lundi 4 février 2013

The Civil Wars



J'étais tellement fâchée, et endolorie, et perdue dans les méandres de cet attachement mutilé, que je n'ai pas pensé que, peut-être, ça pourrait t'affecter autant.
Et là, j'entend que tu te ronges les ongles jusqu'aux coudes, sans même boire plus de trois verres alors que tout le monde se noie autour de toi, que tu vas surement laisser ta copine après seulement quelques mois de fréquentation, que tu es égaré, perdu, déboussolé... Que tu es douloureux à voir... Inquiétant, même.
Je me frapperais la tête sur les murs de ne pas avoir su comprendre toute la portée de ce "je suis à bout", je m'en veux d'avoir essayé de forcer des adieux de ta bouche alors que tu es à peine capable d'articuler "à l'aide" entre deux sanglots. Et j'aimerais tellement pouvoir sonner à ta (glauque) porte pour te tendre la main, faire quelque chose, quelque chose, je ne sais pas... Tout plutôt que de te savoir au bord du gouffre et à des années-lumières mentales de mes mots, avec l'espoir orgueilleux qu'ils s'auraient panser un minimum de tes blessures...
J'aurais envie de pouvoir dormir contre toi, en espérant que cela t'apporte la même sérénité qu'auparavant- ou simplement de faire semblant, pour que ça dure plus longtemps. De pouvoir tenir ton visage entre mes doigts effilés, ton front contre le mien, en jouant doucement dans les cheveux de ta nuque, et de sentir ta respiration tiède contre mes lèvres graduellement s'apaiser après une crise d'angoisse. D'écouter la Marche de l'Empereur dans un sac de couchage en mangeant des carottes, comme tu me l'avais promis. De t'écouter parler lorsque tu ne te comprends pas... Je voudrais border tes nuits toxicomanes du mieux que je peux, rentabiliser ces soirées où je t'ai fais souffrir au-delà du possible.
Tes larmes ont toujours eu un drôle d'effet sur moi. Tu te souviens de cette soirée, assis dans les escaliers de fer rouillé à la peinture caillée d'une rue transversale de Beaubien? On se tenait doucement la main, et tu avais pleuré parce que tu avais eu une dispute avec ton père le seul jour où il avait traversé l'océan pour venir te visiter dans ton petit appartement de Montréal, et tu chuchotais que tu l'aimais, mais que tu étais incapable de le démontrer dans des situations pareilles, que tu l'oubliais quand il te pompait à ce point, et je n'avais jamais rien vu d'aussi magnifique et d'aussi déchirant que le bibelot de ton âme pure et tachée et fragmentée et recollée, et si complexement simple. J'avais embrassé chacune de tes larmes, une à la fois.
La vérité, c'est que tu me manques, comme c'est pas possible.


Mes (2) pauvres lecteurs, vous devez être complètement perdus dans les dédales de mes lettres à des "tu" sans visages! Si vous aimez mes mots, faites-vous y, j'aime trop facilement l'humain pour ne pas tomber amoureuse de toutes les âmes que je croise aux détours des sourires et sanglots alcooliques.

4 commentaires:

  1. J'aime bien cette "confusion" qu'on peut avoir entre tes destinataires, et je suis si mal placée pour râler contre les tu sans visage...

    Tu as déjà lu du Hubert Aquin ? "L'invention de la mort" ou "Prochain Épisode" ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai beaucoup entendu parler d'Aquin, étudié Prochain Épisode dans mes cours de littérature, mais je n'ai jamais pris le temps d'en lire un... Il est sur ma liste, cependant! :)
      Tu conseilles?

      Supprimer
    2. Je conseille absolument. En vérité, si j'étais un auteur, je voudrais être Hubert Aquin... Je sais que je vais me faire tatouer l'une de ses phrases un jour :). Je pense que ça fait quatre fois que je relis ton article... « et je n'avais jamais rien vu d'aussi magnifique et d'aussi déchirant que le bibelot de ton âme simple et fragmentée et recollée et si complexement simple. » Bon sang, bon sang, bon sang.

      Supprimer
    3. Tu es la plus gentille du monde.

      Supprimer