samedi 19 janvier 2013

Do you miss me, miss Misery, like you say you do?




And everything that you do makes me wanna die
Oh I just told the biggest lie



C'est toujours comme ça, avec moi, j'imagine. Les plus beaux paradis sont ceux qu'on a perdus; je ne me rend compte que j'aime une mélodie qu'une fois qu'elle s'est tue, peut-être bien parce que ce n'est pas la chanson qui me plait, mais le silence qui m'effraie. Toujours est-il que je regrette ce qui me glisse des doigts alors que je me targue de m'enduire les doigts de savon.
Je t'ai repoussé, encore, encore, à n'en plus finir, je t'ai malmené, je t'ai dis que je t'aimais avant d'avouer que ce n'était pas nécessairement vrai, je t'ai fais goûter à ma peau avant de prendre la poudre d'escampette pour ne te laisser qu'avec l'âpre saveur de l'incomplétude, j'ai gravé mon nom à la fureur passionnelle de mes ongles dans ton épiderme en arrachant les galles juste comme elles commençaient à cicatriser, je t'ai donné des espoirs, à n'en plus finir, de magnifiques oiseaux de beaux mots libérés un à la fois dans un ciel plus bleu que tes yeux, simplement pour le plaisir de les abattre un à un à la carabine. Je suis cette cruelle gamine qui arrachait une patte des araignées pour les voir clopiner jusqu'à l'agonie.
Et pourtant tu revenais, toujours, encore pendu à mes lèvres au moindre mot contenant l'ombre d'une chance de s'avoir. Peut-être avec un peu moins d'insistance, peut-être avec un peu moins de certitude, moins d'étoiles dans les yeux et plus dans le nez, las mais amoureux.
Mais je sais à quel point on en vient à abhorrer quelqu'un qu'on aime trop et qui, le sachant, nous laisse faire les aller-retours et les sacrifices sur l'autel de nos espérances. J'ai passé une année terrible, en 2010, à me dire que je me serais tuée pour quelqu'un qui ne s'était que reposé quelques millisecondes dans mon souffle, avant de me laisser tracer des mandala de givre dans l'hiver émotionnel terrible et glacé de son abandon, mais je crois que maintenant, je comprend que ce n'est pas tant une question de la quantité d'amour que de l'équilibre des distances, lorsqu'on ne veut pas être tout de suite ligotés l'un à l'autre.
J'ai développé une étrange aversion pour l'entité trouble et douloureuse qu'est la relation, et j'ai reproduit le schème calqué contre mes mémoires à n'en plus finir, je ne sais pas trop pourquoi. Comme les parents qui se font battre alors qu'ils sont hauts comme trois pommes et prennent la ceinture une fois que c'est leur poupon qui braille.
Peut-être que tu as couché avec un fantôme d'émotion. Peut-être que tu m'aimes, mais que tu as appris que je n'étais pas capable de donner tout ce que je promets, et que tu sais que l'amour dont tu as besoin ne peut pas être contenu dans un dé à coudre, peu importe combien on le comprime en intensité.
Je suis fascinante mais fatigante, déjantée et effrénée. On ne peut pas courir éternellement après quelqu'un lorsque cette personne nous donne l'impression de vouloir nous semer, c'est bien normal, c'est tout simplement sain, et je ne pourrai que louer la bravoure de ton deuil de moi, qui se fit tout de  même en quelques sept mois tortueux, aller-retours de baisers et de silences, de tant de proximité qu'elle en fut asphyxiante jusqu'à la distance d'un océan pour parvenir à m'oublier.
Les bons garçons comme toi finissent par fumer un joint entre copains et ne pas répondre aux messages affolés, disjonctés de gamines aux amours confus, les bons garçons comme toi finissent par se taper des fou-rires en se brossant les dents à deux et à manger des céréales avec leur copine dans un seul gros bol parce qu'il n'y a pas d'autre vaisselle dans l'appartement, les bons garçons comme toi finissent par veiller sur le sommeil de jolies demoiselles aux cheveux bouclés et aux collants brodés de roses se reposant contre leur torse nu au battement de coeur paisible et non affolé. Les bons garçons comme toi finissent par être heureux.
Moi, je continuerai à me débattre pour essayer de me comprendre, à combattre des crises aussi débiles que la peur d'être seule une seconde de plus dans les corridors sous les regards de mascara des poupées de porcelaine cégepiennes, à gober mes comprimés le matin en espérant qu'ils tempèrent mes humeurs hétéroclites, à aimer faire l'amour sans vouloir tatouer le nom de la peau à laquelle je me lie contre l'épiderme de mes obligations, à vivre d'un style un peu broche-à-foin en espérant m'en sortir avec pas trop de coupures et avec de jolis chapitres lorsque finalement je parviendrai à respirer.
Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps.
J'aurais tout de même voulu être capable de te montrer que je pouvais t'aimer comme du monde.

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