) puisse venir lire un de ses textes à mes proches, sans qu'ils ne sachent exactement d'où vient cet étrange lien pixelisé.
Suis-je une façade internet? Peut-être vos yeux virtuels en sachent-ils davantage sur les tréfonds de mon âme que bien des habitués de mon visage.
Je ne sais pas ce que je suis, je ne sais pas ce que je veux être, je ne sais pas ce que je veux, point, à ligne - et je ne sais pas pourquoi je me répète autant. Relisez ce blog du début, bon Dieu, je suis un répondeur automatique. Pour réentendre ce message, appuyez sur le 9.
Je sais que si je continue à le voir, si nous allons prendre un verre, nous embrassons, dormons en cuiller, allons au cinéma, rigolons, mangeons des sushis, écoutons nos appréhensions mutuelles bénignes, tout ce tralala traditionnel lassant, je tomberai amoureuse, bien évidemment. On s'atèle aux gens qui partagent notre quotidien parce qu'ils nous donnent une chance d'aimer cette routine dans laquelle s'ancre notre vie, et si on peut aimer exister, et bien on saute sur la chance.
C'est pour cela que je ne suis pas sure de vouloir continuer à essayer de l'oublier avec cet homme mignon, qui prend des plombs parfois, mais pas trop, qui boit un peu, raisonnablement (qui voulait que j'arrête de m'acheter de la bière à répétition), qui écoute des films de satellites quand il est bourré à 2 heures du matin et qui ferait une adorable boussole à adopter: je sais qu'il parviendrait à me faire oublier les autoroutes blanches striant ton corps, qu'il me rendrait de glace face aux mémoires de tes larmes acides et de tes rires sucrés.
Tire d'érable sur les lèvres. Tu colles aux dents.
Mais en même temps, je me dis qu'encore une fois, c'est peut-être pour le mieux; que la plus belle preuve d'amour que je pourrais te faire, c'est rester muette à mon besoin de ta peau sous mes doigts, de tes confidences à mes tympans, de ta fragilité concassée à caresser doucement du bout des empreintes digitales... Ne pas t'imposer le leste de mon besoin de toi. Disparaître, tout simplement, te faire croire que moi non plus, je n'en ai plus rien à foutre, comme je te l'ai si bien mimé alors que nous nous sommes ignorés avec brio, samedi dernier.
En étant une bonne personne, je ne viendrais pas te faire l'aveu alcoolique de ta beauté apocalyptique alors que, fascinée par l'électrocardiogramme de tes rythmes nocturnes, appropriés, personnifiés, je détaillais leurs oscillations contrôlées par ton étrange dextérité électronique. Je ne tenterais pas de faire battre ton coeur de jalousie en me laissant enlacer par derrière et en riant aux éclats. Je m'empêcherais de louer des tonnes de CD qui me rappellent cet été. Je n'irais pas me faire des plombs avec tes meilleurs copains que je connais à peine. Je te laisserais simplement disparaître doucement de ma vie, t'estomper jusqu'à n'être que l'ombre trouble de jours qui n'étaient peut-être pas meilleurs, mais oh combien plus magiques.
J'aurais une relation normale, pour une deuxième fois dans ma sainte existence; je fréquenterais un "bon gars" qui s'en va à l'université, ne consomme pas trop de drogues et attend quelque chose de plutôt joli de son avenir. En a l'espoir, en tout cas. Ne souhaite pas s'éteindre avant ses 30 ans. Je le présenterais sans le doute constant de ce que la société pense de lui et de comment elle pourrait le concasser de ses opinions damnées (parce que oui, terrible comme je suis, par le passé, il y avait toujours un léger malaise à lancer : "bah, mon copain à moi, il va pas vraiment au cégep  en fait."). Je ne me heurterais pas à l'accumulation de frustration de toujours débarquer chez lui pour le trouver dans les vapes, le rire atone, les poumons en bouillie. Il viendrait souper chez nous sans que je n'aie à lui demander de ne pas venir intoxiqué. En un sens, même si cela sonne égoïste, paradoxal et lâche, c'est une vision attrayante, parce qu'elle serait tellement moins épuisante...
Mais, même si le propos sonne comme un discours évangéliste, que deviendras-tu, toi? Toujours le même magnifique spectre fragmenté soufflant sa poussière d'étoiles aux nuits des rêveurs souhaitant se perdre quelques nuits, pas une vie entière... Tu réalises bien que tu es en train de la consumer, ta petite existence au jour le jour, toujours la nuit?
Peut-être à tord, mais j'ai l'impression que tu m'as murmuré, à travers les décombres d'un attachement démantelé, que tu voulais être plus que cette caricature déchéante que tu te sentais obligé d'incarner, puisque les gens te la dessinait contre le corps. Tu es tellement plus que tes imperfections, il y a un monde caché sous ta peau tachée de douleur, il y a de l'art brut qui n'aurait pas besoin de stupéfiants pour fleurir, il y a cette douceur innée décelée dans tes sourires qui pourrait panser tellement de plaies ouvertes... Cependant, je ne veux pas non plus transposer l'envie que j'ai de te voir guéri à ta réelle volonté de changer.
J'aimerais te voir heureux, mon amour, j'aimerais tellement te croiser au détour de ma vie et réaliser que tu as réussi à rendre la tienne à la hauteur de ta valeur, même si je t'aime tout croche, quatre doubles triolet... Oui, encore une fois, love, encore une fois.
Un jour, peut-être, j'apprendrai à te murmurer des portées de cet attachement qui ne fausseront pas.

