mercredi 28 novembre 2012

The scream of ambulance



Et même si chaque syllabe évoque les épines des ronces de notre amour enfoncées dans la chaire rosée de mes ongles, je répète laborieusement ton nom comme on répéterait une prière, comme on avalerait une à une les billes d'un chapelet de "je t'aime" en face de cette Église enflammée bâtie pierre par pierre, jusqu'à ce que mes doigts dégouttent de l'essence de mon âme, au nom de mon affection profanée par ton indifférence.

lundi 26 novembre 2012

Million Dollar Man, pour la enième fois


L'extinction de ces espérances. La mort d'une étoile, silencieuse, implosée, détruisant tout, tout, tout; les constellations de sourires que des années-lumières de poussières de temps ont étirées dans la voute de ma jeunesse tachée, et tous ces orbites vains, ces vas-et-viens magnifiques, inutiles, si belles, si vaines...
Je délire, totalement; je sens les bribes de saineté qu'il me reste au fond de ma cavité mentale s'étioler en de longues trainées d'espoirs dorés, que je voudrais disperser ou balayer en tranchées à inspirer pour perdre la mièvreté de ces douleurs esseulées dans un paradis certes éphémère, mais qui ne me trahirait pas au détour d'un regard.
Je lui ai crié après à en perdre la voix, plus de raffus qu'une capsule humaine arrachée à l'atmosphère sale de nos vies déchues, au milieu d'éclairs cosmopolites des flashs éblouissants de ces médias avhilissants. Je lui ai pratiquement craché dessus, je pleurais presque de rage, et il ne comprenait pas, ou peut-être comprenait-il trop... Puis, je me suis effondrée par terre, comme seuls les fous rongés par leurs têtes et intempéries le font, sans être capable ni même désirer me relever.
Des larmes trop denses m'ont aveuglées et flouent encore le filtre de mes pupilles, comme si je détaillais ce monde à travers une prison de verre bosselé. Il n'y avait personne d'autre à des milles à la ronde que lui pour me remettre sur pied, et il a obtempéré à cette tâche en me retenant doucement appuyée contre lui, en silence, sans oser trop me serrer, mais chaque fibre de ses muscles exaltant son envie de ne pas me voir me morceler là, sous ses yeux.
Mon esprit d'allégorie me donne envie de gerber tellement la poésie de ses phrases rythmée est inutile, inconsistant face à la compacité de mes tourments. Je le déteste de ne rien pouvoir faire pour atténuer ce labyrinthe fermé aux deux extrémités, et je me déteste d'autant plus de souhaiter le voir brailler autant que moi. Je m'en veux tellement, je m'en veux tellement, de ne rien avoir pu saisir d'autre que l'espoir de son attachement dans l'enclave de nos doigts.
Tu vois, nos âmes se sont tant accrochées et attirées que j'aurais bien dû me douter qu'elles étaient destinées à se fracasser ou à déraper de leurs orbes désaxés; à s'écorcher, dents graphignant le cou et ongles râtelant les omoplates, ou à s'éloigner, en un coup brusque et bouleversant, subitement, à violemment de l'un et de l'autre s'arracher. Nos allez-retours sentimentaux, valse céleste de vas et viens, ne seront pas détaillés par les pupilles émerveillées de jeunes amphétaminées, perdus dans des bois estivaux, alcooliques, ou tout est permis. J'ose espérer que nous ne faisons que suivre l'éllipse d'une comète, trop vaste pour être détaillée, mais je ne suis pas prête à attendre des lunes pour voir tes émotions reluire dans la laque de tes iris, et je sens la glace de cette invicibilité supposée couler sur les courbes de mes pommettes sans bien d'espoir de longévité.
Visage sali de ponce, sentiments volcaniques et mélodies nostalgiques et caressant violemment mes réminescences, au creux des tympans, se répercutant dans ces colimaçons de douleurs comme mes larmes ricochent contre les galets nacrés de mes joues pour ruisseler contre les falaises de cette poitrine trop vide de toi.
Chaque lourd et douloureux battement de mon coeur n'est que la raisonnance de cet abandon amorcé il y a quelques semaines déjà, et qui se poursuivra pour les six prochains mois.
Toujours revient cette question, le pourquoi de tant d'héchimoses si c'est pour encore me lacérer la peau sur les dents acérées de cette existence qui ne doit pas vouloir de moi à tant me marteler de ses fougues; je cours vers une lueur dont je ne discerne pas la source, je m'enfarge, je trébuche, sans jamais oser prendre ces éclats d'onyx qui me tranchent l'épiderme et faire glisser leur froide caresse contre les ruisseaux qui s'écoulent faiblement dans mes poignets, sous ce carcan de papier de soie qui laisse entrevoir la salvation de leur bleue liberté.
Je ne saisis même plus la beauté stellaire de l'immensité de mon vide, perdue au milieu de ces mémoires vaines, à essayer de ratrapper quelques bribes de certitude dans ces chorégraphies terminées. Je ne trouve rien d'autre que ce néant noir mangeant chaque soupir, chaque sourire, de l'impératif de ma fin.
Peut-être étais-je une géante rouge, brillant plus puissamment que les autres simplement car elle était destinée à s'éteindre plus rapidemment, en un éclat de lumière et de chaleur trop fort pour le reste de son univers, avant la noirceur perpétuelle de sa disparition. Et si ma peine s'est éclipsée, peut-être était-ce pour mieux m'aveugler lorsqu'elle me serait de nouveau dévoilée, rétines brulées par le trépas d'un rêve étoilé.

