vendredi 9 novembre 2012

I can say this life is much better today




"Je sais pas trop... Je crois pas qu'ils auraient devinés que les monstres dans ma tête rongeaient à ce point mes pensées si tout n'avait pas explosé à un certain moment, s'ils n'avaient pas eu à me conduire jusqu'à l'hôpital à minuit, un sourire amer collé aux lèvres face à l'irrémédiable de la situation..." J'y réfléchis un instant. Les phares rouges de la voiture. Les excès de vitesse. Les larmes si rares de mon père, muettes, accusatrices et désolées d'être incontrôlables, qu'il garder précairement endiguées derrière ses paupières jusqu'à ce que la transfusion m'ait transpercé la peau de cellophane de l'intérieur du coude. Je perdrai pas ma plus petite. Ou quelque chose comme ça. "Je crois qu'ils ne voulaient pas le voir, parce qu'ils ne supposaient pas encore que j'aurais pu finir au fond d'une ruelle du centre-ville avec une aiguille dans le bras et une lame de rasoir accotée contre la gorge... Ça leur aurait fait moins mal."
Il y eut une légère pause. Des cendres contre le plancher de béton du balcon. Quelques soupirs anthracite dans la voûte nocturne. La chanson des voitures filant en bordure de l'autoroute. Le bourdonnement des haut-parleurs dans l'appartement, la clameur des conversations alcooliques, des exclamations intoxiquées.
"Mais là, tu vas mieux?"
Je pris une longue bouffée de ma cigarette pour justifier ma réflexion. Putain de cheminées à destruction miniatures.
Je ne sais jamais quoi dire à ceux qui veulent que je veuille vivre.
Son regard si caractéristique ne savait pas s'il devait s'attarder à mes traits ou rester collé au parquet par respect de la gravité de ces propos soufflés avec tant de neutralité.
La fumée me brûlait trop les poumons pour que je n'exhale pas plus rapidement les volutes de mort qui s'étiraient dans le ciel froid de Novembre, et je n'avais toujours aucune formulation de l’ambiguïté de mon envie de mourir et de mon amour pour toutes les fragments de vie éparpillés sur le plancher de danse de mes jeunes jours comme ces verres fracassés au Velvet, et peut-être que ça ne dérangeait pas, après tout, que je n'aie pas de réponse, peut-être savait-il que derrière mes crises étouffées dans la chaleur de mes couvertures, en sous-vêtements, sanglotant, il y avait cette douleur innommable, et que derrière mes réveils éprouvants mais réels, récurrents, il y avait cette soif si tenaillante d'exister qu'elle me refusait un arrêt aussi précoce.
Je sais que je suis, tout simplement. Mais aucun autre adjectif ne me vient en tête pour décrire mon état autre que "vivante". C'est déjà un grand exploit à mes yeux,
Je me sentais aussi glacée que l'atmosphère automnale, un coeur de givre et des larmes cristallisées qui ne couleraient plus, que je ne sentais plus. Froid. Si froid. Si confortable d'être si insensible. Je t'aime moi non plus. Une top de plus ou de moins, une cellule cancéreuse de plus ou de moins...
L'alcool empêtre les synapses et la top noircit nos petits sacs d'air gonflés de boucane. Je ne sais plus où sont les bornes de ma conscience lorsque je file à toute vitesse sur les autoroutes de mes songes. Je m'enivre davantage de la proximité de la fin que de la fin elle-même.
Il n'y a pas de coulisses de tristesse dans les fenêtres aux bourgeons de gel en floraison de mon âme, sauf lorsqu'on y approche une allumette. Ne sois pas cette infime flamme, s'il-te-plait. Le mandala de givre de mes émotions ne saurait briser sa symétrie; à ton départ, il garderait la fragile structure imparfaite de la trace de tes lèvres contre les carreaux glaciaux de mes émotions, gâchant la perfection de mes sentiments hiémaux, silence sur le sol immaculé, enfants frigorifiés dans le marbre de l'étreinte nocturne.
Des souffleuses à neige qui assassinent des bambins. Joyeux Noël.
De beaux souvenirs et beaucoup de déception.
Kym sur le perron de son drôle d'ami, l'alcool dans la gorge, et tout le reste.
Mais j'aspire tellement à ton souffle contre mon épiderme hivernale...
Mes pensées se perdent sans que je ne parvienne à leur donner la boussole de la raison.
Putain.
La neige, la neige, bientôt, plus que quelques jours avant qu'elle ne lance ses confettis de silence sur le bitum des artères du centre-ville, qu'elle constelle les chevelures des femmes de paillettes éphémères lorsqu'elles sortent fumer à une heure du matin, qu'elle fasse vieillir les mains des hommes qui vont se changer les idées sur les balcons pour fuir les regards. Plus que quelques jours avant que je n'aie dix-neuf ans et que j'égrène une nouvelle année, difficilement, magnifiquement. Je ne sais plus si je suis plus courageuse qu'Ulysse ou lâche comme Grimas.
"Il fait froid quand on est né en décembre," lançai-je à la dérive en serrant mes doigts frigorifiés contre mes avant-bras inutilement moulés de la toile transparente de ma chemise.
Sans un mot, il vint entourer ma frêle silhouette de ses bras, son torse collé contre mon dos, ses mains cramponnées à mes propres jointures. Du marbre blanc figé dans la nuit... Puis, il accota lentement sa mâchoire contre l'arrière de ma tête. Chaleur et réconfort incompréhensibles.
"Tu me fous les neurones dans un bordel sans pareil, par moments, mon amour."
Il m'embrassa doucement la nuque de ses lèvres froides, longuement, avant de resserrer imperceptiblement son étreinte, à la limite du douloureux. Et nous restâmes muets devant le spectacle du vent projetant sa fureur aveugle contre les branches nues des cadavres poétiques des conifères, témoins anonymes de la colère froide de la saison, étincelle inconnue de compassion et de sourires tactiles dans cette fresque gelée, détaillée à travers le filtre de notre ivresse.

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