jeudi 14 mars 2013

Disclosure

Long time no see!
C'est que j'étais allée me perdre en Afrique, braves comparses.
Une p'tite photo pour vos yeux amoureux de l'exotisme échappatoire, et un p'tit extrait de mon travail de littérature parce qu'il est inspiré du dit voyage.
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01/09/2013


Les ombres étranges d’arbres exotiques se découpant sur un ciel ponctué d’étoiles… Le souffle chaud de l’air nocturne balayant la piste… Le bourdonnement d’insectes, trame de fond opaque à cette nuit sans nuages… Plusieurs langues parlées autour de moi, contribuant à cette impression d’étrangeté enveloppante… Je me dirige lentement vers la porte du minuscule aéroport, comme un rêveur déambule dans les méandres d’un sommeil à demi dévoilé.

À l’intérieur, l’air est dense, imprégné d’une odeur de sueur marquée. La salle est emplie des voix des agents de douane et les files pour atteindre les bureaux sont confuses, tortueuses; certaines semblent mener à un mur. Des haut-parleurs suspendus aux colonnes de béton soutenant le plafond crachent une musique pop aux accents américains, mais qui m’est inconnue.

Après une certaine attente, je réponds aux quelques questions de l’agent dans un anglais approximatif, qui appose l’étampe de mon visa sans pousser bien loin ses interrogations, puis, je gagne l’entrée principale des départs, où quelques chauffeurs de taxis s’arrachent les clients. Je n’ai pas plus de baggage que le sac à dos bourré que j’ai trainé dans l’avion; je trouve ainsi facilement le papier froissé où j’ai prestement grifonné le nom de l’hôtel le plus proche, que je tend au chauffeur d’une vanne tressautant sur le chemin de terre ocre constellé de pierres menant à ma fuite.

Il doit être une heure du matin dans la petite demeure qu’on m’octroie, reliée à la réception par un maigre chemin de pierres bordé d’hautes herbes. 16h à Montréal. 15h42 sur le cadran brisé de ton minuscule appartement rue Ontario.

Je m’endors en observant un petit lézard suspendu à mon plafond couleur safran.


* * *


Je rêve aux raves et aux comprimés pluricolors sur ta langue. À l’alcool brûlant ma trachée et aux mains tachant mon corps d’une envie dénudée de toute puérilité. Au rythme hypnotisant du DJ et à cette foule sans nom, sans visage et sans avenir.

