samedi 10 novembre 2012

Que personne ne soit oublié



Il faudrait que tout le monde réclame
Auprès des autorités
Une loi contre toute
Notre solitude
Que personne ne soit oublié,
Que personne ne soit oublié...


Ses cheveux bouclés en bataille, le nez en sang, une top entre les doigts, il était là à attendre au coin de la rue, négligemment accoté contre son le siège de son fixi, sous la lueur blafarde du lampadaire. Un sourire vague reflétant son ivresse et les vapes nébuleuses des bâtons d'intoxication a effleuré ses lèvres, je ne sais plus trop, il a fait un vague signe de la main à mon ami qui s'est rapidement éclipsé... À minuit trente, il est venu me chercher à vingt minutes de l'appartement de la copine de son copain, simplement pour me voir, putain de merde, après que je l'aie laissé tomber parce que j'avais la chienne et que j'étais fâchée... Je n'ai été qu'une sale petite conne; j'ai bu beaucoup, beaucoup, beaucoup, du rhum, du gin, du Ricard, de la bière, you name it, j'ai fais mes conneries habituelles, embrassé son copain qui m'aime beaucoup trop pour ce que je lui inflige, et il avait l'air si mal en point qu'il allait pleurer... Il est allé prendre de longues marches et il ne voulait plus répondre au téléphone, je suis sortie en bas pour lui courir après mais il ne voulait pas attendre. Je suis rentrée à cinq heure trente du matin, les souvenirs consumés, les sentiments en berne. Pourrais-tu appeler quand tu vas rentrer? 
Putain que je l'aime et que je n'ai aucune idée de ce que je fous dans tout ce bordel.
Je mourrais pour son charme de gamin au quotidien duquel je profite déjà trop, pour me souvenir de l'empreinte de ses lèvres ourlées, pour connaître avec une précision cartésienne la position de ce grain de beauté adorable mouchetant sa gorge, pour sonder les lames de ses omoplates dans la pénombre de nuits sans fin, pour son parfum masculin et ses doigts fleurant le dégoûtant des cigarettes... Je voudrais lui jouer dans les cheveux lorsqu'il a envie de tout détruire après un (ou quatorze) verre de trop, prendre soin de lui, prendre soin de lui, prendre soin de lui jusqu'à m'en effondrer d'épuisement, mais pouvoir border ses soirées de l'affection démesurée que j'éprouve pour sa canaillerie enfantine. Même en sachant qu'il ne réussirait jamais à m'aimer ne serait-ce qu'à un dixième de toute ma tendresse... Je voudrais simplement qu'il me donne le droit de lui démontrer à quel point il est crucial à ma vie, en ce moment.
Et j'aimerais tellement, mais tellement pouvoir me réveiller à ses côtés une autre fois...
Je m'en veux d'apprécier autant ses failles, de rougir de bonheur au nombre incroyable de sacres qui ponctuent ses phrases, d'adorer cette voix désintéressée lorsqu'il est en lendemain de veille (genre, toujours). J'aime la façon dont il tient négligemment ses cigarettes, j'aime le fait qu'il va mourir à trente ans tellement il a un mode de vie faste et exalté, j'aime sa musique, j'aime ses racines européenne,
Je veux aller à New York, tabarnack d'esti de calice de merde. Je veux l'empreinte de sa peau et la promesse de ses sourires.
Oh putain de vie de merde que je t'aime comme le calice.

* * *

Je le dis si souvent, mais le sexe est si beau... Surtout lorsqu'amoureux.
Il y a la plus belle marque de respect et d'attachement, l'affection la plus poétique dans le désir de faire trembler la peau de quelqu'un, de goûter chacun de ses soupirs comme s'ils étaient les nôtres, dans le fait de s'évertuer à éveiller chaque terminaison nerveuse d'une épiderme dont on connait parfaitement les valons des os et les tensions des muscles... Paysage autrefois étranger cartographié par notre désir et notre besoin de sentir chaque parcelle de l'autre, ce corps est aujourd'hui terre natale.
Laisse-toi être mon Amérique, s'il-te-plait.

* * *

Et toi, je ne sais jamais dire non à tes lèvres, même si je m'ennuie de celles d'un autre portrait. Je trouve dans tes étreintes répit pour mes songes fatigués même si elles sont les étincelles des explosifs de mes tourments, je m'y repose comme on doit bien dormir au fond d'un caveau. Je t'aurais aimé, à une autre époque, si ma tête n'avait pas été occupée par un autre, et c'est bien là tout le tragique de cette histoire: je suis tombée à la bonne page du roman de ta vie alors que dans mon cas, tu es le synonyme d'un chapitre que je désire garder clos.
Je me sens horrible d'ainsi t'utiliser, mais j'aime voir que tu cherches ma présence, j'aime sentir que tu désires mon corps imparfait et que tu pardonnes mes intempéries non pas parce qu'elles sont excusables mais parce que tu ne saurais t'en passer. Peut-être aie-je besoin de toi parce qu'il n'a pas besoin de moi. Comme j'ai déjà dis, je suis ton toi pour elle, tu es mon elle pour toi, ou quelque chose comme ça.
Je t'aime tellement, mais tellement, Emmanuelle
J'en suis navrée, petit soldat de bois. Je ne suis qu'incendie, et ton amour sera barbouillé de la suie de ma démence si je continue à te faire faire ces allés-retours douloureux sur le fil de fer de l'attachement suspendu entre une affection future mais anonyme et le souvenir de la douceur que je peux prodiguer par moment.
Alors noies-toi dans les larmes de mon abandon, je t'en supplies. Tu auras au moins le mérite d'être encensé des couronnes de corail des abysses de nos corps muets et mutilés; tu pourras à tout le moins être repêché par une qui saura sonder les trésors de ton coeur, à ta juste valeur, de les prouver au monde, alors que je suis incapable de te tenir la main en public et de savoir que tu racontes ton bonheur de m'avoir quelques heures.
Avec moi, tes songes n'aboutiraient qu'en un amas de cendres perdus dans le mistral de ma désertion.

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