I'll describe the way I feel, you're my new Achille's heel

Je t'ai engueulé, en bonne et due forme, j'ai craché toute cette hargne qui stagne au fond de mes ventricules, de mes petits sacs d'air roses, qui m'étrangle lentement, fibrose kystique, bientôt je vais me noyer dans tant de souffrances opaques et denses comme le goudron de ma démence. Embourbes sentimentales.
Tu ne reviendras pas t'excuser pour l'erreur que tu as commise. Tu es légitime, après tout, de faire tout ce que tu fais. Je m'en calice. C'est une petite boutade, si vous n'aviez pas compris, je me trancherais les veines tellement je m'en veux de te repousser, mais tu es toxique, toxique, toxique, presque autant que mon spectre.
Je te déteste tellement, tellement de me faire si mal, intentionnellement, de manière tout à fait détachée de cet imbroglio sentimental, comme si tu n'en avais rien à foutre, parce que tu n'en as rien à foutre, probablement, et que moi je me dépèce l'âme pour pouvoir mieux te serrer dans mes bras dans son empreinte de cellophane.
Je suis une malade, une vraie, et j'ai toujours peur que les gens s'en rendent compte graduellement, comme des roues dentelées qui se crinquent sans possibilité de retour en arrière, et à un certain point, il y a une étincelle dans les engrenages et j'explose niveau bombe H, je ruine tous les individus qui se sont par hasard approchés de moi pour me tendre la main ou voir si j'avais un tic tac entre les doigts, comme au Vietnam, on ne s'y attend pas, on ne s'y attend pas, et bien je vous bousillerai, calice, j'en ai plus rien à foutre de vous, et je pleurerai beaucoup, et je ne suis qu'un petit tas de douleurs qui tient ensemble parce qu'on a mis des clous.
Les gamines paradoxales et les enfants terribles.
Je suis impossible à aimer, je suis bien trop fragmentée.
Ah, et mon fantôme aux bras de tapisserie se sucre le nez jusqu'à en oublier son nom. Allons faire semblant d'écouter les Muppets sous ses couvertures.

samedi 24 novembre 2012

Sometimes love is not enough and the road gets tough I don't know why


You're screwed up, you're brilliant, you look like a million dollar man, so why is my heart broke?


