samedi 15 décembre 2012

Get down 'til we are none

photo: advanced style
Si vous voulez réhabiliter votre amour pour l'humanité, allez y jeter un coup d'oeil.

"Wrinkles and scars and imperfections are signs of life, not of being young and naive and sexy and nonthreatening, so if an aging woman doesn't take measures to erase indications that she's built character through experience, if she can no longer be viewed as a sex object or as recently discovered and relevant, she may as well just disappear. It's subversive to age as these women do, making themselves present, because they want to be. I know now that I'd rather keep all my life scars and be erased for doing so than have to erase them myself."
Tavi Gevinson on Advanced Style women on her blog, www.thestylerookie.com


Bien sur, il y a la perfection des corps et la perversion des âmes, le rêche du lin et la caresse du satin, les boutons d'or arrachés et les corsets dégrafés. Il y a la consistance des peaux et le souvenir des os. Mais il y a aussi l'empreinte des âmes, tellement plus honorable, tellement plus satisfaisante de mémoire, si douce et si douloureuse dans son vide, mais tellement, tellement belle...
Mais voir un ami pleurer.
J'aime les vêtements. Beaucoup trop pour ce qui est bon pour la santé.
C'est vrai, quoi, tu flânes sur les sites de robes de mousseline et de jumpsuit de satin et tu te fais bombarder de figures longilignes au teint balancé par des logiciels de tarés, aux corps sculptés par des pinceaux pixelisés, et tes côtes soudainement sont trop saillantes, ton dos trop courbé, et toutes ces cicatrices qui ponctuent l'épiderme de clins d'oeil au passé ne sont que des poussières d'imperfection sur la toile ratée d'un esthétisme borgne.
Lana Del Rey a eu quoi, une dizaine de chirurgies plastiques? Et elle est tout de même placardée sur toutes les pages tumblr d'adolescentes à l'autodestruction latente, regard haineux sur un corps aux défauts magnifiques. Pi toutes les anges de Victoria Secrets, c'est plate à dire, mais c'est 0,05% de la population, fack on peut-tu S'IL-VOUS-PLAIT élargir les critères de beauté à la normalité?! Ne pas se retenir le ventre, aimer les courbes et les lignes et, le plus dur, même si on ne s'en rend probablement pas encore compte dans toute sa portée à 19 ans, aimer les stigmates de notre âme sur la peau de nos mémoires...
Ce qu'on nomme couramment une belle femme se fane si vite... Ses lèvres se gercent, ses jambes ne la supportent plus et leur ligne au galbe parfait se déforme, la peau de son décolleté se flétrit, le fond de teint creuse en dénivelés inégaux les cratères qui bordent ses yeux, sa bouche, ses sourcils, et lorsqu'on la compare aux clichés de sa jeunesse, cette vieille dame amère de sa perte n'est que... Une vieille dame amère de sa perte.
Au contraire, il y a ces personnes dont l'unicité magnifique de l'âme transparaît à travers leur façon d'être matériellement; j'ai une copine tellement géniale (que je n'ai pas vu depuis tellement longtemps...) qui déniche des perles hétéroclites dans des friperies éparpillées aux points cardinaux de Montréal, qui écoute du Justin Bieber sans honte de chanter à tue-tête, qui s'est teint les cheveux de toutes les couleurs du monde, dont son style a été critiqué jusque par son (ingrat) copain et qu'elle a malgré tout eu le courage d'afficher, qui a ses (gros) bobos qu'elle a à outrepasser (mais qui tient bon). Qui, lorsqu'elle sanglote, ferait pleurer une statue pour le lourd vécu qu'elle porte sur ses épaules de jeune adulte, et qui lorsqu'elle rit, transpire une sincérité si pure qu'elle donnerait un sourire à un vieux veuf qui n'a pas vu ses petits-enfants depuis vingt ans.
J'aime les ridules aux coins des yeux des femmes qui ont trop ri dans leur vie. J'aime les dos fatigués des vieillards et leur persévérance admirable lorsqu'ils prennent les transports en commun. J'aime les mecs qui ont des stretchs en métal avec un trou dedans. J'aime ceux qui lâchent l'école et aiment quand même leur vie. J'aime les vis dans les os qui ont été trop durement cassés. J'aime les humains, tout simplement, je crois. Les vrais, pas ceux laminés, pas ceux griffés et retouchés. Les humains tout cassés et retapés avec du sctoch tape, les humains qui sourient avec les dents cassées à cause des crochets que nous décoche l'existence.
Et j'aime les cicatrices des lames de rasoir. C'est une marque de nacre, un témoin d'une douleur si intense qu'elle devait se concrétiser, pouvoir se faire sentir du bout des doigts, et en même temps, c'est une preuve que la personne qui a supporté une souffrance si intense a eu la force de ne pas appuyer le tranchant du métal froid contre sa jugulaire. Qu'elle a réussit à exister malgré tout. C'est un exploit vraiment trop sous-estimé.
Je sais, je suis pas mieux, mes photos de blog sont des clichés en noir et blanc de corps parfaits en sous-vêtements, l'air mélancolique, la douleur esthétique... Mais peut-être qu'il serait temps qu'on apprenne tous à s'aimer, juste un petit peu au début peut-être, puis un peu plus, pour finir par admirer cet ensemble qui vieillira et tombera en morceaux mais qu'on aura chérit un tout petit peu d'être l'unique enveloppe de notre esprit... non?


