dimanche 16 décembre 2012

Hold out your delicate hands to feel me



J'ai 19 ans. J'aime le dessin, la peinture, la photographie, la mode, le cinéma, la littérature, le théâtre, la scénographie, la politique, l'histoire, le droit, la philosophie, ou apprendre, en général. Mon poème préféré du moment est Howl d'Allen Ginsberg et je lis une biographie d'Yves Saint-Laurent. Je suis en train d'écrire une pièce, peut-être qu'elle va être complètement bidonne, je n'en sais rien, et de toute façon, si elle l'est, je ne lâcherai probablement jamais ici que j'ai posé le point final sur cette page pixelisée; bon débarras.
J'aime les mots pixel, hématomes, épiderme et bien d'autres qui sont statistiquement décelables sur ce blog.
J'aimerais avoir une galerie d'art, un restaurant, un bar, un club, juste pour pouvoir les décorer à ma guise.
J'aime la vie de bohème, ces gens qui s'habillent en Eva B, sont hétéroclites, vivent de l'air du temps et "se foutent bien du reste". Souvent ils sont des artistes moches qui ne seront jamais exposés mais qui croient quand même à la valeur de leur oeuvre parce qu'elle a une signification toute personnelle pour eux, et ça les rend encore plus intéressants.
J'aime aussi le luxe, cependant, les paillettes et la banalité des existences où tout est permis à cause des liasses de fric, même si j'ai de la difficulté à me l'admettre par moment. Je ne choisirais peut-être pas cette vie là, non, mais elle me fascine vraiment et parfois, je me demande à quoi elles pensent quand elles se couchent, les héritières sans emploi à 24 ans qui sortent au Velvet, dansent sur les tables, se poudrent le nez et baisent dans des salles de bain de club propres.
J'aime boire beaucoup, et perdre le fil, et faire des confidences sur mon passé, et des folies comme grimper dans les arbres ou se baigner en sous-vêtements dans des piscines résidentielles, mais ne pas pleurer et être malade. Je suis obsédée par l'odeur de la marijuana et les pupilles des gens sur les amphétamines, la texture de la cocaïne qui étincelle comme de la poudre d'étoile quand on la frotte contre le bout de nos doigts, le drame des toxicomanes et la décadence de ceux qui sont trop friands de l'oubli des paradis artificiels.
J'aime l'autodestruction. C'est si esthétique, elle modèle les phrases comme Rodin n'aurait pas été capable de tailler un buste (mutilé).
J'aime aussi la sagesse et l'amour de soi, peut-être parce que ce sont deux choses si rares.
J'aime la bataille pour les droits de l'homme, les marathons d'écriture d'Amnistie Internationale, les tentatives désespérées de groupes écologistes pour éclairer les cocos d'industriels aux oeillères de fric bien vissées aux tempes.
J'aime les sphères de glace à la vanille qu'on dépose sur une pointe de tarte aux pommes chaude - même si je préfère la saveur à la noisette en général -, le fondant en caramel du Juliette et Chocolat, la recette de spaghetti aux tomates, roquette et fromage bocconcini de ma tante, les sushis, les pommes et les pamplemousses. Je mange du McDo de temps en temps, la plupart du temps lorsque je suis si high qu'on pourrait me balader comme un cerf volant au-dessus des toits plats du Montréal résidentiel. J'adore le café et je peux faire des raids de Tim Bits une fois par trois mois environs.
J'aime ma ville, oui, d'ailleurs, ma ville et ses magasins sur Saint-Denis à la hauteur de Mont-Royal, et ses bars à la hauteur de Sherbrooke, le café Art Java et Eldorado. Je souris quand j'entend l'accent français qui se répand comme une pandémie sur le Plateau, je rêve des cages d'escalier de fer du Sud de l'île. Je ronchonne quand il y a une tempête de neige et que je dois aller attendre le bus, mais j'applaudis comme une mioche quand les premiers flocons commencent à tomber. Même chose l'été; quand je transpire comme une bonne à cause de l'humidité du fleuve qui emprisonne la ville dans son carcan de chaleur, je peste contre les particularités météorologiques de Montréal, mais cette hargne vaut bien la sérénité d'un après-midi dans un parc à lire un bon bouquin.
J'aime les hommes, leur corps autant que leur coeur, les larmes qui scintillent aux coins de leurs yeux quand ils sont émus, la manière qu'ils ont de les retenir précairement derrière les barricades de leurs paupières papillonnantes. La texture d'une mâchoire dont la barbe n'a pas été tout à fait coupée nette.
J'aime les femmes, leur hypocrisie et leur sensibilité, leurs cheveux et leurs cernes lorsqu'elles ne sont pas maquillées.
J'aime la musique, sous pratiquement toutes ses formes, je m'en délecte, je m'en enivre, je dois passer au minimum 10 heures par jour avec des décibels harmonisés dans les tympans.
J'aime les descriptions textuelles de trucs que j'aime en liste d'épicerie comme celle-ci.

Mais malgré tout cela, je n'aime exister.
Je fais quoi, moi?

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