Si un jour je regroupe tous ces textes pixellisés éparpillés sur la toile, je crois que je ferai un triptyque dont le premier volet se nommera "Les crépuscules esseulés", le second, "les nuit alcooliques" et le dernier, "les aubes amphétaminées".
Ça dit peut-être à quel point ça devient très, très malsain, ce mode de vie.
Je préfère m'occuper de lui pendant des heures, alors qu'il frôle le coma éthylique, que de m'asseoir parmi toutes ces personnes fort sympathiques, mais qui ne me donne en rien ce curieux sentiment au creux de la poitrine, douloureux et néanmoins nécessaire. S'en est ridicule; j'aime mieux être agenouillée à aider quelqu'un à dégueuler que de siroter une bière en bonne compagnie. Ce n'est pas très normal, ni très sensé d'ailleurs.
Étincelle de souffre dans un encrier de toxicité, gamin chétif auréolé d'une couronne de courtes boucles blondes, fin tissus de muscles de satin enveloppant ses épaules, mâchoire imperceptiblement tachetée de pigments de barbe négligée... Ah, petit enfant terrible à l'étrange sourire et aux pleurs à demi mots, tes paradoxes me bouleversent - et tu n'en as rien à cirer.
Lentement, il gruge les liens qui me retiennent de tomber dans ce bassin dense des songes nuisibles de sentiments déboussolés; trapéziste non sécurisée, je voltige au-dessus du gouffre d'une émotion trop intense pour ne pas la nommer "amour", et putain, c'est trop sérieux comme terme pour que je ne me casse pas la colonne contre le sol bétonné de ces responsabilités indélébiles.
Je toque à la porte, à plusieurs reprises. Il n'est pas capable de se lever, ni vraiment de parler d'ailleurs, mais il parvient tout de même à marmonner de pénétrer la pièce.
Il est là, petit génocide étendu sur un parquet de dalles glacées, à peine capable de se tenir debout, déboussolé, sans orbite aucun pour le retenir du terrible trou noir qu'il tente de remplir à coup de goulots débordants et de cheminées à perdition grillées l'une après l'autre. Il est là, petite apocalypse qui gît au milieu d'une salle de bain désaffectée, victime de ses tempêtes émotionnelles qui mangent graduellement chacun de ses organes qui n'en peuvent plus. Enfin, son corps est là; sa tête...
Je m'agenouille lentement à côté de lui, qui, les yeux fermés, le crâne écrasé contre le mur, ne montre aucun signe qu'il remarque ma présence.
"Ça va comment?"
Son corps tangue dangereusement vers moi avant de s'effondrer complètement contre mes jambes.
Contre sa peau, je peux lire un amalgame de tant de mots qu'on ne souhaiterait pas avoir apposé à son nom, et qui pourtant font de ses yeux vitreux la plus émouvante et pathétique fresque humaine: fragilité, autodestruction, consumation, libertinage, prosaïsme, pratiquement canaillerie...
"Je vais t'appeler un taxi, d'accord?"
"Non, je veux rester ici encore un peu..."
Réflexion sur le bien-fondé de la demande. "D'accord."
Il prend une grande inspiration fatiguée, lasse. Ses phalanges frôlent les miennes avant de s'y souder, inconsciemment, probablement.
Je lui joue doucement dans les cheveux en me demandant distraitement comment son copain fait pour ne pas remarquer que si je l'embrasse au détour des couloirs sans trop savoir où je m'en vais avec ces confuses et douloureuses histoires, je passe tout de même mon temps à m'occuper de cette petite destruction avec dix fois plus d'attention et d'assiduité.
Fuck, ouvres les yeux, petit soldat de bois, je ne suis pas capable d'articuler ces traîtres syllabes qui t'enverront valser dans un second deuil relationnel... Je veux que tu remarques lorsque nos doigts sont enclavés pour un bref moment, lorsque j'ai le menton appuyé sur son épaule pour lui demander les plus banales questions en excuse, lorsqu'il me prend dans ses bras pour aucune raison, non pas pour te faire mal, tu le sais, mais parce que je ne veux pas te faire flamber plus longtemps de cette indécision au motif imprononçable... Je veux arrêter de joindre mes lèvres aux tiennes avec une douleur persistante au coeur à l'idée de trahir ses battements.
Après un moment, je remarque qu'il est endormi, la tête blottie sur mes genoux. Sa respiration est étrange, inégale, tantôt saccadée, essoufflée, tantôt si calme qu'on l'entend à peine. Je l'embrasse délicatement sur le front, sans trop y penser, j'imagine; ses cheveux sentent la top et le parfum et sont doux comme ceux d'un mioche, s'en est ridicule. Puis, je le réveille doucement en lui secouant un peu les épaules.
J'ai toujours une peur en trame de fond qu'il ne s'en relève pas, à un certain moment, et qu'on ne se rende compte qu'après de trop longues minutes qu'il fallait appeler une ambulance plus tôt. M'imaginer aux funérailles de ce monsieur, c'est impensable, et pourtant tellement plausible...
Je crois que tu serais bien avec lui. Tu douterais probablement beaucoup, mais je crois que tu serais bien avec lui.
J'en sais strictement rien.
"Je vais aller chercher nos manteaux pendant que tu prends un autre verre d'eau, d'accord?"
Il grommelle quelque chose, mais hoche la tête.
Après l'avoir laissé entre les bonnes mains de son copain (dieu que je l'admire, cet homme, par ailleurs), je vais me prendre un taxi sur Saint-Denis. Il est trois heures quarante du matin; j'ai dis que je rentrerais à une heure pour pouvoir travailler le lendemain.
Je m'endors à plusieurs reprises sur la banquette éventrée de la voiture qui vrombit dans la glace du milieu de la nuit, à travers ces rues désertes que je traverse trop souvent dans un état semblable pour ne pas savoir que je vais mourir vieille, mais dans un état déplorable. Le chauffeur pourrait m'emmener dans n'importe quel quartier paumé, me passer sur le corps et me laisser pour morte, et je n'en aurais aucune idée, ni la force même d'imposer une quelconque résistance; je suis brûlée, complètement, de m'en faire tellement pour lui, de dépenser mes défenses mentales comme une démente pour essayer d'éclaircir un tant soi peu ses trop sombres aubes amnésiques.
Et avant de m'effondrer sur mon matelas, je réalise aussi que je sais qu'il la reverra cette semaine, que leurs lèvres se frôleront pour mieux se compléter, qu'il n'en aura pas plus envie qu'il le faut, et ça me rend complètement, complètement dingue.
J'ai toujours trop aimé les monstres aux songes de papier de soie imbibés de l'encre de leurs intempéries, fragiles titans de calcaire qui m'écrasent par leur mièvre affection. C'est ma malédiction d'adorer les génocides mentaux.

vendredi 23 novembre 2012

Beat the Devil's Tattoo








J'ai des schèmes relationnels récurrents.
J'ai des émotions récurrentes.
Hell, j'ai même des phrases récurrentes.

Je ne suis pas une vraie artiste, sacripant.