* * *


Et là, maintenant, juste pour rendre mon article tout faux, ça m'a mis tout à l'envers de le croiser tout à l'heure par hasard, avec cette copine qui l’abhorre et qui lui lançait des éclairs par les yeux et des bonjours par la bouche. (Pourquoi ça rend mon article tout faux? Parce que cet homme est tellement beau, mais tellement, putain de Dieu de merde.)
J'ai envie de pouvoir analyser chaque pixel de ses bras une nouvelle fois, et de pouvoir me reposer dans les fresques d'encre qui tapissent son corps et dans notre histoire compliquée mais continue... J'ai envie qu'on puisse juste dormir un peu, comme tu disais, que tu puisses jouer dans mes cheveux et que je puisse t'embrasser sans avoir peur de ce que ça veut dire et ce que ça implique. 
Et en même temps, je me dis que je ne t'aime surement plus, et qu'il est ridicule d'encore s'acharner, qu'on a essayé, que ça n'a pas marché, que nous sommes capables et surtout, qu'il est temps de passer à d'autres choses, de trouver de plus beaux solstices dans des yeux qui ne se sont jamais perdus les uns dans les autres et replongé et dilués dans les pupilles amphétaminées de l'autre. C'est comme si on le faisait seulement parce que c'était plus simple, parce qu'on a été habitués à s'aimer et qu'on est confortable avec l'idée d'avoir de l'affection pour ce visage, ces manières. Et à la fois, nous sommes constamment étrangers l'un à l'autre... Ma tête est un bordel.
Je me prend un vertige incroyable du moment où il va se trouver quelqu'un de bien, qui l'aimera et avec qui il pourra être en relation véridique, bien, heureux, en paix, avoir du bon sexe serein ou déjanté...
Et je me sens tellement, tellement stupide que tu me manques à ce point pour strictement, mais strictement rien, out of the blues, out of mon affection incommensurable pour l'autre.
Putain de bordel de merde.
Bon, je vous laisse, je vais écouter les trois Seigneur des Anneaux in a row. L'effet Hobbit.
(Il faut qu'on les voit ensemble, tu te souviens?)

2 commentaires:

  1. "Et j'aime les cicatrices des lames de rasoir. C'est une marque de nacre, un témoin d'une douleur si intense qu'elle devait se concrétiser, pouvoir se faire sentir du bout des doigts, et en même temps, c'est une preuve que la personne qui a supporté une souffrance si intense a eu la force de ne pas appuyer le tranchant du métal froid contre sa jugulaire. Qu'elle a réussit à exister malgré tout. C'est un exploit vraiment trop sous-estimé."

    Tu ne sais pas à quel point juste ça, ça vient de faire une putain de différence.

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