samedi 24 novembre 2012

Sometimes love is not enough and the road gets tough I don't know why


You're screwed up, you're brilliant, you look like a million dollar man, so why is my heart broke?


Si un jour je regroupe tous ces textes pixellisés éparpillés sur la toile, je crois que je ferai un triptyque dont le premier volet se nommera "Les crépuscules esseulés", le second, "les nuit alcooliques" et le dernier, "les aubes amphétaminées".
Ça dit peut-être à quel point ça devient très, très malsain, ce mode de vie.
Je préfère m'occuper de lui pendant des heures, alors qu'il frôle le coma éthylique, que de m'asseoir parmi toutes ces personnes fort sympathiques, mais qui ne me donne en rien ce curieux sentiment au creux de la poitrine, douloureux et néanmoins nécessaire. S'en est ridicule; j'aime mieux être agenouillée à aider quelqu'un à dégueuler que de siroter une bière en bonne compagnie. Ce n'est pas très normal, ni très sensé d'ailleurs.
Étincelle de souffre dans un encrier de toxicité, gamin chétif auréolé d'une couronne de courtes boucles blondes, fin tissus de muscles de satin enveloppant ses épaules, mâchoire imperceptiblement tachetée de pigments de barbe négligée... Ah, petit enfant terrible à l'étrange sourire et aux pleurs à demi mots, tes paradoxes me bouleversent - et tu n'en as rien à cirer.
Lentement, il gruge les liens qui me retiennent de tomber dans ce bassin dense des songes nuisibles de sentiments déboussolés; trapéziste non sécurisée, je voltige au-dessus du gouffre d'une émotion trop intense pour ne pas la nommer "amour", et putain, c'est trop sérieux comme terme pour que je ne me casse pas la colonne contre le sol bétonné de ces responsabilités indélébiles.
Je toque à la porte, à plusieurs reprises. Il n'est pas capable de se lever, ni vraiment de parler d'ailleurs, mais il parvient tout de même à marmonner de pénétrer la pièce.
Il est là, petit génocide étendu sur un parquet de dalles glacées, à peine capable de se tenir debout, déboussolé, sans orbite aucun pour le retenir du terrible trou noir qu'il tente de remplir à coup de goulots débordants et de cheminées à perdition grillées l'une après l'autre. Il est là, petite apocalypse qui gît au milieu d'une salle de bain désaffectée, victime de ses tempêtes émotionnelles qui mangent graduellement chacun de ses organes qui n'en peuvent plus. Enfin, son corps est là; sa tête...
Je m'agenouille lentement à côté de lui, qui, les yeux fermés, le crâne écrasé contre le mur, ne montre aucun signe qu'il remarque ma présence.
"Ça va comment?"
Son corps tangue dangereusement vers moi avant de s'effondrer complètement contre mes jambes.
Contre sa peau, je peux lire un amalgame de tant de mots qu'on ne souhaiterait pas avoir apposé à son nom, et qui pourtant font de ses yeux vitreux la plus émouvante et pathétique fresque humaine: fragilité, autodestruction, consumation, libertinage, prosaïsme, pratiquement canaillerie...
"Je vais t'appeler un taxi, d'accord?"
"Non, je veux rester ici encore un peu..."
Réflexion sur le bien-fondé de la demande. "D'accord."
Il prend une grande inspiration fatiguée, lasse. Ses phalanges frôlent les miennes avant de s'y souder, inconsciemment, probablement.
Je lui joue doucement dans les cheveux en me demandant distraitement comment son copain fait pour ne pas remarquer que si je l'embrasse au détour des couloirs sans trop savoir où je m'en vais avec ces confuses et douloureuses histoires, je passe tout de même mon temps à m'occuper de cette petite destruction avec dix fois plus d'attention et d'assiduité.
Fuck, ouvres les yeux, petit soldat de bois, je ne suis pas capable d'articuler ces traîtres syllabes qui t'enverront valser dans un second deuil relationnel... Je veux que tu remarques lorsque nos doigts sont enclavés pour un bref moment, lorsque j'ai le menton appuyé sur son épaule pour lui demander les plus banales questions en excuse, lorsqu'il me prend dans ses bras pour aucune raison, non pas pour te faire mal, tu le sais, mais parce que je ne veux pas te faire flamber plus longtemps de cette indécision au motif imprononçable... Je veux arrêter de joindre mes lèvres aux tiennes avec une douleur persistante au coeur à l'idée de trahir ses battements.
Après un moment, je remarque qu'il est endormi, la tête blottie sur mes genoux. Sa respiration est étrange, inégale, tantôt saccadée, essoufflée, tantôt si calme qu'on l'entend à peine. Je l'embrasse délicatement sur le front, sans trop y penser, j'imagine; ses cheveux sentent la top et le parfum et sont doux comme ceux d'un mioche, s'en est ridicule. Puis, je le réveille doucement en lui secouant un peu les épaules.
J'ai toujours une peur en trame de fond qu'il ne s'en relève pas, à un certain moment, et qu'on ne se rende compte qu'après de trop longues minutes qu'il fallait appeler une ambulance plus tôt. M'imaginer aux funérailles de ce monsieur, c'est impensable, et pourtant tellement plausible...
Je crois que tu serais bien avec lui. Tu douterais probablement beaucoup, mais je crois que tu serais bien avec lui.
J'en sais strictement rien.
"Je vais aller chercher nos manteaux pendant que tu prends un autre verre d'eau, d'accord?"
Il grommelle quelque chose, mais hoche la tête.
Après l'avoir laissé entre les bonnes mains de son copain (dieu que je l'admire, cet homme, par ailleurs), je vais me prendre un taxi sur Saint-Denis. Il est trois heures quarante du matin; j'ai dis que je rentrerais à une heure pour pouvoir travailler le lendemain.
Je m'endors à plusieurs reprises sur la banquette éventrée de la voiture qui vrombit dans la glace du milieu de la nuit, à travers ces rues désertes que je traverse trop souvent dans un état semblable pour ne pas savoir que je vais mourir vieille, mais dans un état déplorable. Le chauffeur pourrait m'emmener dans n'importe quel quartier paumé, me passer sur le corps et me laisser pour morte, et je n'en aurais aucune idée, ni la force même d'imposer une quelconque résistance; je suis brûlée, complètement, de m'en faire tellement pour lui, de dépenser mes défenses mentales comme une démente pour essayer d'éclaircir un tant soi peu ses trop sombres aubes amnésiques.
Et avant de m'effondrer sur mon matelas, je réalise aussi que je sais qu'il la reverra cette semaine, que leurs lèvres se frôleront pour mieux se compléter, qu'il n'en aura pas plus envie qu'il le faut, et ça me rend complètement, complètement dingue.
J'ai toujours trop aimé les monstres aux songes de papier de soie imbibés de l'encre de leurs intempéries, fragiles titans de calcaire qui m'écrasent par leur mièvre affection. C'est ma malédiction d'adorer les génocides mentaux.

2 commentaires:

  1. Tu sais, j'ai toujours trouvé ça foutrement dingue de réussir à se trouver dans les mots, les émois, les douleurs de quelqu'un d'autre. Et là j'y suis. L'alambique de ton coeur à ton cerveau ressemble au trou noir qui à poser ses valises dans les miens.

    Tu as un don.
    Poète.

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    1. "L'alambique de ton coeur à ton cerveau ressemble au trou noir qui à poser ses valises dans les miens."
      Juste dans une phrase semblable, tu démontres que tu as aussi un don. Incroyable.
      Mais merci tout de même.

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