Argh, je suis dans la merde.
Pourquoi ?
Parce que je suis accro à toi. Big Time.
Et que tu n'en vaut pas la peine.
Pourtant, j'aime ton rire répétitif, j'aime la manière dont tes doigts insistent contre ma peau dans des situations absurdes où ils n'y ont pas droit, j'aime être étendue dans ta voiture à écouter de la musique trop fort... J'aime même à quel point tu es un malade mental qui fait flamber tout ce qu'il trouve.
Et tu sais absolument à quel point je tiens à toi, et tu te fais un plaisir malicieux tout simplement dégueulasse à me le murmurer doucement au visage, tes lèvres à quelques centimètres des miennes, ton souffle contre ma bouche qui avale toutes tes paroles, toutes tes intempéries à la con presque sans broncher, juste pour pouvoir goûter une seconde fois, une dernière fois, l'exclusivité de ton attachement à moi avant que tu ne me tournes le dos pour l'enlacer, elle. Elle que tu n'aimes pas, elle que tu méprises même par moment, mais elle qui t'avoue ouvertement qu'elle t'adore, qui te court après.
J'ai envie de te faire tellement mal, simplement parce que je pourrais, parce que je sais que tu m'observerais avec une pointe de jalousie, que je tendrais les fils entre vous deux, vous trois, vous quarante, je m'en fiche, ce que je veux voir, c'est cette lueur caractéristique que j'ai déjà éveillé au fond de tes yeux, une frustration inavouable et indécente de souhaiter prendre sa place alors que tu devrais être contenté de ta petite catin et ne pas vouloir foutre en l'air cette relation funambule. Et je sais que je le pourrais, aisément... Oh, tu n'as même pas idée de l'ampleur de toutes les douleurs que je pourrais aviver au fond de tes ventricules.
Tu n'as pas idée non plus de mon envie pratiquement irrésistible de faire frémir ta peau, d'un désir si intense qu'il en devient pétrifiant, qu'il vient brouiller mes repères et fait dangereusement tanguer mes inhibitions, plus encore que les ventres vides de ces bouteilles cassées sur le carcan de givre des rues en Novembre. Je convoite tellement chaque fibre des muscles de ton corps, je suis tiraillée par ce besoin incohérent de marquer tes trapèzes du sceau de mes dents et de laisser contre tes obliques la brûlure persistante de mes lèvres. Je te veux, mon Dieu, je te veux tellement, même si tu n'as rien d'attirant à proprement parler; je n'y peux rien, toutes les facettes de ton corps semblent aimantées à mes prunelles, à ma bouche entrouverte, à ma langue en suspens en l'attente de tes mots... Et je crois avoir le droit d'affirmer que toi aussi.
Pourquoi ne pas se le permettre? Tu devrais bien te l'avouer à toi-même. Comme il m'a déjà dis, "donnes-moi cinq minutes et je te jure que tu ne pourrais plus te passer de moi."
Putain, putain, putain... Ce genre de soirée où tu es totalement consciente que tu vas te foutre en l'air et faire des tas de conneries, mais que tu en as tellement envie que tu ne peux pas t'empêcher d'aller débourser pour cette bouteille de rhum dans laquelle noyer ces erreurs alcooliques.

samedi 17 novembre 2012

M83


"You do understand you just lost me forever, right?"

Credits song


"You're not really gonna drink a whole bottle of tequila, right?"
"I'm that kind of girl."
Chugs.