À ton corps étendu sur le plancher collant de cette usine désaffectée. À ma confusion et à ton immobilité.

Je rêve au rythme de ton cœur perdu dans les battements de pieds endiablés de mille adultes amphétaminés.

C’est le souvenir du blanc immaculé des draps de l’hôpital qui me réveillent en un sursaut.



01/13/2013


Pourquoi Dar Es Salaam plutôt que New Delhi, que Beijing ou qu’Alger? Parce que c’est le premier vol dont le nom ne me disait strictement rien lorsque j’ai posé les yeux dessus.



01/18/2013


« C’est comment, le Québec? »

Il parle du curieux accent local, articulant entièrement chaque syllabe sans vraiment donner une intonation plus importante à aucune d’elles.

Je ne sais pas trop quoi répondre à ce brutal ensevelissement sous l’éboulement de mes lourdes mémoires. C’est peuplé de petites solitudes francophones, touchantes et effrénées, perdues dans l’anéantissement graduel d’anglophones se poudrant le nez sur Crescent, mais qui trouvent parfois le hasard chanceux d’être heureux dans un mode de vie plus ou moins occidental universel, aies-je envie de lui répondre.

« J’ai entendu que c’était bien, » continue-t-il, avec un large sourire sincère, me jetant de rapides coups d’œil dans le rétroviseur pour appuyer ses propos. « Beaucoup de travail… Beaucoup d’opportunités partout… »

Cette lourde soirée d’octobre, une des trop nombreuses s’étant terminée aux petites heures, accoté contre la rambarde de ton balcon chétif donnant sur Ontario, sale et décadente, me revient en tête, défilant comme le négatif d’un film en projection privée dans mon crâne.

Tu fumais lentement, lentement, comme excuse pour rester dehors malgré le froid saisissant de novembre se profilant. À chaque fois que tu soutirais le dernier soupir de ton filtre, tu attisais contre ses braises une seconde cigarette. Puis une troisième contre la seconde. Puis une quatrième… Je crois que tu avais passé un paquet complet de la sorte, en l’espace de quelques heures.

Tu avais trop bu, trop fumé- remarques, moi aussi : j’étais complètement dans les vapes, étendue sur les motifs bosselés du fer rouillé, à essayer de suivre un monologue confus que tu tenais depuis quelques minutes déjà sur la mièvreté du futur.

« J’suis déjà foutu. Tout est déjà foutu. Tu vois? Y’a un gars qui dort avec une bouteille de vin cheapette de dépanneur au coin de la rue, pi ça m’rend triste. Y doit avoir 45 ans, des kids qui veulent plus lui parler parce qu’au dernier party de Noël y’était saoul mort. Déjà foutu. Ou p’t’être pas, j’en sais rien, en fait, j’en sais crissement rien! Crissement rien! Sauf qu’y’est 4 heures du matin, j’ai des cours à 9 pi la mi-session est dans une semaine, fuck, pi j’ai rien étudié, j’suis dans la marde, j’ai rien écris depuis deux semaines pi j’ai dis au prof de littérature contemporaine que j’ai juste oublié le travail chez nous. Fuck. Fuck. » Pause silencieuse et anxieuse. « J’vais jamais m’en sortir demême, tabarnack, je sais pas c’que j’criss. »

« Tu pourrais changer, » avais-je hasardé d’un air absent, obsédant sur tes ongles rongés de moitié enserrant le bout de ton mégot avec anxiété.

Ça t’avait fâché. « Pour quoi? Me caser, vieillir dans un calice de bureau minable à la hauteur de ma valeur de merde, avoir des p’tits criss pour qu’y me voient crever lentement d’un putain de cancer? »

Subitement, tu étais redevenu immobile, une statue de marbre figée dans le décor détonnant de la rue glauque. Tu avais pris une longue bouffée de cigarette, interminable, expirant des volutes de fumée dans lesquelles se confondaient partiellement les larmes laquant tes iris.