Ces jours-ci, je suis incapable, mais alors là, incapable de travailler un tant soi peu sur mon capital intellectuel. La seule chose que je sais faire, c'est attendre les weekends, me perdre dans des accords discordants, toujours plus particuliers, expérimenter des bars marginaux et des bières délicieuses, déambuler sur les boulevards, l'aimer dans le reflet fisheye d'une bouteille vide, désirer son ami jusqu'à m'en brûler pratiquement les doigts - surtout lorsqu'il tire sur sa cigarette avec cette impression de je m'en-foutisme on ne pourrait plus dangereusement séduisante - et souhaiter, au matin, alors que le Sahara tambourine son écho au creux de ma boîte crânienne, recommencer de nouveau ce déluge adulescent... We are the kids your parents warned you about.
Je ne me peux plus d'attendre les vacances de Noël, ma famille dans le confort de soie de ma résidence secondaire perdue au fin fond de bois givrés dans l'armée de glace du Québec nordique, le chapelet de douceurs de ces liens sanguins récités au matin du 25, son chalet où nous danserons comme des dégénérés... New York, peut-être, New York, je vous en supplie...
Mon Dieu que je ne me passerais plus de mes partenaires d'apocalypse.
Nous sommes allés dans un bar irlandais convivial de McGill, (leur piaule, apparemment), et c'était tout simplement génial de déguster d'excellentes bières importées à huit dollars la bouteille sous la danse caractéristique de natifs maniant le violon et la mandoline avec brio, aux mélodies qui s'enfilaient autour de mes tympans et emprisonnait mes synapses dans l'étreinte de noeuds celtes... Des gens qui tapent des mains trop fort et trop longtemps, une quantité d'alcool tout à fait phénoménale, des planchers de vieux bois empourpré sur lesquels les talons doivent faire clac clac à quatre heure, lorsqu'on passe la serpillière sur les lattes collantes de bière...
Les deux instigateurs de l'aventure avaient tellement l'air à leur place, et ils étaient tellement beaux à voir, c'était incroyable. Je sais que c'est mon affection - et mon niveau de toxicité - qui m'empêtre les synapses, mais il me semblait tellement, tellement magnifique, imprégné des fibres de ses racines avec encore plus d'évidence, dodelinant légèrement de la tête au rythme entraînant de la musique, chantonnant parfois des comptines alcooliques au détour d'un verre et des regards, accoté contre le bar de bois... Ah, putain de merde.
L'autre, je crois que je n'ai même plus besoin d'en parler rendu à cette page de mon blog; je suis redondante, mais jusqu'à un certain point, tout de même.
J'ai introduis un de mes amis à cette petite bande de sympathiques lurons et ils se sont bien entendus, et ça m'a fait tellement plaisir de savoir que je pouvais essayer de tisser les différentes pièces de ma garde-robe sociale sans craindre de faire des mélanges trop discordants. Le velours de ma considération, le cuir de ma sauvagerie, la dentelle de mon romantisme... Ça se rejoins à quelque part, apparemment. Je ne suis pas que lambeaux d'âme déchirés au gré de mes crises.
On s'est pris deux shooters de tequila à 8 $ l'unité. Puis-je tenter d'exprimer à quel point ils étaient géniaux sous la langue?
J'ai dépensé 40 $ des 80 que j'ai en compte, et je ne crois même pas le regretter... Ce coin huppé du centre-ville, il en vaut quelques fois la peine.
Je suis sortie pour fumer une cigarette en bonne compagnie. "En parlant du loup..." Chic, ça.
Et puis je suis rentrée tôt mais défoncée comme dix. On a attendu dans sa voiture une trentaine de minutes afin qu'il retrouve un peu plus sa conscience, dopé à l'adrénaline comme il l'était. J'ai joué dans ses cheveux pendant que mon autre copain et la gueule d'ange discutaient de rêves lucides, on a parlé un peu du fait qu'il n'avait pas parlé au dit copain comme il s'était promis de le faire, justement. On a écouté de la musique étrange de sa copine cokée. J'ai marché avec mon copain jusqu'à Saint-Denis et Sherbrooke...
J'aime tellement ma vie de petite dévergondée, malgré les cancers imminents et ma peur du vide intellectuel.

jeudi 15 novembre 2012

She lies and says she's in love with him, can't find a better man...


Nathanaël je t'enseignerai la ferveur.
Nos actes s'attachent à nous comme sa lueur au phosphore. Ils nous consument, il est vrai, mais ils nous font notre splendeur.
Et si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.
Les nourritures terrestre, André Gide


"Quelques mots. Quelques mots pour se souvenir du temps. Une poignée de phrases pour tenter que ne s’efface pas dans le filigrane de nos mémoires les empreintes malléables du passage des heures et des âmes, une tentative de résurrection d’une vérité entrevue… Le souvenir d’avoir ressenti."
De bons vieux spectres qu'on a ramené au gout du jour et qui me donnent envie de renouer avec les monstres dans ma tête, ceux d'il y quelques années.


Parfois je me disais que la volupté viendrait à bout de ma peine, et je cherchais dans l'épuisement de la chair une libération de l'esprit. Quelle belle plume, quelles belles morales empêtrées dans des mots complexes.
Je fouille dans les dénivelés de tes muscles, dans les terminaisons à vif de tes nerfs, mon amour pour toi. C'est dans nos respirations jointes, dans la sueur perlant à tes tempes, dans ton épuisement, ta supplication matérielle de rédemption, que je trouve les signes de ta fragilité humaine, que j'aperçois ce qui fait de toi un être touchant, attachant, au sourire un peu enfantin, une douce persistance au désir d'exister pour exister, tout simplement.
Et pourtant, c'est dans ses discours à lui que je t'oublie.
Douloureuse comparaison d'êtres chers...
Oh, précieuses âmes d'origami, de papier journal, qu'auriez-vous fais pour vous embraser dans l'étreinte bigarrée d'une cigarette lâchée à la dérive? Six heures du matin, un carrefour de boulevards, et un mégot abandonné qui consume si rapidement vos histoires dactylographiées à coup de larmes et d'injures, une étincelle qui attise votre envie de destruction et l'implosion dans ce craquement de papier si vite dispersé en cendres d'abandon... On n'aura jamais brûlé avec l'explosion de souffre qu'on aurait désiré faire voir au monde, on ne se sera jamais éteint avec assez de célérité pour nos espérances déçues.
Coeur de craie, je me serai dissipé dans les méandres orageux de tes instables océans émotionnels, je me serai perdue en épaves invisibles aux confins de tes mers à la surface de verre tordue par des marées incomprises, motivées par des astres lointains pour lesquels mes pupilles aveugles étaient engagées dans une quête éperdue, dans l'espoir de déceler dans leurs fondations de sable les clefs de tes réactions instables, incompréhensibles à travers mes yeux pigmentées de larmes de Plexiglas.


My friends, love is better than anger. Hope is better than fear. Optimism is better than despair. So let us be loving, hopeful and optimistic. And we'll change the world.
R.I.P. Layton,
Quebec's hope for a better change.

This is your life, The Dust Brothers



"Deliver me from Swedish furnitures!".............
Fight Club....................

dimanche 11 novembre 2012

Mumford and Sons


- What's wrong with you?
- I'll think about that.
Darjeeling Limited, Wes Anderson

samedi 10 novembre 2012

The hobbit's soundtrack



Un jour, je vais compléter cette pièce et elle sera complètement malade mentale.
Vous viendrez la voir en grand nombre lorsqu'elle sera montée au TNM, deal?

« Ophélie, ma magnifique Ophélie,
Mon amante de taffetas et de guipure,
Mon enfant aux sourires sucrés et au regard d’azur,
Sédatif de mes douleurs si éloignées de tes rêveries espiègles,
Lolita dont, par quelques chances fortuites, on m’a donné la chance d’effleurer du bout des phalanges l’épiderme frémissant alors que les bouquets de ses songes adultes fleurissaient à peine…
Beauté opaline sans âge, présence diaphane,
Je ne saurais jamais dire tout ce que tu es pour moi.
[...]
Nos corps s’épousent dans une chorégraphie de hasards et de doutes, et pourtant s'emboitent avec une exactitude décimale dans un casse-tête d’éclats d’âmes complémentaires recréant la fresque baroque de ce curieux amour.
[...] 
Tu m’as donné envie de cette vie paisible que je n’avais qu’entrevu en tant d’années sans vouloir y porter attention,
Tu as donné à ma plume la légèreté que mon encre d’ébène n’avait jamais réussi à transmettre,
[...]
Je ne saurais partir sans t’adresser ces quelques sanglots.

[...]

Ta beauté arrogante me nargue et me tiraille comme je tente de la posséder, quand toujours tu te désistes à mes yeux désireux dans un éclat de rire qui m’ouvre le corps,
Ta beauté tranche mes yeux, ta beauté broie mon cœur, ta beauté me domine et m’avilis et me fait esclave de son sacre. Opprimé de ton charme insurmontable, dans la boue.
Tous mes mots sont asservis aux louanges de tes iris, si bien que mes phrases ne s’enfilent plus lorsque tu n’es plus là pour guider leur ton. Michel-Ange soudain incapable de peindre sans modèle, Mozart aux doigts coupés.
Petite catin petite catin petite catin petite catin!, poésie putride de fleurs baignant dans le sang de ton sexe, je te hais du plus profond de mon âme tachée d’encre.
Tu n’auras fais que débourrer de mes veines souffrance, souffrance, souffrance et colère, me saigner de toute existence propre à moi, de toute essence personnelle.
Je suis un parfum translucide et sans odeur lorsque tu ne daignes pas l’appliquer sur ta peau diaphane.
[...]
Jamais je ne parviendrais à oublier que je t’aime, que je t’aime, tellement que je te déteste.  »

© FOLIES....................


Que personne ne soit oublié



Il faudrait que tout le monde réclame
Auprès des autorités
Une loi contre toute
Notre solitude
Que personne ne soit oublié,
Que personne ne soit oublié...


Ses cheveux bouclés en bataille, le nez en sang, une top entre les doigts, il était là à attendre au coin de la rue, négligemment accoté contre son le siège de son fixi, sous la lueur blafarde du lampadaire. Un sourire vague reflétant son ivresse et les vapes nébuleuses des bâtons d'intoxication a effleuré ses lèvres, je ne sais plus trop, il a fait un vague signe de la main à mon ami qui s'est rapidement éclipsé... À minuit trente, il est venu me chercher à vingt minutes de l'appartement de la copine de son copain, simplement pour me voir, putain de merde, après que je l'aie laissé tomber parce que j'avais la chienne et que j'étais fâchée... Je n'ai été qu'une sale petite conne; j'ai bu beaucoup, beaucoup, beaucoup, du rhum, du gin, du Ricard, de la bière, you name it, j'ai fais mes conneries habituelles, embrassé son copain qui m'aime beaucoup trop pour ce que je lui inflige, et il avait l'air si mal en point qu'il allait pleurer... Il est allé prendre de longues marches et il ne voulait plus répondre au téléphone, je suis sortie en bas pour lui courir après mais il ne voulait pas attendre. Je suis rentrée à cinq heure trente du matin, les souvenirs consumés, les sentiments en berne. Pourrais-tu appeler quand tu vas rentrer? 
Putain que je l'aime et que je n'ai aucune idée de ce que je fous dans tout ce bordel.
Je mourrais pour son charme de gamin au quotidien duquel je profite déjà trop, pour me souvenir de l'empreinte de ses lèvres ourlées, pour connaître avec une précision cartésienne la position de ce grain de beauté adorable mouchetant sa gorge, pour sonder les lames de ses omoplates dans la pénombre de nuits sans fin, pour son parfum masculin et ses doigts fleurant le dégoûtant des cigarettes... Je voudrais lui jouer dans les cheveux lorsqu'il a envie de tout détruire après un (ou quatorze) verre de trop, prendre soin de lui, prendre soin de lui, prendre soin de lui jusqu'à m'en effondrer d'épuisement, mais pouvoir border ses soirées de l'affection démesurée que j'éprouve pour sa canaillerie enfantine. Même en sachant qu'il ne réussirait jamais à m'aimer ne serait-ce qu'à un dixième de toute ma tendresse... Je voudrais simplement qu'il me donne le droit de lui démontrer à quel point il est crucial à ma vie, en ce moment.
Et j'aimerais tellement, mais tellement pouvoir me réveiller à ses côtés une autre fois...
Je m'en veux d'apprécier autant ses failles, de rougir de bonheur au nombre incroyable de sacres qui ponctuent ses phrases, d'adorer cette voix désintéressée lorsqu'il est en lendemain de veille (genre, toujours). J'aime la façon dont il tient négligemment ses cigarettes, j'aime le fait qu'il va mourir à trente ans tellement il a un mode de vie faste et exalté, j'aime sa musique, j'aime ses racines européenne,
Je veux aller à New York, tabarnack d'esti de calice de merde. Je veux l'empreinte de sa peau et la promesse de ses sourires.
Oh putain de vie de merde que je t'aime comme le calice.