Tu avais attendu longtemps, longtemps, avant de lancer dans un murmure étouffé : « J’suis pas sur que j’suis fait pour exister… »

Peut-être était-ce ce qui m’avait fait m’ancrer à tes côtés de manière si illogique : cette sensibilité à fleur de peau alarmant constamment ta conscience, qui m’avait fait croire jusqu’à la fin que tu parviendrais à t’en sortir, à te faire espérer mieux qu’une fin preste accélérée par tes intempéries émotionnelles…

Je m’étais péniblement levée et avais doucement pris ta main pour embrasser une à une les maintes cicatrices constellant ton poignet. En silence. Comme une petite messe solitude pour panser les stigmates d’un antichrist anonyme.

« C’est bien, oui, » me contente-je de répliquer.


[...] 

01/22/2013

Traditionnellement, lors d’un décès, les Masaïs sacrifiaient un mouton, huilaient le corps du mort du sang de ce-dernier et abandonnaient leur village, laissant la carcasse disparaître sous les crocs des bêtes sauvages. Une sorte d’offrande au cycle nécessaire du trépas, humain comme animal.

Toi, tu t’es fais manger par ton appétit démesuré et déshumanisant pour les paradis artificiels, et ce, avant ton heure. En un sens, peut-être étais-tu déjà six pieds sous terre avant cette nuit-là, parce qu’il était écrit quelque part, codé dans les hiéroglyphes étampés sur tes pillules à perdition, qu’un jour, tu passerais par-delà l’évaporation temporaire de ce monde…



01/30/2013

Comparativement aux teintes saturées des fleurs fuchsia et aux casques bleu métallique des scarabées, la couleur de ma propre vie paraît terne et lointaine; j’ai l’impression de la détailler comme on scrute ces photographies d’époque aux visages anonymes et dénaturés.

Ici, je ne sais plus qui je suis, qui je devrais être, ou même ce que je suis. J’ai égaré, quelque part durant les 24 heures séparant Montréal d’Arusha, la nécessité de suivre la course des aiguilles d’une montre; ou même le devoir de savoir mon nom, puisque personne ne m’interpelle en alignant ces syllabes qui sont supposées définir mon être. Je ne suis plus grand chose d’autre qu’un obstacle à l’haleine chaude de –nom divinité du vent africaine--, qui couche sporadiquement les herbes décolorées de ces plaines infinies. J’ai la même immobilité que ces souches tortueuses brandissant leurs boucliers plats de feuilles sèches contre les coups assommants du soleil africain. Je suis un fragment de ce paysage sans que ce corps ayant substitué mon âme n’ait un gramme de sens hors de son ensemble.

J’essaie de penser à mon existence là-bas, ce lieu que je devrais appeler ma maison, mais mes réminiscences ne me laissent que l’étrange impression d’être un acteur tentant de s’imprégner du rôle d’une vie inventée. Les colonnes vertébrales rouillées s’enroulant aux rampes de métal des escaliers du Plateau, la neige sale fondant sur les planchers des bouches de métro brûlantes, toutes ces carcasses de brique agglutinées les unes contre les autres pour survivre au carcan de gèle de nos hivers québécois…

Ta bouche exhalant les volutes troubles de cigarettes bon marché…

Je sais que vous existez tous, à quelque part, dans un temps quelconque, mais nous sommes séparés par un étrange linceul trouble, qui me frôle parfois au souffle de mes souvenirs somnambules, mais qui vous laisse néanmoins de l’autre côté de ce voile fantomatique d’une autre vie.

N’était-ce pas ce que je voulais en venant ici? Oublier… Me concentrer à n’être qu’une autre ombre anonyme et passagère pour ces hommes et femmes aux peaux d’ébène vêtus de longues tuniques de couleurs riches, attirant l’œil et l’admiration… Respirer, un peu… Être, 1ère personne du singulier, présent de l’indicatif, sans conditionnel artificiel ou 2ème personne au passé composé ensemble.
Je me sublimée dans la caresse de l’inconnu, et tu ne peux pas savoir à quel point cela me fait du bien…