* * *

Je le dis si souvent, mais le sexe est si beau... Surtout lorsqu'amoureux.
Il y a la plus belle marque de respect et d'attachement, l'affection la plus poétique dans le désir de faire trembler la peau de quelqu'un, de goûter chacun de ses soupirs comme s'ils étaient les nôtres, dans le fait de s'évertuer à éveiller chaque terminaison nerveuse d'une épiderme dont on connait parfaitement les valons des os et les tensions des muscles... Paysage autrefois étranger cartographié par notre désir et notre besoin de sentir chaque parcelle de l'autre, ce corps est aujourd'hui terre natale.
Laisse-toi être mon Amérique, s'il-te-plait.

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Et toi, je ne sais jamais dire non à tes lèvres, même si je m'ennuie de celles d'un autre portrait. Je trouve dans tes étreintes répit pour mes songes fatigués même si elles sont les étincelles des explosifs de mes tourments, je m'y repose comme on doit bien dormir au fond d'un caveau. Je t'aurais aimé, à une autre époque, si ma tête n'avait pas été occupée par un autre, et c'est bien là tout le tragique de cette histoire: je suis tombée à la bonne page du roman de ta vie alors que dans mon cas, tu es le synonyme d'un chapitre que je désire garder clos.
Je me sens horrible d'ainsi t'utiliser, mais j'aime voir que tu cherches ma présence, j'aime sentir que tu désires mon corps imparfait et que tu pardonnes mes intempéries non pas parce qu'elles sont excusables mais parce que tu ne saurais t'en passer. Peut-être aie-je besoin de toi parce qu'il n'a pas besoin de moi. Comme j'ai déjà dis, je suis ton toi pour elle, tu es mon elle pour toi, ou quelque chose comme ça.
Je t'aime tellement, mais tellement, Emmanuelle
J'en suis navrée, petit soldat de bois. Je ne suis qu'incendie, et ton amour sera barbouillé de la suie de ma démence si je continue à te faire faire ces allés-retours douloureux sur le fil de fer de l'attachement suspendu entre une affection future mais anonyme et le souvenir de la douceur que je peux prodiguer par moment.
Alors noies-toi dans les larmes de mon abandon, je t'en supplies. Tu auras au moins le mérite d'être encensé des couronnes de corail des abysses de nos corps muets et mutilés; tu pourras à tout le moins être repêché par une qui saura sonder les trésors de ton coeur, à ta juste valeur, de les prouver au monde, alors que je suis incapable de te tenir la main en public et de savoir que tu racontes ton bonheur de m'avoir quelques heures.
Avec moi, tes songes n'aboutiraient qu'en un amas de cendres perdus dans le mistral de ma désertion.

vendredi 9 novembre 2012

I can say this life is much better today




"Je sais pas trop... Je crois pas qu'ils auraient devinés que les monstres dans ma tête rongeaient à ce point mes pensées si tout n'avait pas explosé à un certain moment, s'ils n'avaient pas eu à me conduire jusqu'à l'hôpital à minuit, un sourire amer collé aux lèvres face à l'irrémédiable de la situation..." J'y réfléchis un instant. Les phares rouges de la voiture. Les excès de vitesse. Les larmes si rares de mon père, muettes, accusatrices et désolées d'être incontrôlables, qu'il garder précairement endiguées derrière ses paupières jusqu'à ce que la transfusion m'ait transpercé la peau de cellophane de l'intérieur du coude. Je perdrai pas ma plus petite. Ou quelque chose comme ça. "Je crois qu'ils ne voulaient pas le voir, parce qu'ils ne supposaient pas encore que j'aurais pu finir au fond d'une ruelle du centre-ville avec une aiguille dans le bras et une lame de rasoir accotée contre la gorge... Ça leur aurait fait moins mal."
Il y eut une légère pause. Des cendres contre le plancher de béton du balcon. Quelques soupirs anthracite dans la voûte nocturne. La chanson des voitures filant en bordure de l'autoroute. Le bourdonnement des haut-parleurs dans l'appartement, la clameur des conversations alcooliques, des exclamations intoxiquées.
"Mais là, tu vas mieux?"
Je pris une longue bouffée de ma cigarette pour justifier ma réflexion. Putain de cheminées à destruction miniatures.
Je ne sais jamais quoi dire à ceux qui veulent que je veuille vivre.
Son regard si caractéristique ne savait pas s'il devait s'attarder à mes traits ou rester collé au parquet par respect de la gravité de ces propos soufflés avec tant de neutralité.
La fumée me brûlait trop les poumons pour que je n'exhale pas plus rapidement les volutes de mort qui s'étiraient dans le ciel froid de Novembre, et je n'avais toujours aucune formulation de l’ambiguïté de mon envie de mourir et de mon amour pour toutes les fragments de vie éparpillés sur le plancher de danse de mes jeunes jours comme ces verres fracassés au Velvet, et peut-être que ça ne dérangeait pas, après tout, que je n'aie pas de réponse, peut-être savait-il que derrière mes crises étouffées dans la chaleur de mes couvertures, en sous-vêtements, sanglotant, il y avait cette douleur innommable, et que derrière mes réveils éprouvants mais réels, récurrents, il y avait cette soif si tenaillante d'exister qu'elle me refusait un arrêt aussi précoce.
Je sais que je suis, tout simplement. Mais aucun autre adjectif ne me vient en tête pour décrire mon état autre que "vivante". C'est déjà un grand exploit à mes yeux,
Je me sentais aussi glacée que l'atmosphère automnale, un coeur de givre et des larmes cristallisées qui ne couleraient plus, que je ne sentais plus. Froid. Si froid. Si confortable d'être si insensible. Je t'aime moi non plus. Une top de plus ou de moins, une cellule cancéreuse de plus ou de moins...
L'alcool empêtre les synapses et la top noircit nos petits sacs d'air gonflés de boucane. Je ne sais plus où sont les bornes de ma conscience lorsque je file à toute vitesse sur les autoroutes de mes songes. Je m'enivre davantage de la proximité de la fin que de la fin elle-même.
Il n'y a pas de coulisses de tristesse dans les fenêtres aux bourgeons de gel en floraison de mon âme, sauf lorsqu'on y approche une allumette. Ne sois pas cette infime flamme, s'il-te-plait. Le mandala de givre de mes émotions ne saurait briser sa symétrie; à ton départ, il garderait la fragile structure imparfaite de la trace de tes lèvres contre les carreaux glaciaux de mes émotions, gâchant la perfection de mes sentiments hiémaux, silence sur le sol immaculé, enfants frigorifiés dans le marbre de l'étreinte nocturne.
Des souffleuses à neige qui assassinent des bambins. Joyeux Noël.
De beaux souvenirs et beaucoup de déception.
Kym sur le perron de son drôle d'ami, l'alcool dans la gorge, et tout le reste.
Mais j'aspire tellement à ton souffle contre mon épiderme hivernale...
Mes pensées se perdent sans que je ne parvienne à leur donner la boussole de la raison.
Putain.
La neige, la neige, bientôt, plus que quelques jours avant qu'elle ne lance ses confettis de silence sur le bitum des artères du centre-ville, qu'elle constelle les chevelures des femmes de paillettes éphémères lorsqu'elles sortent fumer à une heure du matin, qu'elle fasse vieillir les mains des hommes qui vont se changer les idées sur les balcons pour fuir les regards. Plus que quelques jours avant que je n'aie dix-neuf ans et que j'égrène une nouvelle année, difficilement, magnifiquement. Je ne sais plus si je suis plus courageuse qu'Ulysse ou lâche comme Grimas.
"Il fait froid quand on est né en décembre," lançai-je à la dérive en serrant mes doigts frigorifiés contre mes avant-bras inutilement moulés de la toile transparente de ma chemise.
Sans un mot, il vint entourer ma frêle silhouette de ses bras, son torse collé contre mon dos, ses mains cramponnées à mes propres jointures. Du marbre blanc figé dans la nuit... Puis, il accota lentement sa mâchoire contre l'arrière de ma tête. Chaleur et réconfort incompréhensibles.
"Tu me fous les neurones dans un bordel sans pareil, par moments, mon amour."
Il m'embrassa doucement la nuque de ses lèvres froides, longuement, avant de resserrer imperceptiblement son étreinte, à la limite du douloureux. Et nous restâmes muets devant le spectacle du vent projetant sa fureur aveugle contre les branches nues des cadavres poétiques des conifères, témoins anonymes de la colère froide de la saison, étincelle inconnue de compassion et de sourires tactiles dans cette fresque gelée, détaillée à travers le filtre de notre ivresse.